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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 11:52

En Thaïlande, le mystérieux vol de la plaque de la révolution

Un article de Lina Sankari

Lien:

http://www.humanite.fr/en-thailande-le-mysterieux-vol-de-la-plaque-de-la-revolution-635457

À gauche, la plaque de bronze commémorant l’abolition de la monarchie absolue en 1932 et à droite la nouvelle plaque portant, elle, des inscriptions monarchistes

À gauche, la plaque de bronze commémorant l’abolition de la monarchie absolue en 1932 et à droite la nouvelle plaque portant, elle, des inscriptions monarchistes

Après la disparition d’une plaque commémorant le renversement de la monarchie absolue, le gouvernement militaire tente d’étouffer l’enquête. L’affaire suscite un appétit inédit pour l’histoire de ce coup d’Etat qui fit un premier pas en direction de la démocratie.

Qui a voulu effacer l’histoire? Plongée dans la dictature militaire depuis bientôt trois ans, la Thaïlande a visiblement du mal à reconnaître certains pans de son passé. Au début du mois, une plaque de bronze commémorant l’abolition de la monarchie absolue en 1932, fixée dans la chaussée, a été subtilisée à Dusit, dans le centre ancien de Bangkok. Elle a été échangée contre une plaque flambant neuve portant, elle, des inscriptions monarchistes. Sur la plaque volée, ces mots: «c’est ici, dans la matinée du 24 juin 1932 que le parti du peuple a donné naissance à la Constitution pour le progrès de la nation». Sur la nouvelle, un slogan exhortant à appuyer la monarchie et la religion bouddhiste. «Enlever cette plaque ne pourra effacer l’histoire», prévient Erich Parpart dans le Bangkok Post.

Quand le pays redécouvre la révolution

Cette découverte faite par des étudiants a bousculé les progressistes et démocrates du pays qui savent à quel point les conservateurs honnissent cette période de l’histoire durant laquelle, pendant quelques mois seulement, la personne du roi n’était plus «sacrée et inviolable» mais pava durablement la voie au parlementarisme. A tel point que l’actuel gouvernement militaire a mis du temps à réagir à la disparition de la plaque originelle. L’enquête se révèle par ailleurs des plus complexes. Et, comme un fait exprès, les caméras de surveillance placées aux abords de la place historique, avaient été retirées quelques jours auparavant. Après s’être réfugié un temps dans le déni, en refusant de répondre aux questions relatives à ce vol, les militaires ont ensuite fait arrêter tous ceux qui réclamaient une enquête et disperser les rassemblements. Les journaux eux-mêmes se voient interdire la possibilité de publier quelque article sur cette affaire. Face à ce silence, des groupes militants se sont piqués de mener l’enquête avant d’être appréhendés par la police massivement mobilisée sur le site pour éviter les démonstrations gênantes.

«Des promoteurs de la démocratie»

«Si le gouvernement militaire n’est pas responsable, pourquoi les autorités éludent les questions et ne fournissent aucune explication?», interroge en outre Erich Parpart. Ils sont pourtant nombreux à demander des comptes et, en premier lieu, les descendants de Khana Ratsadon (le parti du peuple) qui fut à l’origine du coup d’Etat de 1932. A 78, Maj Puttinart Paholpolpayuhasena, fils d’un acteur de la révolution, rappelle que son illustre ascendant et ses compagnons étaient «des promoteurs de la démocratie» contrairement aux protagonistes des dix-neuf coups d’Etats qu’a connu la Thaïlande depuis. Problème pour la junte qui, grâce à sa nouvelle constitution, a soumis le pouvoir politique à l’armée: personne n’a jamais autant parlé de 1932 et de sa révolution. Y compris des jeunes qui n’étaient d’évidence pas familiers de cette histoire.

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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 09:12

Thaïlande: inquiétudes après la promulgation de la nouvelle constitution

Une déclaration du Parti socialiste faite le 13 avril 2017 par Maurice Braud, Secrétaire national chargé du pôle "mondialisation, régulation, coopération"

Lien:

http://www.parti-socialiste.fr/thailande-inquietudes-apres-promulgation-de-nouvelle-constitution/

Maurice Braud

Maurice Braud

"Le 6 avril 2017 a été promulguée la nouvelle constitution de la Thaïlande, la 20e depuis l’abolition de la monarchie absolue en 1932. Le projet avait été approuvé en août 2016 par un référendum, mais avec une expression du vote populaire biaisée par l’interdiction d’exprimer toute critique et par la répression allant de pair. Le Parti socialiste avait alors justement alerté l’opinion publique sur le danger de ce changement constitutionnel alors que de nombreux opposants politiques étaient emprisonnés sans procès. Préparée par un groupe sélectionné par les militaires, et objet d’amendements de dernière minute, la nouvelle constitution vise – craint-on – à installer dans la durée le pouvoir militaire après le coup d’État intervenu en 2014.

Certes, des élections générales sont prévues dans un an et demi environ, mais de multiples mécanismes institutionnels ont été mis en place pour encadrer le vote populaire. Ainsi, un sénat de 250 représentants, nommés par les militaires, aura la haute main sur la nomination du Premier ministre. La junte, sous le nom de "Conseil national pour la paix et l’ordre", conserve des pouvoirs très importants sur la conduite des affaires du pays. Des "corps indépendants", constitués de membres loyalistes et non élus, ont également la capacité de freiner les décisions du gouvernement ou de s’y opposer. Cette panoplie de verrous institutionnels tend à empêcher les partis politiques de jouer pleinement leur rôle dans les décisions et à barrer la route au retour de Thaksin Shinawatra, de ses épigones et de son parti, qui ont gagné toutes les élections depuis plus de 10 ans. S’ajoute à ce dispositif le maintien des lois de lèse-majesté les plus dures du monde.

