Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 12:44

Un article du Bangkok Post
Lien:
http://www.bangkokpost.com/news/politics/1284655/yingluck-defiant-as-reckoning-nears

 

Yingluck Shinawatra

Yingluck Shinawatra

L'ancienne première ministre, Yingluck Shinawatra, a affirmé qu'elle ne fuirait pas la justice et serait prête à faire face à une éventuelle conviction qui pourrait entraîner son emprisonnement.
Yingluck a été accusée de déchéance du devoir pour ne pas avoir pu arrêté la corruption et les irrégularités découlant du régime de subvention du riz mis en place par son gouvernement. L'audience finale pour les témoins de la défense est prévue le 21 juillet prochain.
Ensuite, la division criminelle de la Cour suprême pour les titulaires de postes politiques précisera les dates auxquelles l'accusation et la défense devront délivrer leurs déclarations de clôture, qui surviennent normalement au bout d'une semaine et au plus tard un mois après la conclusion des témoignages.
Le tribunal devrait prononcer son verdict d'ici le mois de septembre. Si elle est reconnue coupable, Yingluck pourrait faire face à une peine d'emprisonnement allant jusqu'à 10 ans.
Contrairement à son frère, le Premier ministre évincé Thaksin, Yingluck promet de combattre l'affaire jusqu'au bout.
"Attendez et voyez", a-t-elle déclaré au Bangkok Post. "Je serai là au tribunal jusqu'à la fin. Nous nous y rencontrerons [à la date du verdict]".
Ce jour-là, Yingluck pourrait être envoyée immédiatement derrière les barreaux si le tribunal prononce une peine de prison.
Certains critiques, en particulier ses opposants politiques, croient que Yingluck suivra les traces de Thaksin, qui a fuis le pays avant que le tribunal ne le condamne à une peine de prison de deux ans dans l'affaire de Ratchadaphisek en 2008. Il a vécu en exil depuis.
Yingluck a rejeté une telle possibilité en disant qu'elle était prête pour son jugement.
"Je suis prêt à affronter le destin", dit-elle avec un visage sombre.
Quelques observateurs politiques disent que si Yingluck demeurait en Thaïlande et était emprisonnée, l'estime que lui porte une partie de la population qui la considère comme une héroïne politique augmenterait, ouvrant la voie à son éventuel retour en politique.
Mais d’autres analystes sont allés plus loin en disant que si elle était reconnue coupable, elle et les adversaires de la famille Shinawatra resteraient fermes et sa peine d'emprisonnement deviendrait une cause d'attaques politiques.
Yingluck a déclaré qu'elle avait confiance car les témoins de la défense qui ont témoigné devant les tribunaux ont prouvé son innocence.
"Même avec 1% de chances de gagner, je continuerai à me battre de mon mieux pour prouver que je suis innocente", a-t-elle déclaré. "Nous croyons qu'une chance de 1% peut croître. Nous allons continuer à nous battre de notre mieux."
Dans le dernier chapitre de sa lutte judiciaire, Yingluck et son équipe juridique ont réclamé la semaine dernière à la Cour suprême de demander une décision de la Cour constitutionnelle dans les procédures judiciaires concernant son cas.
Elle a demandé à la Cour constitutionnelle de se prononcer sur le fait que la procédure de son cas fondée sur la loi de 1999 sur la division criminelle de la Cour suprême pour les titulaires de postes politiques contredit l'article 235 de la charte 2017.
L'article 235 de la charte actuelle exige que le tribunal s'appuie principalement sur le rapport de la Commission nationale anti-corruption (NACC) sur l'affaire pour examen.
La clause stipule également que, pour le bénéfice de la justice, le tribunal a le pouvoir de se renseigner en plus sur les témoins et les éléments de preuve.
Selon l'équipe juridique de Mme Yingluck, les procureurs ont précédemment ajouté des documents de témoins supplémentaires qui n'ont jamais été inclus auparavant dans le rapport de la NACC.
Les juges de la division criminelle de la Cour suprême pour les titulaires de postes politiques auraient accepté d'examiner la requête de Mme Yingluck et statueront le 21 juillet si une décision de la Cour constitutionnelle est demandée.
"Ce combat est le plus difficile que j'ai dû supporter dans ma vie", a déclaré l'ancienne Première ministre.
"Mais quel que soit le résultat, je suis fière du rôle que j’ai joué pour donner aux paysans la vie meilleure qu’ils méritent". 
Outre l'affaire pénale, Yingluck lutte également contre la décision de la junte d'examiner ses biens en vue d'une saisie par voie d'ordonnance administrative.
Elle s'est vue sommée par un comité gouvernemental de payer 35 milliards de bahts pour des allégations de dommages causés par son régime de subvention du riz.
Elle a déclaré que l'examen des actifs devrait être effectué correctement après la conclusion d'une affaire pénale connexe. Une telle décision déterminerait s'il existe des motifs de poursuite d'une affaire civile.
Mais la junte a décidé de rendre une ordonnance administrative pour saisir ses biens en dépit de l'affaire pénale toujours en instance contre elle.
"Nous considérons les mesures qu'ils prennent comme injustes", a déclaré Yingluck.
Elle a déposé une requête auprès du tribunal administratif demandant au tribunal de suspendre l'ordonnance administrative.
"Si vous demandez comment je m'en sort, la réponse est que je m'accroche le mieux possible", a-t-elle déclaré, ajoutant que son fils et le soutien moral de ses partisans et amis lui ont donné de la force.
Interrogé sur la question de savoir si elle accepterait toujours le poste de Première ministre si elle pouvait revenir en arrière, Yingluck a déclaré qu'elle ne regarderait pas en arrière et ne reprocherait rien à personne, mais qu'elle réfléchissait plutôt à un avenir meilleur pour sa famille et elle-même.
Note du traducteur: Le Bangkok Post qui parait en Thaïlande est obligé de s’autocensurer. J’ai donc décidé dans cette traduction de changer le mot "gouvernement" employé par ce journal par celui de "junte" utilisé dans la presse internationale pour désigner le gouvernement militaire putschiste de Thaïlande. On peut préciser aussi que ce gouvernement dictatorial nomme et contrôle les juges. C’est donc la junte militaire qui décidera du verdict et non la "justice".

