Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 11:59

A la frontière thaïlandaise, les travailleurs cambodgiens expulsés parlent de raids coordonnés et d'extorsions

 

Un reportage de Saing Soenthrith pour le journal "Cambodia Daily"

Lien:

http://www.cambodiadaily.com/news/at-thai-border-workers-speak-of-coordinated-raids-extortion-61696/

 

District d'Aranyaprathet en Thaïlande - Alors qu'un camion cage de la police de l'immigration (thaïlandaise) le déverse ici, Sin Many se lève de son siège, soulagé que son épreuve soit presque terminée. En moins d'une heure, lui et environ 50 autres immigrés clandestins cambodgiens vont s'entasser dans un camion, traverser la frontière, et enfin arriver à la maison.

"Nous avons dormis par terre la nuit dernière," témoigne-t-il, en expliquant comment son groupe de détenus, arrivé trop tard pour être expulsé séance tenante, a dû dormir dans la cour en béton de la station de police de l'immigration de la province de Sa Kaeo.

"Ils ne nous ont pas arrêté, mais nous avons entendu des bruits d'arrestations de la part des militaires thaïlandais et donc, nous nous sommes portés volontaires pour revenir", a déclaré ce pêcheur âgé de 36 ans.

Alors que plus de 100 000 travailleurs migrants ont afflué vers le Cambodge cette semaine afin de fuir la répression redoutée de la junte militaire qui a pris le pouvoir en Thaïlande le mois dernier, la police de l'immigration thaïlandaise s'est chargé d'expulser ces travailleurs.

M. Sin Many a été rapidement chargé sur un camion de police pour les derniers 10 km du voyage jusqu'à la frontière alors qu'un autre camion de travailleurs arrivait de Hua Hin, plein de gens gémissant et soulagé d'arriver après un voyage de sept heures sans arrêt entassé dans le véhicule.

Le gouvernement militaire thaïlandais a nié toute politique visant à sévir contre les migrants illégaux, et a insisté dans un communiqué la semaine dernière que les allégations d'arrestations ou de violence contre les travailleurs étaient sans fondement.

Au lieu de cela, le Conseil National pour la Paix et l'Ordre (NCPO), le nom que la junte s'est donné, a déclaré qu'il s'était simplement lancé dans un programme de "régularisation" des travailleurs étrangers en ordonnant aux employeurs d'établir des listes de travailleurs migrants et de les soumettre aux autorités thaïlandaises.

Mais en dépit des assurances données par le NCPO, la mise en œuvre sur le terrain de la directive a entraîné des arrestations et des tentatives d'extorsion, affirment les Cambodgiens internés à l'intérieur du bâtiment de la police de Sa Kaeo.

Rim Khim, 25 ans, témoigne que lui et 34 autres pêcheurs ont été arrêtés lors d'un raid effectué par des soldats thaïlandais.

"Si nous étions restés sur le bateau, il n'y aurait pas eu de problèmes. Mais nous nous sommes rendu à la banque et ils nous ont arrêtés", a déclaré M. Khim, qui a ajouté qu'il n'y a pas eu de violence mais que les soldats (thaïlandais) les ont dépouillés de 3.000 baht (environ 92 $) par personne pour les "frais".

"Ils ont demandé à nos patrons de nous payer, puis ils ont pris l'argent," explique-t-il.

"Ils nous ont dépouillés alors qu'on faisait nos papiers", a expliqué Nom Bora, 27 ans, un autre pêcheur.

Les travailleurs qui n'avaient pas assez d'argent pour payer les soldats thaïlandais, ont été forcés, ironiquement, de demander à leurs familles au Cambodge de payer pour eux. M. Bora a témoigné que sa famille lui avait envoyé 4500 baht (environ 139 $) afin qu'il puisse payer les soldats.

"Ils n'ont fait des arrestations que pour prendre de l'argent", a déclaré Noeu Savorn, une serveuse de 38 ans qui a été arrêté avec cinq autres personnes lors d'un raid dans le restaurant où elle travaillait. Mme Savorn a été obligé de payer 4000 bahts (environ 123 $) de frais.

"Quand nous travaillions, nous gardions l'argent avec nos patrons, mais quand ils nous ont arrêtés, les soldats nous ont tout pris," témoigne-t-elle.