Le Parti socialiste exprime son inquiétude pour l’avenir et l’unité de ce grand pays de l’Asie du Sud-Est qu’est la Thaïlande, après l’adoption de cette constitution bâtie sur l’illusion qu’il est possible de nier les conflits politiques qui ont émaillé l’histoire du pays au cours des quinze dernières années. Il affirme avec force la nécessité du respect des droits humains et de la démocratie pour parvenir, en Thaïlande comme ailleurs dans le monde, à une véritable réconciliation nationale, ce qui est l’impératif majeur. À l’inverse, l’orientation répressive des actuelles autorités thaïlandaises brise la confiance des acteurs, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, freine le développement économique, social et politique et partant, ouvre la voie à de nouvelles tensions dont les conséquences peuvent dangereusement mettre à mal l’unité du pays."

Maurice Braud est historien de formation, devenu directeur adjoint de l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) en 1989. Membre du CA de l’association Jean Monnet depuis 1998, et Président depuis 2014. De 2004 à 2009, il est directeur du secteur international du PS et secrétaire général administratif du parti de 2006 à 2009 En 2012, il anime le pôle international de l’équipe de campagne de François Hollande au sein du groupe de coordination.

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 12:39

Thaïlande. L'interdiction visant des détracteurs témoigne d'une volonté forcenée de réduire au silence les dissidents

Déclaration d'Amnesty International

Lien:

https://www.amnesty.fr/presse/thalande-linterdiction-visant-des-dtracteurs-tmoig

Les exilés politiques Somsak Jeamteerasakul et Pavin Chachavalpongpun

Les exilés politiques Somsak Jeamteerasakul et Pavin Chachavalpongpun

En réaction à l'annonce du gouvernement, qui a averti que quiconque suit, contacte ou partage les publications en ligne de trois détracteurs renommés – l’historien Somsak Jeamteerasakul, le journaliste et auteur Andrew MacGregor Marshall et l'ancien diplomate Pavin Chachavalpongpun – sera poursuivi au titre de la loi relative à la cybercriminalité, Josef Benedict, directeur adjoint pour l'Asie du Sud-Est et le Pacifique à Amnesty International, a déclaré :

"Les autorités thaïlandaises franchissent un nouveau cap s'agissant de restreindre la liberté d'expression de la population. Après l'incarcération des citoyens pour ce qu'ils disent en ligne et hors ligne, après le harcèlement des détracteurs les poussant à l'exil, elles veulent désormais couper les liens entre les gens.

Cette initiative, loin de témoigner de leur force, révèle faiblesse et peur de la critique. Dans leur volonté de museler toute dissidence, les autorités thaïlandaises recourent à des mesures extrêmes qui bafouent le droit international relatif aux droits humains.

En mars, le Comité des droits de l'homme de l'ONU s'est dit préoccupé par les restrictions importantes et arbitraires imposées à la liberté d'expression, notamment par la loi sur la cybercriminalité. Au lieu de tirer les leçons des critiques, les autorités thaïlandaises s'appuient sur des méthodes répressives pour les faire taire."

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 12:49

A l'occasion du 7ème anniversaire du massacre du 10 avril 2010, Libérez-Somyot republie cet article de Robert Amsterdam demandant la justice pour les morts de Kok Wua

Lien de la première publication:

http://liberez-somyot.over-blog.com/article-justice-pour-les-morts-de-kok-wua-117080881.html

 

Terdsak Phungkinchan n'était âgé que de 29 ans quand la balle du tireur d'élite a pris sa vie. Il y a trois ans aujourd'hui, le 10 Avril 2010, il est tombé, mortellement blessé, sur le tarmac dur d'une rue de Bangkok. Le tir utilisée contre Terdsak, malgré qu'il soit très clair pour la personne qui a appuyé sur la gâchette que sa victime était complètement désarmé et ne présentant pas de menace pour quiconque, était mortel et destiné à l’être. Le seul mot qui peut être utilisé pour décrire cet acte est "assassinat" et mon cabinet d’avocat continu de faire tout son possible pour conduire les responsables à la justice.

Il ne peut pas non plus y avoir d'équivoque en ce qui concerne l'analyse de la force utilisée contre les Chemises rouges à Kok Wua cette nuit terrible d'Avril 2010, elle a été conçue exclusivement pour tuer. Et elle a tué. 21 manifestants chemises rouges sont tombés sous une grêle de balles tirées par les fusils de l'armée à qui l'ancien Premier ministre thaïlandais Abhisit Vejjajiva avait ordonné de nettoyer les rues de Bangkok. En outre, cinq soldats de l'armée thaïlandaise sont morts, leur vie se terminant dans ce qui peut seulement être décrit comme étant des circonstances mystérieuses, tandis qu'une enquête sur la mort du cameraman japonais, Hiro Muromoto, est toujours en cours. Tous ces actes ont laissés des veuves et des mères encore plus accablées de douleur.

Du fait qu’il n’y a pas eu de justice pour toutes ces victimes, la tragédie d'Avril 2010 est toujours en cours aujourd'hui. La Thaïlande n'est pas encore en paix avec elle-même et, depuis cette nuit-là, les familles des victimes ont été laissées avec plus de questions que de réponses.

Pour avoir une idée de la profondeur du sentiment qu'a suscité le massacre du 10 Avril à Kok Wua, ne cherchez pas plus loin que le livre remarquable publié en thaï par la Fondation des Martyrs de la Démocratie dont le titre se traduit approximativement par: "Les morts ont un visage et ceux qui ont été tués avaient une vie". Ce livre donne la parole aux victimes d'Avril 2010, un cri qui doit être entendu si la Thaïlande souhaite une véritable réconciliation.

Par exemple, la mère de Terdsak, Suwimon, a déclaré aux auteurs de ce livre exceptionnel:

"Au fond, j'ai toujours envie de me battre pour mon fils parce qu'il était innocent, il ne méritait pas de mourir, il n'aurait pas dû être traité comme ça. Je me sens comme quelqu'un qui ne peut pas faire grand-chose car nous sommes juste des gens ordinaires ... Je n'oublierai jamais cela. "

Ce sont ces mots de Suwimon que nous devrions méditer alors que nous commémorons le 10 Avril 2010 - "Je veux toujours me battre pour mon fils."

Les mères des Chemises rouges tombés sous les balles de l’armée, contrairement aux commentateurs, politiciens et, oserais-je dire, aux avocats, ne peuvent pas " tout simplement" oublier. Nous pouvons et devons offrir notre soutien et notre solidarité à Suwimon dans sa lutte pour la justice.