 

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 13:00
Pavin Chachavalpongpun

Pavin Chachavalpongpun

En tant que dissident politique thaïlandais qui vit en exil, j'ai l'habitude d'être attaqué par les dirigeants autoritaires de mon pays. Maintenant, je me retrouve en train de m'adapter à une nouvelle variation sur le thème: faire face à un gouvernement prétendument démocratique qui est prêt à faire le sale travail de Bangkok à sa place.

Plus tôt ce mois-ci, j'ai été invité à participer au Delhi Dialogue, un forum de discussion sur divers problèmes entre l'Inde et l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN). Les organisateurs voulaient que je discute des relations thaï-indiennes et de leur adéquation avec le contexte général de la politique sud-est-asiatique. J'avais assisté à l'événement une fois auparavant, il y a plusieurs années.

Ma situation aujourd'hui, cependant, est plutôt différente. En 2014, l'armée thaïlandaise a pris le pouvoir lors d'un coup d'État et m'a immédiatement ciblé pour mes critiques ouvertes envers la monarchie. Les organisateurs du putsch m'ont convoqué pour que mon attitude soit "ajustée" - leur euphémisme pour un interrogatoire. Lorsque j'ai refusé, les autorités ont délivré un mandat pour mon arrestation et ont révoqué mon passeport. Heureusement, je vivais déjà au Japon, alors j'ai décidé de rester et de demander le statut de réfugié.

Donc, lorsque les Indiens m'ont invité à parler à nouveau au Delhi Dialogue, j'étais convaincu qu'ils cherchaient à souligner l'importance de la liberté d'expression, des droits de l'homme et de la démocratie. J'avais tort.

Je devais parler lors de l'une des deux sessions du forum. Quelques heures avant que la première ne commence, l'ambassade de Thaïlande à Delhi a remarqué mon nom sur le calendrier et a exprimé ses préoccupations aux hôtes indiens. Elle craignait que je parle de la junte de façon critique. Le ministère thaïlandais des Affaires étrangères a assigné un vice-ministre des Affaires étrangères, une personne nommée par la junte, pour représenter la Thaïlande lors de l'événement. Ma présence, semble-t-il, aurait "embarrassé" les délégués thaïlandais.

Sous la pression de l'ambassade de Thaïlande, les organisateurs m'ont dit que ma participation à la session ministérielle n'était plus la bienvenue. En d'autres termes, après avoir voyagé en Inde, j'ai été gommé des activités dès le premier jour.

Atterré par la réponse de l'hôte indien, j'ai décidé de boycotter tout l'événement et j'ai quitté Delhi brusquement (notamment parce que j'ai commencé à m'inquiéter pour ma sécurité personnelle). J'avais l'habitude d'être réduit au silence par le gouvernement, mais maintenant je l'ai été par le même hôte qui m'avait invité en premier lieu à la réunion.

Pour être honnête, les droits de l'homme, la liberté d'expression et la démocratie n'ont jamais occupé une place de choix dans les relations thaï-indiennes. Il est décevant que l'Inde, qui se révèle être l'État démocratique le plus peuplé au monde, travaille maintenant en étroite collaboration avec un gouvernement illégitime et non élu en Thaïlande.

Depuis le coup d'Etat, l'Inde n'a rien dit au sujet de l'intervention militaire en politique et sur la rupture de la démocratie. En fait, le gouvernement indien a déployé le tapis rouge aux putschistes à plusieurs reprises. Le général Prayuth Chan-ocha, premier ministre thaïlandais, a effectué sa première visite en Inde en juin 2016. Le communiqué de presse du gouvernement indien avait déclaré à cette occasion: "La Thaïlande est un ami de confiance et de valeur, et l'un de nos partenaires les plus proches de l'Asie du Sud-Est".

L'Inde a offert avec enthousiasme son soutien diplomatique aux dirigeants militaires thaïlandais et est disposée à fermer les yeux sur le manque de démocratie en Thaïlande dans le but d'un profit économique. Bien que l'Inde ne soit pas actuellement un partenaire stratégique majeur, la prise de conscience par la junte de Bangkok de l'émergence de l'Inde en tant que nouvelle puissance régionale a contribué à une mise à niveau rapide de la relation.

L'Inde est désireuse de compenser l'essor régional de la Chine, un désir démontré par la stratégie "Look East" (Regardons à l'Est) de Delhi. L'Inde a clairement besoin de maintenir des liens étroits avec la Thaïlande. Mais cela n'a jamais été fait de manière à respecter de manière adéquate les principes démocratiques de l'Inde. La Thaïlande est sous une domination militaire qui a écrasé les aspirations démocratiques du pays. Le manque d'engagement de l'Inde envers les principes démocratiques dans sa politique étrangère facilite la vie pour le régime despotique de la junte.

Malheureusement, cela fait partie d'une tendance mondiale plus large. L'Inde n'est pas le seul État démocratique qui aide ouvertement les régimes autoritaires à réprimer leurs critiques. Le gouvernement sud-coréen m'a mis sur une liste noire. Et le gouvernement américain a accepté une demande d'annulation de mon passeport de la junte thaïlandaise.

L'administration Trump se montre beaucoup moins disposée à accepter les réfugiés politiques, ce qui démontre vivement l'engagement décroissant de Washington envers les principes humanitaires. L'Inde et la Corée du Sud traitent les universitaires critiques comme des hors-la-loi. Ces nations supposément démocratiques ferment les yeux sur l'autoritarisme pour sauvegarder leurs propres positions de pouvoir.

Je sais que mon expérience particulière en Inde apparaît banale lorsqu'on regarde cela dans le contexte des relations de deux grands pays. Pourtant, ce qui m'est arrivé m'en dit encore beaucoup sur l'engagement décroissant de certaines démocraties envers des principes qu'elles prétendent leur être chers.

Pavin Chachavalpongpun est professeur agrégé au Centre d'études de l'Asie du Sud-Est de l'Université de Kyoto.