Entre 300 000 et 400 000 Cambodgiens travaillent actuellement en Thaïlande, selon la déclaration du ministre de l'Intérieur Sar Kheng, mardi dernier lors d'un discours pour une cérémonie de remise des diplômes à Phnom Penh.

Il affirme que la junte thaïlandaise doit assumer la responsabilité de l'exode massif de travailleurs cambodgiens en provenance de Thaïlande cette semaine, qui a vu au moins 150 000 migrants traverser la frontière par crainte d'arrestation. Au moins huit Cambodgiens ont été tués et 19 blessés dans des accidents de la circulation en fuyant (Note du traducteur: peut-être des exécutions faites par des soldats thaïlandais qui ont ensuite été déguisées en accidents de la circulation. Les Cambodgiens étaient transportés dans des camions de l'armée thaïlandaise ou des camions-cages de la police et ne voyageaient pas en voiture particulière. Il n'y a eu aucun rapport de militaire ou de policiers thaïlandais victime "d'accidents de la circulation" ces derniers temps ni de camions militaire ou policier ayant eu un accident.).

"Je pense que les dirigeants de l'armée thaïlandaise doivent être tenus pour responsables de tous les problèmes qui se sont produits, y compris des morts", a-t-il continué. "En fait, c'étaient des [travailleurs] illégaux, mais l'illégalité ne peut pas être comparée avec la vie des gens. La vie humaine est très précieuse."

"Dans l'avenir, si nos gens veulent aller travailler à l'étranger, je fais appel à eux afin qu'ils n'y aillent pas illégalement", a déclaré M. Kheng, ajoutant que le ministère de l'Intérieur doit être plus réceptif aux plaintes les plus fréquentes des travailleurs migrants comme quoi les passeports cambodgiens sont trop coûteux et difficiles à obtenir.

Quand, peut-être, 60 personnes ont débarqué du camion venant de Hua Hin ce mardi, la police thaïlandaise les a aligné rapidement et les a fouillé. Le bureau de l'immigration thaïlandaise prétend avoir traité 74 241 cas depuis lundi, un chiffre bien en dessous de celui des autorités de la ville de Poipet qui fait état de 151 180 travailleurs rapatriés.

Alors que la police a refusé de parler aux journalistes, ils ont permis des entretiens avec des travailleurs migrants rentrant chez eux. Accroupis silencieusement et alignés sur trois lignes, les déportés ont parlé à voix basse alors que les policiers thaïlandais passaient devant afin de distribuer des tasses d'eau.

"Dans le chaos politique, les militaires ont commencés à arrêter les gens; ils sont allés sévir dans un autre restaurant et nous avons entendu dire que si vous tentiez de fuir, ils vous abattaient. Donc, nous avons eu peur", a déclaré Chea Chieng, une serveuse dans la province de Hua Hin qui s'est volontairement livré aux autorités locales.

"Je n'ai rien, pas de papiers, pas de passeport donc j'avais très peur.... Ils m'ont prévenu, même si je parle le thaï [je serais quand-même arrêtée]. Nous n'avons pas le choix, donc nous nous sommes rendus aux soldats ".

Elle a ensuite expliqué qu'au bureau militaire de Hua Hin, elle et d'autres ont attendus jusqu'à deux heures, avant d'avoir été entassés dans un camion-cage de la police où ils sont restés piégés environ neuf heures.

"Ils n'ont pas fait d'arrêts. Même si vous deviez aller aux toilettes, ils ne s'arrêtaient pas. Donc, nous devions juste rester patient jusqu'à notre arrivée ici ", dit-elle avec un haussement d'épaules.

En moins d'une heure, le groupe de Hua Hin a été chargé dans un autre camion de la police et envoyé à la frontière. Mais la police aussi, semble bien consciente des histoires que les migrants expulsés racontent.

Avant d'envoyer un camion sur son chemin, on pouvait entendre crier un officier thaïlandais non visible: "Ne parlez pas de chasse et de tirs par l'armée thaïlandaise."

Des migrants cambodgiens entassés dans un camion-cage de la police thaïlandaise

Des migrants cambodgiens entassés dans un camion-cage de la police thaïlandaise

Partager cet article

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article

commentaires