Le tailleur Wasan Puthong, âgé de 39 ans, est une autre victime du massacre de Kok Wua. Sa jeune sœur, Numthip, qui est également cité dans "Les morts ont un visage et ceux qui ont été tués avaient une vie" dit:

Aujourd'hui, il me manque toujours car nous avions travaillé ensemble pendant si longtemps. Chaque fois que je me retourne, je le vois car nous étions ensemble tous les jours et toutes les nuits.... Il est difficile pour moi d'accepter cela.

Le commentaire de Numthip sur le décès d'un frère dans des circonstances si odieuses est un reflet qui convient. Le manque de justice continuera de rendre difficile pour les victimes de Kok Wua de simplement "accepter cela".

Aujourd'hui (NDT le 10 avril 2013), mon bureau a eu l'honneur de parler au beau-frère de Wasan, Klin, et c'est avec ses paroles que nous allons terminer. Ses mots doivent être notre bannière alors que nous passons une autre année où nos proches nous ont été enlevés.

"Il n'y a pas encore de justice car les auteurs [de ces crimes] n'ont pas encore eu à rendre compte. Nous allons continuer à lutter pour cette justice."

Lors d'une manifestation le 10 avril 2011 à l'occasion du premier anniversaire du massacre, une jeune femme fait la morte pour rappeler que des gens avaient été assassinés par l'armée

Lors d'une manifestation le 10 avril 2011 à l'occasion du premier anniversaire du massacre, une jeune femme fait la morte pour rappeler que des gens avaient été assassinés par l'armée

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 00:50

A l'occasion de cet anniversaire, Libérez-Somyot souhaite republier l'émouvant message envoyé il y a 4 ans par l'intellectuel thaïlandais exilé, Jakrapob Penkair, aux Chemises rouges.

Lien de la première publication:

http://liberez-somyot.over-blog.com/article-jakrapob-penkair-envoie-un-message-aux-chemises-rouges-pour-l-anniversaire-de-la-tuerie-du-10-avril-117038121.html

Jakrapob Penkair

Jakrapob Penkair

Mes chers chemises rouges du monde entier

Vous rappelez-vous la signification du 10 Avril? Nous nous rappelons toujours le 14 Octobre comme l'un des premiers temps, où le peuple thaïlandais s'est soulevé et a exigé ses droits de citoyens et la liberté, ce qui a entraîné tant de courageux morts autour du palais privé de Chitralada du Roi. Nous nous rappelons toujours le 6 Octobre comme un jour où les gens ont soulignés ce qui était bien et mal dans ce pays, ce pourquoi ils ont été brutalement massacrés. Nous nous rappelons toujours de Mai 1992, une journée où les gens se sont directement confrontés à l'armée, l'outil majeur de l'ancien pouvoir de Thaïlande, avant de se faire tuer eux-aussi. Et nous nous souvenons que quelqu'un nous a dit que tout allait bien, que les ennemis rejoignaient leurs mains et qu'il fallait rentrer à la maison maintenant, sans aucune autre explication jusqu'à nos jours. "Le Songkran (Festival de l'eau) sanglant" de 2009 et les massacres d'avril et mai de 2010 font parti des objectifs généraux de la nouvelle demande pour plus de démocratie et ont fait face à la même vieille brutalité.

Mais le 10 Avril est unique et différent de ces autres journées. Le 10 Avril a été le jour où les gens sont devenus convaincus de leur droit en tant que propriétaire de la nation thaïlandaise, le jour ou leurs craintes ont cessées et ou ils sont passés à l'offensive lors de la confrontation avec l'armée envoyée pour les massacrer dans l'avenue Rachadamnoen de Bangkok. Leurs mouvements offensifs, qui ont forcé des soldats à remettre leurs armes et à se retirer, sera toujours un triomphe symbolique de la démocratie. Bien que perdu pour un temps lors du mois de mai de la même année, le mental et l'esprit du 10 Avril ont été fixés en permanence parmi les Thaïlandais, et personne ne peut le leur prendre. C'est la grande et capitale victoire politique du peuple thaïlandais. C'est une façon d'expliquer que le mouvement pour la démocratie est encore en marche de façon constante. Nous nous contentons de diviser la responsabilité politique dans son ensemble entre les rôles parallèles d'un gouvernement (avec une puissance limitée) et de plus grands et plus profonds [pouvoirs] qui continent à imposer leur "modèle" pour l'avenir de la Thaïlande.

Le mental et l'esprit du 10 Avril font partie de l'art. Nous devrions les mémoriser sérieusement, sans cesse, et enseigner ce souvenir dans les manuels scolaires. Je partage mes larmes [de tristesse] pour ceux qui sont tombés, et plus encore mes larmes de gratitude pour la voie qu'ils ont tracés.

Jakrapob Penkair

Le 10 avril 2013

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7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 13:38

La junte peine à neutraliser le mouvement bouddhique Dhammakaya

Un article d'Églises d’Asie

Lien:

http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/thailande/2017-03-27-la-junte-peine-a-neutraliser-le-mouvement-bouddhique-dhammakaya

Face à face entre les soldats de l’armée thailandaise et les moines du temple Dhammakaya à Pathum Thani, au nord de Bangkok, le 9 mars 2017

Face à face entre les soldats de l’armée thailandaise et les moines du temple Dhammakaya à Pathum Thani, au nord de Bangkok, le 9 mars 2017

Une opération mobilisant durant trois semaines 4 000 policiers et des centaines de militaires pour arrêter l’ancien supérieur du temple bouddhique controversé Dhammakaya entre la mi-février et le 10 mars a été un sévère fiasco pour la junte thaïlandaise. Non seulement le moine Dhammachayo n’a pas pu être localisé, mais le déploiement massif de forces a créé un fort courant de sympathie pour le temple, même parmi les groupes dans l’opinion qui étaient jusqu’à présent indifférents voire suspicieux vis-à-vis de ce puissant mouvement religieux qui compterait environ deux millions d’adeptes dans le royaume.