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 14:53

Par Robert Amsterdam

Opposantes thaïlandaises lors d'une manifestation anti-putsch à Bangkok le 25 mai 2014

Opposantes thaïlandaises lors d'une manifestation anti-putsch à Bangkok le 25 mai 2014

19 mai 2010 : Une infirmière amicale et attentionnée s'occupe des blessés dans un temple de Bangkok. Plusieurs ont été abattus, d'autres sont trop traumatisés pour parler. Soudain, une fusillade continue se déclenche et les balles de l'armée royale thaïlandaise commencent à pleuvoir sur le rassemblement désarmé. Les gens se mettent à courir dans toutes les directions, en cherchant à se cacher. L'infirmière - une jeune femme thaïlandaise de 25 ans, Kamonked Akkahad connue sous le nom de "Nurse Kate" qui porte un dossard de la croix rouge clairement identifiable est atteinte. Elle tombe sur le sol. On lui tire dessus à nouveau. Et encore. Et encore.

Au moment où les balles ont cessé de frapper son corps et alors que sa force de vie a été annihilée, Kate avait été prise pour cible à plusieurs reprises par un soldat de l'armée thaïlandaise tirant d'une position élevée. Plus tard, des canettes de bière ont été trouvés à l'endroit où le soldat a tiré.

La chose la plus choquante dans une perspective juridique à propos de la mort de Kate est que nous savons à peu près qui a tiré et qui a ordonné au soldat de le faire. Nous connaissons tout le cheminement jusqu'à la chaîne de commandement. Nous savons parce qu'il y avait des journalistes respectés qui rapportaient ce qu'ils voyaient. Nous savons que parce qu'un rapport incontournable renvoie aux tueurs de Kate et à ceux qui les ont commandés. Nous savons parce qu'il y avait des douzaines de témoins oculaires. Nos diplomates des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de la Suède, de la France, de l'Allemagne et du reste du monde stationnés dans la capitale thaïlandaise le savent. Les représentants des médias mondiaux à Bangkok le savent. Les tueurs eux-mêmes le savent.

Nous savons qui a tiré et qui a ordonné au soldat de le faire

Nous savons qui a tiré et qui a ordonné au soldat de le faire

L'infirmière Kate n'était pas le seul civil non armé qui a été tué par l'armée thaïlandaise en mai 2010. Des dizaines d'autres ont été exécutés sous les yeux d'un monde indifférent. Les tireurs d'élite de l'armée thaïlandaise - formés et équipés par les États-Unis - ont été envoyés pour tirer dans la tête de lycéens de 16 ans. Ce brutal écrasement du mouvement chemise rouge thaïlandais en faveur de la démocratie en 2010 - dont j'ai moi-même personnellement assisté lors de la visite des sites de protestation - a été organisé par l'armée thaïlandaise et ses alliés politiques du Parti Démocrate thaïlandais. Il n'y a jamais eu de prise de responsabilité pour ces actes et la communauté internationale ne l'a jamais réclamé. Malheureusement, cela ne semble pas avoir changé depuis.

Ainsi, lorsque les chars sont sortis il y a trois ans, le 22 mai 2014, pour écraser le gouvernement démocratiquement élu de Yingluck Shinawatra, les généraux et leurs partisans royalistes savaient que, bien que la communauté internationale protesterait et se plaindrait un peu, rien ne serait fait pour les arrêter. Après tout, cela se passait seulement quatre ans après qu'ils aient ordonné le massacre de manifestants non armés en mai 2010 et huit ans seulement après que ces mêmes généraux aient organisé un précédent putsch en 2006 et le monde avait à peine réagit lorsque ces deux événements se sont produits. Au cours des mois qui ont suivis le coup d'État de 2014, les touristes couraient encore sur les plages et profitaient des spas de luxe, les États-Unis et l'UE vendaient encore des armes dont avaient besoin les militaires et le dictateur et le chef d'état de fait, le général Prayuth Chan-ocha, qui avait participé à l'organisation du massacre en 2010, était toujours invité à rencontrer des leaders mondiaux.

Alors, où en est la Thaïlande maintenant trois ans après le coup d'Etat?

De toute évidence, les généraux corrompus et illégitimes occupent encore le perchoir et continuent de dominer le peuple thaïlandais par la force des armes. Ceci est totalement inacceptable quand des normes internationales sont appliquées à la situation. La démocratie a été suspendue, la dissidence a été écrasée et tout espoir d'amélioration de la situation semble impossible tant que ces généraux non élus resteront en place.

Sous la base de cette capture structurelle de la Thaïlande par des éléments antidémocratiques, il y a une vague d'oppression qui écrase totalement les aspirations du peuple thaïlandais avec de nombreuses arrestations dues à l'épouvantable loi de lèse-majesté thaïlandaise. Ces personnes font maintenant face à des décennies de prison. Les élections promises par la junte n'ont pas été concrétisée jusqu'à présent et 2018 est maintenant discuté comme un calendrier possible - un calendrier qu'aucun analyste chevronné des affaires thaïlandaises ne prend au sérieux. Les raisons de ce retard dans le retour à la démocratie sont évidentes. Les généraux savent que s'ils doivent affronter les électeurs thaïlandais, ils seront rejetés de façon claire et nette - en effet, la démocratie reste pour eux l'ennemi numéro un.

L'armée thaïlandaise - qui possède directement une grande partie des médias thaïlandais depuis des décennies - a également intensifié ses efforts de "lavage de cerveau". Les dissidents doivent subir un "ajustement d'attitude" orwellien et les médias martèlent sans fin leur propagande pro-armée et pro-élite. S'interroger sur ces faits peut conduire non seulement à être mis sous surveillance par les autorités militaires, mais aussi à une variété de "sanctions sociales" telles que des campagnes de haine en ligne, être licencié de son emploi et même être expulsé de l'université dans le cas des étudiants. Tout cela a été approuvé par un gouvernement militaire non élu, dirigé par des despotes aux mains rouges de sang.

Ajoutez à cela le soutien explicite de la communauté internationale - le nouveau président américain Donald Trump a récemment déclaré qu'il inviterait le chef de la junte thaïlandaise, le général Prayuth à la Maison Blanche - et il est facile de voir comment la junte thaïlandaise est susceptible de penser que son impunité continuera.

Ce qui peut être fait?