La junte avait utilisé pour organiser l’opération l’article 44 de la Constitution provisoire, mise en place par la junte après le coup d’Etat de mai 2014. Cet article, très critiqué par la société civile, accorde des pouvoirs absolus au général Prayut Chan-ocha, chef de la junte et Premier ministre, sans supervision de l’exécutif, du pouvoir législatif ou judiciaire. Le fait que, malgré ce recours à des mesures drastiques, l’opération – durant laquelle le temple qui s’étale sur 320 hectares au nord de Bangkok a été fouillé de fond en comble – n’ait rien donné a entamé la crédibilité du régime militaire, déjà mis en difficulté sur le front économique et sur les questions de droits de l’homme.

Un temple qui échappe au contrôle des militaires

L’objectif d’arrêter le moine Dhammachayo, accusé de malversations financières et de blanchiment d’argent, a semblé être un prétexte pour mettre en place un contrôle plus étroit sur une institution structurée à l’échelle nationale qui met mal à l’aise un régime habitué à tout contrôler. Comme l’arrestation n’a pas pu avoir lieu, il est plus difficile pour les militaires d’imposer ces mesures de contrôle sur le temple, qui, dans les faits, constitue un mouvement bouddhique en marge du bouddhisme thaïlandais dominant, mais inscrit dans la même structure administrative dirigée par le patriarche suprême et le Conseil suprême du Sangha.

Après le 10 mars, la junte a démis de leurs fonctions ecclésiastiques les principaux dirigeants du temple, Dhammachayo bien sûr, mais aussi Phra Thatachiwo, supérieur adjoint qui dirigeait les départements financier et marketing de ce temple richissime, et d’autres bonzes de haut rang. Le gouvernement souhaite nommer à leur place des moines sans aucun lien avec le mouvement Dhammakaya, mais il paraît douteux que les centaines de milliers de fidèles de Dhammakaya se soumettent à ces nouveaux arrivants ignorants de la doctrine de Dhammakaya, laquelle repose sur la pratique d’une technique de méditation ancienne basée sur la visualisation à l’intérieur du corps d’une boule de cristal. Le temple Dhammakaya n’est pas un temple comme les autres où l’on peut transférer et nommer à loisir de nouveaux supérieurs, c’est une communauté, presque une secte, dont les membres sont prêts à presque tout pour protéger le mouvement et n’ont pas confiance dans les émissaires de l’Etat.

Un autre obstacle de taille vient du mode de fonctionnement de l’administration monastique. En Thaïlande, seuls les supérieurs ecclésiastiques des dirigeants du temple Dhammakaya ont le pouvoir de les sanctionner pour des motifs de discipline monastique. Or, rien n’indique clairement que les moines Dhammachayo et Thatachivo aient gravement enfreint la discipline, dont les règles sont clairement écrites dans le vinaya, l’une des trois corbeilles du Tripitaka, la collection de livres sacrés du bouddhisme Theravada. D’où l’embarras du chef ecclésiastique de la région centrale – dont dépend le temple Dhammakaya – et d’un certain nombre de membres du Conseil suprême du Sangha devant les pressions du régime militaire pour des sanctions contre les anciens dirigeants du temple. Il reste que si ces moines sont condamnés au plan civil ou au plan pénal, ils devraient automatiquement quitter le froc.

Une Eglise bouddhique aux ordres

La volonté du régime militaire de mettre le temple Dhammakaya sous contrôle vient essentiellement de ce que les généraux au pouvoir sont convaincus que des liens étroits existent entre le clan politique de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra (1) et le temple. Les preuves de tels liens sont ténues, même si, en effet, certains hommes d’affaires pro-Thaksin sont aussi des soutiens financiers du temple. Cette volonté – et cette conviction de l’existence d’une proximité – a été clairement illustrée dès après la fin de l’opération contre le temple. La police a d’une part lancé une enquête sur des malversations financières impliquant la famille d’Anant Asavabhokin, un homme d’affaires important du secteur immobilier partisan de Dhammakaya. D’autre part, le régime militaire a lié la découverte d’une cache d’armes à la mi-mars dans la province de Pathum Thani, au nord de Bangkok, à une possible opération des Chemises rouges – les partisans de Thaksin Shinawatra – contre les forces de sécurité lorsque celles-ci encerclaient le temple entre le 16 février et le 10 mars.

Sur un plan plus général, la mise en place puis l’échec de l’opération de février-mars contre le temple a montré dans toute sa crudité la relation très étroite entre l’Eglise bouddhique et l’Etat en Thaïlande. Au cours de la crise, la junte a nommé un lieutenant-colonel de police, Pongporn Pramsaneh, commandant au Département des Enquêtes spéciales, à la tête du Bureau national du bouddhisme, un poste jusque-là occupé par un laïc expert des questions religieuses. Les injonctions données par la junte au Conseil suprême du Sangha montrent aussi combien la fine ligne de séparation entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel est devenue floue. A terme, cet asservissement de l’Eglise bouddhique au gouvernement – qui plus est un gouvernement qui a été installé par un coup d’Etat – pourrait nuire gravement à la crédibilité de l’Eglise bouddhique thaïlandaise, estiment les analystes.

Notes

(1) Renversé par un coup d’Etat en septembre 2006 et vivant en exil depuis 2008

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 12:06

Thaïlande : Loi sur la diffamation et Computer Crimes Act, deux armes de dissuasion pour les journalistes

Une déclaration de Reporters sans frontières (RSF)

Lien:

https://rsf.org/fr/actualites/thailande-loi-sur-la-diffamation-et-computer-crimes-act-deux-armes-de-dissuasion-pour-les

Jonathan Head en reportage dans une manifestation du PDRC (Chemises jaunes royalistes)

Jonathan Head en reportage dans une manifestation du PDRC (Chemises jaunes royalistes)

Reporters sans frontières (RSF) demande l’abandon des charges qui pèsent sur le correspondant de la BBC Jonathan Head. Accusé de diffamation et de violation de la loi sur les crimes informatiques (Computer Crimes Act), le journaliste britannique risque cinq ans de prison pour une enquête publiée en septembre 2015 sur des fraudes de propriétés privées à Phuket (sud du pays).