La situation récente concernant les élections en Gambie et l'intervention de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CÉDÉAO) révèlent que là où il y a une volonté d'agir et que les différents acteurs de la démocratie - de concert avec la communauté internationale - peuvent parvenir à un accord sur un plan cohérent pour une voie à suivre, alors la démocratie peut revenir. En Gambie, alors que le dictateur sortant, Jammeh, avait refusé de renoncer au pouvoir après avoir perdu une élection, la CÉDÉAO, avec le soutien de l'ONU, a menacé d'entrer en action et le despote a capitulé.

En Thaïlande, la situation a été bouleversée par le manque de leadership cohérent du mouvement pro-démocratique. Le dernier premier ministre démocratiquement élu était Yingluck Shinawatra.

Yingluck Shinawatra

Yingluck Shinawatra

Bien qu'elle semble certainement réticente à diriger tout mouvement pro-démocratique - en raison principalement de la répression extrême conduite par l'armée thaïlandaise - elle pourrait encore être considérée comme la dernière dirigeante légitime du gouvernement thaïlandais.

La répression extrême conduite par l'armée thaïlandaise

La répression extrême conduite par l'armée thaïlandaise

En outre, les militaires thaïlandais, avec leurs alliés des milieux royalistes thaïlandais ainsi que de la bureaucratie et avec le soutien continu des nombreuses familles les plus riches de la nation, ont une main ferme sur presque tous les aspects de l'Etat. La plupart des membres des Chemises rouges de Thaïlande craignent à juste titre pour leur sécurité et leur vie s'ils tentent d'organiser toute opposition, les avocats et les autres militants sont visés par des arrestations ainsi que, parfois, la torture et la vicieuse loi de lèse-majesté avec des peines d'emprisonnement de quinze ans est l'arme de choix pour l'un des régimes de censure les plus durs du monde.

Dessin de Siné

Dessin de Siné

L'ASEAN - le bloc économique régional des nations du sud-est asiatique - est restée complètement muette sur la Thaïlande. L'échec de la protection de la démocratie est une indication de la faiblesse de l'ASEAN et aussi du manque régional d'engagement envers la démocratie.

La communauté internationale élargie demeure inefficace ou désintéressée. Les droits démocratiques des Thaïlandais restent loin de la liste des priorités de l'UE, du Royaume-Uni et certainement de l'administration américaine, même si les platitudes sont prononcées de temps à autre. Conformément à cette ligne, les médias internationaux peuvent émettre occasionnellement des rapports mettant en évidence ces préoccupations, mais les représentants de ces médias basés en Thaïlande sont très conscients qu'ils ne peuvent signaler toute la vérité ou sont susceptibles d'être arrêtés s'ils le font. Cependant, les médias basés en dehors des confins du stalag thaïlandais pourraient certainement attirer l'attention sur le sort de la démocratie en Thaïlande. Le fait qu'ils ne le font pas reflète simplement le manque de volonté de la communauté internationale.

Ces faiblesses sont donc explicites et peuvent être définies plus largement ainsi: le manque de leadership cohérent du mouvement pro-démocratique principalement en raison de la répression de l'État; l'échec de l'ASEAN à agir collectivement pour soutenir les normes internationales et protéger la démocratie dans sa région; l'abrogation de la responsabilité de la communauté internationale en général face au coup d'Etat de 2014 ainsi qu'à d'autres moments où l'armée thaïlandaise est intervenue contre la volonté du peuple thaïlandais.

Il y a encore de l'espoir et il existe des mécanismes par lesquels la situation de la Thaïlande pourrait s'améliorer, notamment grâce à la pression internationale et au système juridique international via l'ONU. Cependant, sans soutien large, continu et sérieux pour leur démocratie, les Thaïlandais continueront d'être oubliés par le monde. Il est temps que cela change, de sorte qu'au moins, il n'y ait plus de victimes comme l'infirmière Kate dans l'avenir.

Lien de l’article original en anglais:

https://robertamsterdam.com/thailands-horrific-coup-three-years-later/

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 11:52

En Thaïlande, le mystérieux vol de la plaque de la révolution

Un article de Lina Sankari

Lien:

http://www.humanite.fr/en-thailande-le-mysterieux-vol-de-la-plaque-de-la-revolution-635457

À gauche, la plaque de bronze commémorant l’abolition de la monarchie absolue en 1932 et à droite la nouvelle plaque portant, elle, des inscriptions monarchistes

À gauche, la plaque de bronze commémorant l’abolition de la monarchie absolue en 1932 et à droite la nouvelle plaque portant, elle, des inscriptions monarchistes

Après la disparition d’une plaque commémorant le renversement de la monarchie absolue, le gouvernement militaire tente d’étouffer l’enquête. L’affaire suscite un appétit inédit pour l’histoire de ce coup d’Etat qui fit un premier pas en direction de la démocratie.

Qui a voulu effacer l’histoire? Plongée dans la dictature militaire depuis bientôt trois ans, la Thaïlande a visiblement du mal à reconnaître certains pans de son passé. Au début du mois, une plaque de bronze commémorant l’abolition de la monarchie absolue en 1932, fixée dans la chaussée, a été subtilisée à Dusit, dans le centre ancien de Bangkok. Elle a été échangée contre une plaque flambant neuve portant, elle, des inscriptions monarchistes. Sur la plaque volée, ces mots: «c’est ici, dans la matinée du 24 juin 1932 que le parti du peuple a donné naissance à la Constitution pour le progrès de la nation». Sur la nouvelle, un slogan exhortant à appuyer la monarchie et la religion bouddhiste. «Enlever cette plaque ne pourra effacer l’histoire», prévient Erich Parpart dans le Bangkok Post.

Quand le pays redécouvre la révolution

Cette découverte faite par des étudiants a bousculé les progressistes et démocrates du pays qui savent à quel point les conservateurs honnissent cette période de l’histoire durant laquelle, pendant quelques mois seulement, la personne du roi n’était plus «sacrée et inviolable» mais pava durablement la voie au parlementarisme. A tel point que l’actuel gouvernement militaire a mis du temps à réagir à la disparition de la plaque originelle. L’enquête se révèle par ailleurs des plus complexes. Et, comme un fait exprès, les caméras de surveillance placées aux abords de la place historique, avaient été retirées quelques jours auparavant. Après s’être réfugié un temps dans le déni, en refusant de répondre aux questions relatives à ce vol, les militaires ont ensuite fait arrêter tous ceux qui réclamaient une enquête et disperser les rassemblements. Les journaux eux-mêmes se voient interdire la possibilité de publier quelque article sur cette affaire. Face à ce silence, des groupes militants se sont piqués de mener l’enquête avant d’être appréhendés par la police massivement mobilisée sur le site pour éviter les démonstrations gênantes.