Formellement inculpé le 23 février 2017, le journaliste britannique Jonathan Head, également président du comité professionnel du Foreign Correspondent Club of Thailand (FCCT), a été accusé de diffamation par un avocat thaïlandais, Pratuan Thanarak, après la relayé ses propos dans le cadre d’une enquête de fraude immobilière.

La victime de cette fraude, le Britannique Ian Rance, est également poursuivi pour diffamation alors qu’aucun de ses propos relayés dans l’article - et dans la vidéo qui l’accompagne - ne concerne Pratuan Thanarak.

"Les lois sur la diffamation et les crimes informatiques sont utilisées pour harceler les journalistes et les blogueurs, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. Leur virulence est telle qu’elles ont contraint nombre d’entre eux à quitter le pays. Les coûts d’une défense juridique sont exorbitants, voire purement prohibitifs, notamment pour des freelances ou des blogueurs, et les journalistes ne peuvent espérer être dédommagés même quand ils démontrent que les accusations dont ils font l’objet sont fallacieuses. Les lois sur la diffamation et le Computer Crimes Act doivent être urgemment réformées voire abrogées car elles permettent à tous ceux qui font l’objet d’enquêtes journalistiques sérieuses de museler la presse à moindre coût et sans cause réelle au prétexte que ces dernières ne plaisent . Nous demandons l’abandon des charges qui pèsent contre le journaliste.”

Conformément à la loi, les étrangers accusés de diffamation et de violation du Computer Crimes Act sont soumis à des formalités administratives exagérément sévères et fastidieuses. Ils doivent donner leur passeport aux autorités et perdent également leur visa et leur permis de travail avant même qu’un jugement n'ait été rendu. Alors qu’un procès peut durer des années, ils doivent faire des demandes successives de visa de 30 et 60 jours, un processus qui impliquera pour Jonathan Head de nombreux allers-retours entre Bangkok et Phuket.

RSF s’inquiète également de la possibilité pour la presse locale et étrangère de couvrir librement le procès. Dans un communiqué publié sur son site, le Foreign Correspondent Club of Thailand a indiqué être limité en raison de “la loi sur l’outrage à la Cour” dans sa couverture du procès. Il est fréquent que les journalistes couvrant des procès se censurent par peur d’être accusés d’outrage à la Cour, un chef d’inculpation qui peut entraîner jusqu’à sept ans d’emprisonnement.

Les poursuites en diffamation sont régulièrement utilisées contre les journalistes d’investigation en Thaïlande. En novembre 2016, RSF avait demandé à la cour pénale de Bangkok de refuser de se saisir de la plainte pour diffamation utilisé par une compagnie minière pour harceler la chaîne Thai Public Broadcasting Service (Thai PBS) et quatre de ses employés. Les journalistes Alan Morison et Chutima Sidasathian, et le blogueur et défenseur des droits de l'homme Andy Hall ont également été victimes de harcèlement par le biais d'accusations de diffamation.

La Thaïlande occupe la 136ème place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2016, établi par RSF.

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2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 14:04

Un article de Kornkritch Somjittranukit

Lien:

http://www.prachatai.org/english/node/7034

 

Depuis son coup d’Etat de mai 2014, la junte militaire de Thaïlande recherche sans discontinuer Wuthipong Kachathamkun, également connu sous le nom de Ko Tee, un chef exilé des radicaux chemises rouges. La junte affirme qu'il serait impliqué dans un complot pour assassiner le chef de la junte. Mais qui est-il en réalité?

Le 18 mars, une force combinée de la police et de l'armée a fouillé neuf maisons et a arrêté neuf personnes impliquées dans un complot pour assassiner le chef de la junte, le général Prayut Chan-ocha. Les autorités ont confisqué des armes militaires dont des fusils M16, des lance-grenades M79 et leurs munitions, affirmant que certaines des armes auraient été volées aux soldats pendant les violences politiques d'avril à mai 2010.

Les autorités ont déclaré que les personnes arrêtées étaient liées à Ko Tee, un chef de la tendance dure des Chemises rouges, qui serait réfugié au Laos (NDT: ou au Cambodge selon d'autres sources). Le chef adjoint de la junte, le général Prawit Wongsuwan, a déclaré que la junte allait demander au gouvernement laotien de déporter Ko Tee en Thaïlande.

Un jour après le raid, Ko Tee a déclaré que les armes ne lui appartenaient pas et que l'opération avait été une "mise en scène" des autorités afin de dépeindre les Chemises rouges comme un groupe armé violent .

Même si la vérité n'est pas encore claire (NDT: bien qu'il y a beaucoup de chances que ce soit Ko Tee qui ait raison vu le nombre élevé de "mise en scène" faites par l'armée dans le passé), il est évident que Ko Tee est une véritable menace pour la junte à un niveau tel que même les dirigeants clés des Chemises rouges rejettent toute implication avec lui. Voici quelques raisons pour lesquelles il a été ciblé comme l'ennemi numéro un de la junte.

Ko Tee alias Wuthipong Kachathamkun

Ko Tee alias Wuthipong Kachathamkun

Un raid sur le Sommet de l'ASEAN en 2009

La première participation de Ko Tee à la politique thaïlandaise remonte au coup d'état de 2006. Il était alors un DJ de Red Guard Radio, une station de radio communautaire dans la province de Pathum Thani dirigée par le Front uni de la démocratie contre la dictature (UDD). Son rôle était de diffuser des nouvelles et des messages de l'UDD aux Chemises rouges locales.

Lorsque l'UDD a organisé une manifestation au cœur de Bangkok, Ko Tee a été nommé responsable de la sécurité sur le site de protestation et a ensuite formé son propre groupe indépendant nommé "Pathum Thani People Preserving Democracy".

Il a été un fer de lance dans le raid UDD lors du Sommet 2009 de l'ASEAN à Pattaya à l'époque ou le gouvernement non élu d'Abhisit Vejjajiva dirigeait le pays (NDT: Raid qui a eu lieu en représailles après une violente attaque de voyous chemises bleus pro-Abhisit contre la manifestation jusqu'alors pacifique des Chemises rouges au cour duquel nombres de ces derniers ont été blessés). Le raid a forcé le gouvernement à annuler brusquement la rencontre, un coup sérieux au prestige international d'Abhisit. Le groupe de Ko Tee a commencé à être considéré comme des Chemises rouges de tendance dure.