«Des promoteurs de la démocratie»

«Si le gouvernement militaire n’est pas responsable, pourquoi les autorités éludent les questions et ne fournissent aucune explication?», interroge en outre Erich Parpart. Ils sont pourtant nombreux à demander des comptes et, en premier lieu, les descendants de Khana Ratsadon (le parti du peuple) qui fut à l’origine du coup d’Etat de 1932. A 78, Maj Puttinart Paholpolpayuhasena, fils d’un acteur de la révolution, rappelle que son illustre ascendant et ses compagnons étaient «des promoteurs de la démocratie» contrairement aux protagonistes des dix-neuf coups d’Etats qu’a connu la Thaïlande depuis. Problème pour la junte qui, grâce à sa nouvelle constitution, a soumis le pouvoir politique à l’armée: personne n’a jamais autant parlé de 1932 et de sa révolution. Y compris des jeunes qui n’étaient d’évidence pas familiers de cette histoire.

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 09:12

Thaïlande: inquiétudes après la promulgation de la nouvelle constitution

Une déclaration du Parti socialiste faite le 13 avril 2017 par Maurice Braud, Secrétaire national chargé du pôle "mondialisation, régulation, coopération"

Lien:

http://www.parti-socialiste.fr/thailande-inquietudes-apres-promulgation-de-nouvelle-constitution/

Maurice Braud

Maurice Braud

"Le 6 avril 2017 a été promulguée la nouvelle constitution de la Thaïlande, la 20e depuis l’abolition de la monarchie absolue en 1932. Le projet avait été approuvé en août 2016 par un référendum, mais avec une expression du vote populaire biaisée par l’interdiction d’exprimer toute critique et par la répression allant de pair. Le Parti socialiste avait alors justement alerté l’opinion publique sur le danger de ce changement constitutionnel alors que de nombreux opposants politiques étaient emprisonnés sans procès. Préparée par un groupe sélectionné par les militaires, et objet d’amendements de dernière minute, la nouvelle constitution vise – craint-on – à installer dans la durée le pouvoir militaire après le coup d’État intervenu en 2014.

Certes, des élections générales sont prévues dans un an et demi environ, mais de multiples mécanismes institutionnels ont été mis en place pour encadrer le vote populaire. Ainsi, un sénat de 250 représentants, nommés par les militaires, aura la haute main sur la nomination du Premier ministre. La junte, sous le nom de "Conseil national pour la paix et l’ordre", conserve des pouvoirs très importants sur la conduite des affaires du pays. Des "corps indépendants", constitués de membres loyalistes et non élus, ont également la capacité de freiner les décisions du gouvernement ou de s’y opposer. Cette panoplie de verrous institutionnels tend à empêcher les partis politiques de jouer pleinement leur rôle dans les décisions et à barrer la route au retour de Thaksin Shinawatra, de ses épigones et de son parti, qui ont gagné toutes les élections depuis plus de 10 ans. S’ajoute à ce dispositif le maintien des lois de lèse-majesté les plus dures du monde.

Le Parti socialiste exprime son inquiétude pour l’avenir et l’unité de ce grand pays de l’Asie du Sud-Est qu’est la Thaïlande, après l’adoption de cette constitution bâtie sur l’illusion qu’il est possible de nier les conflits politiques qui ont émaillé l’histoire du pays au cours des quinze dernières années. Il affirme avec force la nécessité du respect des droits humains et de la démocratie pour parvenir, en Thaïlande comme ailleurs dans le monde, à une véritable réconciliation nationale, ce qui est l’impératif majeur. À l’inverse, l’orientation répressive des actuelles autorités thaïlandaises brise la confiance des acteurs, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, freine le développement économique, social et politique et partant, ouvre la voie à de nouvelles tensions dont les conséquences peuvent dangereusement mettre à mal l’unité du pays."

Maurice Braud est historien de formation, devenu directeur adjoint de l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) en 1989. Membre du CA de l’association Jean Monnet depuis 1998, et Président depuis 2014. De 2004 à 2009, il est directeur du secteur international du PS et secrétaire général administratif du parti de 2006 à 2009 En 2012, il anime le pôle international de l’équipe de campagne de François Hollande au sein du groupe de coordination.

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 12:39

Thaïlande. L'interdiction visant des détracteurs témoigne d'une volonté forcenée de réduire au silence les dissidents

Déclaration d'Amnesty International

Lien:

https://www.amnesty.fr/presse/thalande-linterdiction-visant-des-dtracteurs-tmoig

Les exilés politiques Somsak Jeamteerasakul et Pavin Chachavalpongpun

Les exilés politiques Somsak Jeamteerasakul et Pavin Chachavalpongpun

En réaction à l'annonce du gouvernement, qui a averti que quiconque suit, contacte ou partage les publications en ligne de trois détracteurs renommés – l’historien Somsak Jeamteerasakul, le journaliste et auteur Andrew MacGregor Marshall et l'ancien diplomate Pavin Chachavalpongpun – sera poursuivi au titre de la loi relative à la cybercriminalité, Josef Benedict, directeur adjoint pour l'Asie du Sud-Est et le Pacifique à Amnesty International, a déclaré :

"Les autorités thaïlandaises franchissent un nouveau cap s'agissant de restreindre la liberté d'expression de la population. Après l'incarcération des citoyens pour ce qu'ils disent en ligne et hors ligne, après le harcèlement des détracteurs les poussant à l'exil, elles veulent désormais couper les liens entre les gens.

Cette initiative, loin de témoigner de leur force, révèle faiblesse et peur de la critique. Dans leur volonté de museler toute dissidence, les autorités thaïlandaises recourent à des mesures extrêmes qui bafouent le droit international relatif aux droits humains.

En mars, le Comité des droits de l'homme de l'ONU s'est dit préoccupé par les restrictions importantes et arbitraires imposées à la liberté d'expression, notamment par la loi sur la cybercriminalité. Au lieu de tirer les leçons des critiques, les autorités thaïlandaises s'appuient sur des méthodes répressives pour les faire taire."