Raid des Chemises rouges sur le Sommet de l'ASEAN en 2009 à l'hôtel Royal Cliff Beach, Pattaya

Raid des Chemises rouges sur le Sommet de l'ASEAN en 2009 à l'hôtel Royal Cliff Beach, Pattaya

Confrontation avec l'armée

Peu avant la répression contre les protestations des Chemises rouges en 2010, les militaires, sur ordre du gouvernement Abhisit, ont saisi la station satellite THAICOM à Pathum Thani pour tenter de fermer les chaînes de télévision des Chemises rouges. Ko Tee a mené plus de 10,000 manifestants pour réclamer la réouverture de la station, ce qui a conduit à un clash avec l'armée. Le groupe de Ko Tee a d'abord réussi à expulser l'armée, mais a finalement reculé.

Les chemises rouges échouent face aux autorités occupant la station satellite

Les chemises rouges échouent face aux autorités occupant la station satellite

Bataille sanglante avec les émeutiers anti-élection du PDRC

En 2014, le Comité pour une réforme démocratique populaire (PDRC) anti-élections a saisi le bureau de vote du district de Lak Si pour perturber les élections du 2 février, ce qui a entraîné un violent coup de force avec Ko Tee et ses partisans de Pathum Thani. Des tirs sont partis des deux côtés (bien que les militants du PDRC soient bien plus armés que les Chemises rouges qui ne disposaient tout au plus que d'un ou deux pistolets). L'incident a entraîné un mort (parmi les Chemises rouges) et plusieurs blessés (tous chemises rouges).

Des émeutiers du PDRC tirent sur le groupe de Ko Tee

Des émeutiers du PDRC tirent sur le groupe de Ko Tee

Ko Tee s'en prend aux juges constitutionnels

En Thaïlande, les pénalités pour outrage au tribunal sont particulièrement sévères. Un groupe de militants a récemment été poursuivi pour avoir demandé la libération d'un suspect de lèse majesté. Cela, cependant, n'est pas un problème pour Ko Tee.

En 2012, la Cour constitutionnelle a accepté une affaire de corruption (montée de toute pièce) contre Yingluck Shinawatra au sujet de la politique de subvention des riziculteurs. Ko Tee a mené 30 manifestants devant le tribunal pour expulser les neuf juges de la Cour constitutionnelle, arguant qu'ils étaient illégitimes puisqu'ils avaient été nommés par le régime de la junte militaire de 2006.

Ko Tee a apporté avec lui neuf cercueils avec des photos des neuf juges sur eux. Il les a brûlés devant le bâtiment de la cour, puis a dissous la protestation.

Inculpé de lèse majesté

En 2014, la police a émis un mandat d'arrêt contre Ko Tee après qu'il ait été accusé de diffamation contre la monarchie dans une interview accordée à Vice News. Quelques semaines plus tard, les membres du Club "Love the King" de Phetchaburi, Chaiyaphum, Nakhon Ratchasima, Nakhon Sawan, Khon Kaen, Maha Sarakham et Ubon Ratchathani ont déposé une plainte pour lèse majesté contre lui pour des raisons similaires.

Il a depuis fui le pays. Il dirige toujours ses émissions de radio à partir d'un emplacement non divulgué sur une chaîne YouTube.

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 13:07

Un article de Strategy Page

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https://www.strategypage.com/qnd/thai/articles/20170316.aspx

Comme c'est la coutume en Thaïlande, un compromis est en train de se faire entre le nouveau roi, le gouvernement militaire et la majorité démocratique. Une fois que le nouveau roi est monté sur le trône à la fin de 2016, il a apparemment fait un accord avec le gouvernement militaire qui, en théorie, bénéficierait aux deux pour le long terme. Premièrement, le roi veut être libéré des restrictions constitutionnelles et parlementaires qui faisaient partie de l'accord des années 1930 qui a transformé la monarchie absolue en une monarchie constitutionnelle. Le gouvernement militaire est en train de changer la constitution ce qui présente une occasion rare de donner au roi plus de pouvoir. Les généraux ont besoin du soutien du roi parce qu'ils ont justifié leur coup d'Etat de 2014 en insistant qu'ils le faisaient pour protéger la monarchie. L'année dernière, les militaires ont obtenu que leur nouvelle constitution soit approuvée par un référendum et le roi doit l'approuver en mai prochain mais apparemment il ne le fera que si ses demandes sont acceptées.

Pendant ce temps, le roi semble également essayer de négocier un accord de paix avec les groupes pro-démocratie qui ont démontré qu'ils ont encore la majorité des électeurs avec eux. À la fin de 2015, le leader pro-démocratique (et l'ancien Premier ministre) Thaksin Shinawatra a appelé ses partisans (les Chemises rouges) à "faire le mort" pour le moment et attendre que le gouvernement militaire autorise des élections. L'armée a accepté que des élections se tiennent en 2018, mais seulement si des changements fondamentaux ont été apportés à la constitution. Les représentants du roi ont apparemment cherché un accord de compromis qui permettrait à Thaksin Shinawatra et à d'autres dirigeants démocratiques exilés de rentrer chez eux et de se conformer aux nouvelles règles.