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 12:49

A l'occasion du 7ème anniversaire du massacre du 10 avril 2010, Libérez-Somyot republie cet article de Robert Amsterdam demandant la justice pour les morts de Kok Wua

Lien de la première publication:

http://liberez-somyot.over-blog.com/article-justice-pour-les-morts-de-kok-wua-117080881.html

 

Terdsak Phungkinchan n'était âgé que de 29 ans quand la balle du tireur d'élite a pris sa vie. Il y a trois ans aujourd'hui, le 10 Avril 2010, il est tombé, mortellement blessé, sur le tarmac dur d'une rue de Bangkok. Le tir utilisée contre Terdsak, malgré qu'il soit très clair pour la personne qui a appuyé sur la gâchette que sa victime était complètement désarmé et ne présentant pas de menace pour quiconque, était mortel et destiné à l’être. Le seul mot qui peut être utilisé pour décrire cet acte est "assassinat" et mon cabinet d’avocat continu de faire tout son possible pour conduire les responsables à la justice.

Il ne peut pas non plus y avoir d'équivoque en ce qui concerne l'analyse de la force utilisée contre les Chemises rouges à Kok Wua cette nuit terrible d'Avril 2010, elle a été conçue exclusivement pour tuer. Et elle a tué. 21 manifestants chemises rouges sont tombés sous une grêle de balles tirées par les fusils de l'armée à qui l'ancien Premier ministre thaïlandais Abhisit Vejjajiva avait ordonné de nettoyer les rues de Bangkok. En outre, cinq soldats de l'armée thaïlandaise sont morts, leur vie se terminant dans ce qui peut seulement être décrit comme étant des circonstances mystérieuses, tandis qu'une enquête sur la mort du cameraman japonais, Hiro Muromoto, est toujours en cours. Tous ces actes ont laissés des veuves et des mères encore plus accablées de douleur.

Du fait qu’il n’y a pas eu de justice pour toutes ces victimes, la tragédie d'Avril 2010 est toujours en cours aujourd'hui. La Thaïlande n'est pas encore en paix avec elle-même et, depuis cette nuit-là, les familles des victimes ont été laissées avec plus de questions que de réponses.

Pour avoir une idée de la profondeur du sentiment qu'a suscité le massacre du 10 Avril à Kok Wua, ne cherchez pas plus loin que le livre remarquable publié en thaï par la Fondation des Martyrs de la Démocratie dont le titre se traduit approximativement par: "Les morts ont un visage et ceux qui ont été tués avaient une vie". Ce livre donne la parole aux victimes d'Avril 2010, un cri qui doit être entendu si la Thaïlande souhaite une véritable réconciliation.

Par exemple, la mère de Terdsak, Suwimon, a déclaré aux auteurs de ce livre exceptionnel:

"Au fond, j'ai toujours envie de me battre pour mon fils parce qu'il était innocent, il ne méritait pas de mourir, il n'aurait pas dû être traité comme ça. Je me sens comme quelqu'un qui ne peut pas faire grand-chose car nous sommes juste des gens ordinaires ... Je n'oublierai jamais cela. "

Ce sont ces mots de Suwimon que nous devrions méditer alors que nous commémorons le 10 Avril 2010 - "Je veux toujours me battre pour mon fils."

Les mères des Chemises rouges tombés sous les balles de l’armée, contrairement aux commentateurs, politiciens et, oserais-je dire, aux avocats, ne peuvent pas " tout simplement" oublier. Nous pouvons et devons offrir notre soutien et notre solidarité à Suwimon dans sa lutte pour la justice.

Le tailleur Wasan Puthong, âgé de 39 ans, est une autre victime du massacre de Kok Wua. Sa jeune sœur, Numthip, qui est également cité dans "Les morts ont un visage et ceux qui ont été tués avaient une vie" dit:

Aujourd'hui, il me manque toujours car nous avions travaillé ensemble pendant si longtemps. Chaque fois que je me retourne, je le vois car nous étions ensemble tous les jours et toutes les nuits.... Il est difficile pour moi d'accepter cela.

Le commentaire de Numthip sur le décès d'un frère dans des circonstances si odieuses est un reflet qui convient. Le manque de justice continuera de rendre difficile pour les victimes de Kok Wua de simplement "accepter cela".

Aujourd'hui (NDT le 10 avril 2013), mon bureau a eu l'honneur de parler au beau-frère de Wasan, Klin, et c'est avec ses paroles que nous allons terminer. Ses mots doivent être notre bannière alors que nous passons une autre année où nos proches nous ont été enlevés.

"Il n'y a pas encore de justice car les auteurs [de ces crimes] n'ont pas encore eu à rendre compte. Nous allons continuer à lutter pour cette justice."

Lors d'une manifestation le 10 avril 2011 à l'occasion du premier anniversaire du massacre, une jeune femme fait la morte pour rappeler que des gens avaient été assassinés par l'armée

Lors d'une manifestation le 10 avril 2011 à l'occasion du premier anniversaire du massacre, une jeune femme fait la morte pour rappeler que des gens avaient été assassinés par l'armée

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 00:50

A l'occasion de cet anniversaire, Libérez-Somyot souhaite republier l'émouvant message envoyé il y a 4 ans par l'intellectuel thaïlandais exilé, Jakrapob Penkair, aux Chemises rouges.

Lien de la première publication:

http://liberez-somyot.over-blog.com/article-jakrapob-penkair-envoie-un-message-aux-chemises-rouges-pour-l-anniversaire-de-la-tuerie-du-10-avril-117038121.html

Jakrapob Penkair

Jakrapob Penkair

Mes chers chemises rouges du monde entier

Vous rappelez-vous la signification du 10 Avril? Nous nous rappelons toujours le 14 Octobre comme l'un des premiers temps, où le peuple thaïlandais s'est soulevé et a exigé ses droits de citoyens et la liberté, ce qui a entraîné tant de courageux morts autour du palais privé de Chitralada du Roi. Nous nous rappelons toujours le 6 Octobre comme un jour où les gens ont soulignés ce qui était bien et mal dans ce pays, ce pourquoi ils ont été brutalement massacrés. Nous nous rappelons toujours de Mai 1992, une journée où les gens se sont directement confrontés à l'armée, l'outil majeur de l'ancien pouvoir de Thaïlande, avant de se faire tuer eux-aussi. Et nous nous souvenons que quelqu'un nous a dit que tout allait bien, que les ennemis rejoignaient leurs mains et qu'il fallait rentrer à la maison maintenant, sans aucune autre explication jusqu'à nos jours. "Le Songkran (Festival de l'eau) sanglant" de 2009 et les massacres d'avril et mai de 2010 font parti des objectifs généraux de la nouvelle demande pour plus de démocratie et ont fait face à la même vieille brutalité.

Mais le 10 Avril est unique et différent de ces autres journées. Le 10 Avril a été le jour où les gens sont devenus convaincus de leur droit en tant que propriétaire de la nation thaïlandaise, le jour ou leurs craintes ont cessées et ou ils sont passés à l'offensive lors de la confrontation avec l'armée envoyée pour les massacrer dans l'avenue Rachadamnoen de Bangkok. Leurs mouvements offensifs, qui ont forcé des soldats à remettre leurs armes et à se retirer, sera toujours un triomphe symbolique de la démocratie. Bien que perdu pour un temps lors du mois de mai de la même année, le mental et l'esprit du 10 Avril ont été fixés en permanence parmi les Thaïlandais, et personne ne peut le leur prendre. C'est la grande et capitale victoire politique du peuple thaïlandais. C'est une façon d'expliquer que le mouvement pour la démocratie est encore en marche de façon constante. Nous nous contentons de diviser la responsabilité politique dans son ensemble entre les rôles parallèles d'un gouvernement (avec une puissance limitée) et de plus grands et plus profonds [pouvoirs] qui continent à imposer leur "modèle" pour l'avenir de la Thaïlande.

Le mental et l'esprit du 10 Avril font partie de l'art. Nous devrions les mémoriser sérieusement, sans cesse, et enseigner ce souvenir dans les manuels scolaires. Je partage mes larmes [de tristesse] pour ceux qui sont tombés, et plus encore mes larmes de gratitude pour la voie qu'ils ont tracés.

Jakrapob Penkair

Le 10 avril 2013

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 13:38

La junte peine à neutraliser le mouvement bouddhique Dhammakaya

Un article d'Églises d’Asie

Lien:

http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/thailande/2017-03-27-la-junte-peine-a-neutraliser-le-mouvement-bouddhique-dhammakaya

Face à face entre les soldats de l’armée thailandaise et les moines du temple Dhammakaya à Pathum Thani, au nord de Bangkok, le 9 mars 2017

Face à face entre les soldats de l’armée thailandaise et les moines du temple Dhammakaya à Pathum Thani, au nord de Bangkok, le 9 mars 2017

Une opération mobilisant durant trois semaines 4 000 policiers et des centaines de militaires pour arrêter l’ancien supérieur du temple bouddhique controversé Dhammakaya entre la mi-février et le 10 mars a été un sévère fiasco pour la junte thaïlandaise. Non seulement le moine Dhammachayo n’a pas pu être localisé, mais le déploiement massif de forces a créé un fort courant de sympathie pour le temple, même parmi les groupes dans l’opinion qui étaient jusqu’à présent indifférents voire suspicieux vis-à-vis de ce puissant mouvement religieux qui compterait environ deux millions d’adeptes dans le royaume.

La junte avait utilisé pour organiser l’opération l’article 44 de la Constitution provisoire, mise en place par la junte après le coup d’Etat de mai 2014. Cet article, très critiqué par la société civile, accorde des pouvoirs absolus au général Prayut Chan-ocha, chef de la junte et Premier ministre, sans supervision de l’exécutif, du pouvoir législatif ou judiciaire. Le fait que, malgré ce recours à des mesures drastiques, l’opération – durant laquelle le temple qui s’étale sur 320 hectares au nord de Bangkok a été fouillé de fond en comble – n’ait rien donné a entamé la crédibilité du régime militaire, déjà mis en difficulté sur le front économique et sur les questions de droits de l’homme.

Un temple qui échappe au contrôle des militaires

L’objectif d’arrêter le moine Dhammachayo, accusé de malversations financières et de blanchiment d’argent, a semblé être un prétexte pour mettre en place un contrôle plus étroit sur une institution structurée à l’échelle nationale qui met mal à l’aise un régime habitué à tout contrôler. Comme l’arrestation n’a pas pu avoir lieu, il est plus difficile pour les militaires d’imposer ces mesures de contrôle sur le temple, qui, dans les faits, constitue un mouvement bouddhique en marge du bouddhisme thaïlandais dominant, mais inscrit dans la même structure administrative dirigée par le patriarche suprême et le Conseil suprême du Sangha.

Après le 10 mars, la junte a démis de leurs fonctions ecclésiastiques les principaux dirigeants du temple, Dhammachayo bien sûr, mais aussi Phra Thatachiwo, supérieur adjoint qui dirigeait les départements financier et marketing de ce temple richissime, et d’autres bonzes de haut rang. Le gouvernement souhaite nommer à leur place des moines sans aucun lien avec le mouvement Dhammakaya, mais il paraît douteux que les centaines de milliers de fidèles de Dhammakaya se soumettent à ces nouveaux arrivants ignorants de la doctrine de Dhammakaya, laquelle repose sur la pratique d’une technique de méditation ancienne basée sur la visualisation à l’intérieur du corps d’une boule de cristal. Le temple Dhammakaya n’est pas un temple comme les autres où l’on peut transférer et nommer à loisir de nouveaux supérieurs, c’est une communauté, presque une secte, dont les membres sont prêts à presque tout pour protéger le mouvement et n’ont pas confiance dans les émissaires de l’Etat.

Un autre obstacle de taille vient du mode de fonctionnement de l’administration monastique. En Thaïlande, seuls les supérieurs ecclésiastiques des dirigeants du temple Dhammakaya ont le pouvoir de les sanctionner pour des motifs de discipline monastique. Or, rien n’indique clairement que les moines Dhammachayo et Thatachivo aient gravement enfreint la discipline, dont les règles sont clairement écrites dans le vinaya, l’une des trois corbeilles du Tripitaka, la collection de livres sacrés du bouddhisme Theravada. D’où l’embarras du chef ecclésiastique de la région centrale – dont dépend le temple Dhammakaya – et d’un certain nombre de membres du Conseil suprême du Sangha devant les pressions du régime militaire pour des sanctions contre les anciens dirigeants du temple. Il reste que si ces moines sont condamnés au plan civil ou au plan pénal, ils devraient automatiquement quitter le froc.