En 2015, Thaksin Shinawatra a souligné que la prétendue violence des Chemises rouge (NDT: en fait la violence était le fait des Chemises jaunes monarchistes pro-militaires) avait donné à l'armée une autre excuse pour s'emparer du pouvoir. Le coup d'État de mai 2014 est venu après des mois de protestations politiques dans la capitale et ces tensions demeurent. Après de nombreuses tentatives, les politiciens des partis royalistes et nationalistes qui ont perdu les élections nationales en 2011 avaient échoué dans toutes leurs tentatives extra-électorales de prendre le pouvoir jusqu'en 2014, lorsque la Cour constitutionnelle royaliste a décidé que le premier ministre élu devait démissionner et installer un premier ministre provisoire jusqu'à ce que les élections puissent avoir lieu. Les Chemises rouges ont vu tout que cela n'était en fait qu'un autre stratagème illégal mis au point par les royalistes pour contrecarrer la volonté du peuple et conserver le pouvoir alors que les politiciens chemises rouges contrôlaient encore une majorité des sièges au Parlement et avaient donc le droit de nommer un premier ministre temporaire. Des Chemises rouges ont également souligné que la Cour constitutionnelle avait déclaré nulles les élections de février 2014 (que la première ministre élue a appelé pour démontrer qu'elle avait encore le soutien de la majorité) parce que certains sièges électoraux étaient bloqués par des foules d'émeutiers chemises jaunes. Il est généralement admis que cette décision de la cour était absurde et les Chemises rouges veulent que la première ministre déposée (NDT: Yingluck Shinawatra) soit réintégré ou que de nouvelles élections se tiennent le plus tôt possible. Alors que la première ministre élue a été accusée de corruption, ses partisans ont souligné que ces démarches soi-disant légales des royalistes étaient malhonnêtes et juste une autre forme de corruption. L'armée a profité de l'impasse pour prendre le pouvoir par un autre coup d'Etat.

L’ancienne première ministre Yingluck Shinawatra demeure très populaire parmi les plus pauvres des Thaïlandais

L’ancienne première ministre Yingluck Shinawatra demeure très populaire parmi les plus pauvres des Thaïlandais

Le roi et les généraux savent que la plupart des Thaïlandais en ont assez des coups d'État. Il y en a eu douze au cours des 80 dernières années (depuis que la monarchie constitutionnelle a remplacé la monarchie absolue vieille de plusieurs siècles). La monarchie a appris à garder la tête basse, même si l'armée a toujours été loyalement royaliste. L'armée et le roi cherchent maintenant à changer cette impasse par des "réformes" dans la constitution actuelle. Depuis 2014, les troupes ont reçu l'ordre d'arrêter tout ceux qui semblaient s'opposer au putsch, mais les sentiments anti-coup d'Etat étaient si répandus que tenter de décapiter l'opposition en emprisonnant la plupart des dirigeants chemises rouges n'a pas fonctionné. L'opposition avait beaucoup de remplaçants compétents pour remplacer les dirigeants perdus et ces nouveaux dirigeants n'ont pas appelé à une guerre civile.

Les Thaïlandais partisans de la démocratie sont également devenus plus aptes à faire face aux coups d'État, d'autant plus que l'Internet et les médias sociaux se sont révélés immunisés contre les efforts de l'armée pour contrôler ces médias. Comme la Chine l'a découvert elle-aussi, même lorsque vous employez une énorme bureaucratie de censure sur l'Internet et une technologie très efficace, les messages indésirables (par le gouvernement) arrivent quand même à passer au travers. En outre, des sites comme Facebook sont extrêmement populaires en Thaïlande, aussi bien parmi les royalistes que les pro-démocratie. Ainsi l'armée a été forcée de dire qu'elle ne fermerait jamais l'accès à Facebook en Thaïlande. Les groupes pro-démocratiques ont organisé des petites manifestations et des actions similaires pour rappeler aux généraux et aux médias étrangers que cette crise n'était pas terminée. Alors que les Chemises rouges bénéficient toujours d'un large soutien populaire, la plupart des Thaïlandais sont plus intéressés par les questions économiques et l'armée n'a pas été en mesure de faire face à cela en raison de l'opposition généralisée au régime militaire en Thaïlande et à l'étranger. Les problèmes économiques ne peuvent être ignorés. Le PIB a diminué de 2,1% au cours des trois premiers mois de 2014 et la contraction et le ralentissement de la croissance se poursuivent. Le chômage est encore faible, mais le revenu diminue, tout comme les possibilités d'obtenir de meilleurs emplois. La plupart des Thaïlandais se souviennent que, lors de tous les coups d'État consécutifs à la Seconde Guerre mondiale (1951, 1957, 1958, 1971, 1976, 1977, 1991, 2006), l'économie s'était ensuite améliorée après la prise de pouvoir par l'armée. L'armée se préoccupe donc des problèmes économiques mais ne s'en sort pas si bien.

Le nouveau compromis de 2017 permettra de rétablir les élections alors que le roi et les forces armées pensent qu'ils ont maintenant plus de pouvoir que lorsque le pays était dirigé par un gouvernement élu. Les pro-démocratie notent qu'à long terme les rois et les dictateurs finissent toujours par perdre. La plupart des royalistes reconnaissent que si le roi devient trop impopulaire, la monarchie pourrait être abolie, comme elle l'a déjà été dans la plupart des pays de la région. Les actes ont des conséquences [...]

La dynastie royale, les Chakris, fut fondée par un général qui s'empara du trône en 1782 en partie pour rétablir l'ordre dans un temps de grand chaos. Depuis lors, les Chakris ont survécu en évitant les erreurs stupides. Le gouvernement militaire actuel crée plus de problèmes qu'il n'en résout et les Thaïlandais craignent que le nouveau roi ne soit le contraire de son père et finisse par devenir un des "mauvais rois" et peut-être même le 10ème et dernier roi de la dynastie des Chakri. Cette attitude n'est pas nouvelle: en 2015, la troisième épouse (maintenant ex-femme) du nouveau roi et de sa famille a été exposée comme étant tout à fait corrompue et rapidement expulsée du cercle royal. L'oncle de la troisième femme avait été arrêté ainsi que de nombreux agents de police impliqués dans les nombreuses pratiques de corruption dont la famille de l'épouse aurait été responsable.