Une Eglise bouddhique aux ordres

La volonté du régime militaire de mettre le temple Dhammakaya sous contrôle vient essentiellement de ce que les généraux au pouvoir sont convaincus que des liens étroits existent entre le clan politique de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra (1) et le temple. Les preuves de tels liens sont ténues, même si, en effet, certains hommes d’affaires pro-Thaksin sont aussi des soutiens financiers du temple. Cette volonté – et cette conviction de l’existence d’une proximité – a été clairement illustrée dès après la fin de l’opération contre le temple. La police a d’une part lancé une enquête sur des malversations financières impliquant la famille d’Anant Asavabhokin, un homme d’affaires important du secteur immobilier partisan de Dhammakaya. D’autre part, le régime militaire a lié la découverte d’une cache d’armes à la mi-mars dans la province de Pathum Thani, au nord de Bangkok, à une possible opération des Chemises rouges – les partisans de Thaksin Shinawatra – contre les forces de sécurité lorsque celles-ci encerclaient le temple entre le 16 février et le 10 mars.

Sur un plan plus général, la mise en place puis l’échec de l’opération de février-mars contre le temple a montré dans toute sa crudité la relation très étroite entre l’Eglise bouddhique et l’Etat en Thaïlande. Au cours de la crise, la junte a nommé un lieutenant-colonel de police, Pongporn Pramsaneh, commandant au Département des Enquêtes spéciales, à la tête du Bureau national du bouddhisme, un poste jusque-là occupé par un laïc expert des questions religieuses. Les injonctions données par la junte au Conseil suprême du Sangha montrent aussi combien la fine ligne de séparation entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel est devenue floue. A terme, cet asservissement de l’Eglise bouddhique au gouvernement – qui plus est un gouvernement qui a été installé par un coup d’Etat – pourrait nuire gravement à la crédibilité de l’Eglise bouddhique thaïlandaise, estiment les analystes.

Notes

(1) Renversé par un coup d’Etat en septembre 2006 et vivant en exil depuis 2008

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 12:06

Thaïlande : Loi sur la diffamation et Computer Crimes Act, deux armes de dissuasion pour les journalistes

Une déclaration de Reporters sans frontières (RSF)

Lien:

https://rsf.org/fr/actualites/thailande-loi-sur-la-diffamation-et-computer-crimes-act-deux-armes-de-dissuasion-pour-les

Jonathan Head en reportage dans une manifestation du PDRC (Chemises jaunes royalistes)

Jonathan Head en reportage dans une manifestation du PDRC (Chemises jaunes royalistes)

Reporters sans frontières (RSF) demande l’abandon des charges qui pèsent sur le correspondant de la BBC Jonathan Head. Accusé de diffamation et de violation de la loi sur les crimes informatiques (Computer Crimes Act), le journaliste britannique risque cinq ans de prison pour une enquête publiée en septembre 2015 sur des fraudes de propriétés privées à Phuket (sud du pays).

Formellement inculpé le 23 février 2017, le journaliste britannique Jonathan Head, également président du comité professionnel du Foreign Correspondent Club of Thailand (FCCT), a été accusé de diffamation par un avocat thaïlandais, Pratuan Thanarak, après la relayé ses propos dans le cadre d’une enquête de fraude immobilière.

La victime de cette fraude, le Britannique Ian Rance, est également poursuivi pour diffamation alors qu’aucun de ses propos relayés dans l’article - et dans la vidéo qui l’accompagne - ne concerne Pratuan Thanarak.

"Les lois sur la diffamation et les crimes informatiques sont utilisées pour harceler les journalistes et les blogueurs, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. Leur virulence est telle qu’elles ont contraint nombre d’entre eux à quitter le pays. Les coûts d’une défense juridique sont exorbitants, voire purement prohibitifs, notamment pour des freelances ou des blogueurs, et les journalistes ne peuvent espérer être dédommagés même quand ils démontrent que les accusations dont ils font l’objet sont fallacieuses. Les lois sur la diffamation et le Computer Crimes Act doivent être urgemment réformées voire abrogées car elles permettent à tous ceux qui font l’objet d’enquêtes journalistiques sérieuses de museler la presse à moindre coût et sans cause réelle au prétexte que ces dernières ne plaisent . Nous demandons l’abandon des charges qui pèsent contre le journaliste.”

Conformément à la loi, les étrangers accusés de diffamation et de violation du Computer Crimes Act sont soumis à des formalités administratives exagérément sévères et fastidieuses. Ils doivent donner leur passeport aux autorités et perdent également leur visa et leur permis de travail avant même qu’un jugement n'ait été rendu. Alors qu’un procès peut durer des années, ils doivent faire des demandes successives de visa de 30 et 60 jours, un processus qui impliquera pour Jonathan Head de nombreux allers-retours entre Bangkok et Phuket.

RSF s’inquiète également de la possibilité pour la presse locale et étrangère de couvrir librement le procès. Dans un communiqué publié sur son site, le Foreign Correspondent Club of Thailand a indiqué être limité en raison de “la loi sur l’outrage à la Cour” dans sa couverture du procès. Il est fréquent que les journalistes couvrant des procès se censurent par peur d’être accusés d’outrage à la Cour, un chef d’inculpation qui peut entraîner jusqu’à sept ans d’emprisonnement.

Les poursuites en diffamation sont régulièrement utilisées contre les journalistes d’investigation en Thaïlande. En novembre 2016, RSF avait demandé à la cour pénale de Bangkok de refuser de se saisir de la plainte pour diffamation utilisé par une compagnie minière pour harceler la chaîne Thai Public Broadcasting Service (Thai PBS) et quatre de ses employés. Les journalistes Alan Morison et Chutima Sidasathian, et le blogueur et défenseur des droits de l'homme Andy Hall ont également été victimes de harcèlement par le biais d'accusations de diffamation.

La Thaïlande occupe la 136ème place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2016, établi par RSF.

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article