Le gouvernement militaire est conscient du fait que sa gouvernance est impopulaire et cherche des moyens d'obtenir plus de pouvoir sans être une junte militaire. Changer la constitution est un début et le gouvernement militaire dépend de la Chine pour l'aider. Il n'est pas surprenant que la junte militaire développe des liens étroits avec la Chine, qui est l'expert régional pour maintenir une dictature impopulaire au pouvoir. À la fin de l'année 2016, le gouvernement a reconnu avoir maintenu une liste noire secrète de personnes et de groupes devant être emprisonnés s'ils essayaient d'entrer en Thaïlande et, si la Chine le demandait, les expulser dans ce pays (même si les voyageurs de la liste noire ne sont pas tous citoyens chinois ). La junte militaire thaïlandaise appuie aussi publiquement les revendications chinoises sur la mer de Chine méridionale. La plupart des Thaïlandais s'opposent aux revendications territoriales chinoises et sont mal à l'aise vis-à-vis de cette coopération avec leur voisin autoritaire. La Chine est maintenant le troisième plus grand investisseur étranger en Thaïlande et encourage les entreprises chinoises à chercher à l'étranger des sites de production pour accorder une attention particulière à la Thaïlande (qui n'est pas aussi bon marché que le Vietnam, la Birmanie ou le Cambodge). Le gouvernement militaire a besoin des investissements chinois parce que la Thaïlande n'est plus l'économie la plus dynamique de la région. Les Thaïlandais notent cela et souhaitent un retour à une croissance plus élevée du PIB, une baisse de l'inflation et une baisse du chômage. Tout le monde remarque qu'un récent sondage d'opinion a révélé que près de la moitié (46,7%) de la population tolère la corruption si elle bénéficie d'une part équitable.

Les militaires veulent aussi une part plus importante du budget (de l'actuel 1,4 pour cent du PIB à deux pour cent d'ici 2020) afin de financer un plan décennal pour mettre à jour ou remplacer une grande partie du matériel et des armes vieillissants de l'armée. Actuellement, l'armée est encline à acheter de la Chine qui offre une bonne valeur et la promesse implicite d'une aide future pour les militaires thaïlandais.

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 13:36

Ces deux semaines de violence ont été prise comme exemple parmi tant d’autres. Tous les jours il y a des morts dans le sud de la Thaïlande et le conflit n’est pas prêt de s’arrêter car il s’agit plus d’un conflit aux origines mafieuses que politiques ou religieuses. L’ancienne première ministre élue Yingluck Shinawatra avait tenté de ramener le calme dans la région en s’y rendant régulièrement et commençait à obtenir un certain succès. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles les militaires ont renversé son gouvernement en mai 2014.

L’ancienne première ministre élue Yingluck Shinawatra avait tenté de ramener le calme dans la région en s’y rendant régulièrement et commençait à obtenir un certain succès

L’ancienne première ministre élue Yingluck Shinawatra avait tenté de ramener le calme dans la région en s’y rendant régulièrement et commençait à obtenir un certain succès

28 février 2017: Le gouvernement a annoncé qu'il avait conclu un accord avec les séparatistes pour établir cinq "zones de sécurité" dans le sud où les civils seraient à l'abri de la violence. Mais au cours de la première semaine de mars, il y a eu de nombreuses attaques dans le sud, certaines dans les zones de sécurité. Il s'est avéré que les factions séparatistes les plus opposées à cet accord étaient aussi celles qui sont les plus responsables de la violence. Cela a toujours été un problème dans le sud et s'est avéré être un obstacle majeur à la réalisation d'une paix négociée là-bas. Certains dirigeants séparatistes insistent sur le fait que c'est une question de perception parce que beaucoup des attaques que le gouvernement attribue à la violence séparatiste sont en fait des conflits personnels. C'est vrai dans certains cas, mais pas dans la plupart des cas. Un autre problème est que beaucoup de séparatistes ne croient pas qu'un accord fait avec le gouvernement militaire sera approuvé par un gouvernement élu tandis que d'autres factions croient qu'ils peuvent obtenir de meilleures conditions de la part d'un gouvernement élu.

Dans le sud (province de Songkhla située juste au nord des trois provinces musulmanes et bordant également la Malaisie), la police a trouvé les corps d'un couple local qui avait été tué plus tôt dans la journée tandis que leur camionnette avait été volée. Plus tard dans la journée, le camion a été retrouvé stationné près d'une station de patrouille frontalière avec une bombe cachée dans le coffre. La bombe a été désamorcée.

2 mars 2017: Dans le sud (province de Narathiwat), des hommes armés ont tendus une embuscade à une famille bouddhiste et ont tué quatre personnes. La voiture emmenait des enfants à l'école. Ailleurs dans le sud (province de Pattani) trois soldats ont été tués alors qu'ils se trouvaient dans un marché bondé. Les coups de feu ont également blessé un civil qui se trouvait sur place et les sept hommes armés impliqués ont ensuite fui.

Des bombes explosent tous les jours dans cette région

Des bombes explosent tous les jours dans cette région

3 mars 2017: Dans le sud (province de Narathiwat), des hommes armés ont attaqué deux volontaires locaux de la défense, en tuant un et blessant l'autre.

Les militaires thaïs se comportent comme une armée d’occupation

Les militaires thaïs se comportent comme une armée d’occupation

4 mars 2017: Dans le sud (province de Yala), des hommes armés ont assassiné un dirigeant local.

13 mars 2017: Le gouvernement a révélé qu'une opération conjointe avec la Malaisie avait conduit à l'arrestation, le 19 janvier, du chef laotien d'un important cartel de drogue (basé au Laos) et de plusieurs de ses principaux collaborateurs. Les documents capturés et les interrogatoires des personnes arrêtées ont révélé que ce gang avait transféré des quantités importantes de yaba (pilules de méthamphétamine) vers la Thaïlande où certaines étaient vendues localement mais que la plupart étaient destinées à la Malaisie via l'aide de contrebandiers musulmans qui ont l'habitude de franchir clandestinement la frontière Thaïlande-Malaisie. La production de yaba a grimpé en flèche depuis 2010 et la plus grande partie est passée clandestinement hors de Birmanie via la Thaïlande. Les laboratoires de meth, bien plus faciles à dissimuler que les champs de pavot, produisent plusieurs centaines de millions de comprimés par an. Une grande partie de la violence terroriste séparatiste et islamique dans le sud est connue pour être financée ou exécutée par des gangs sur place et les récentes arrestations de gangsters laotiens ont révélé la mesure dans laquelle les bénéfices de la vente du yaba soutenaient la violence du Sud.

Source:

https://www.strategypage.com/qnd/thai/articles/20170316.aspx

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