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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 09:34

Un article d'Ilya Garger

Liens:

http://www.thecrimson.com/article/2014/8/18/harvard-thai-troubles/

et

https://thaipoliticalprisoners.wordpress.com/2014/08/18/questioning-royalism-at-harvard/

 

Tandis que les droits de l'homme en Thaïlande se détériorent sous une junte militaire, Harvard collabore avec les principaux partisans du récent coup d'Etat afin de créer un programme d'études thaïlandaises permanent à l'université. Ces personnes, des anciens ministres des Affaires étrangères bien en vue, Surin Pitsuwan et Surakiart Satirathai, ont mené une campagne de sensibilisation afin de réunir 6 millions de dollars pour le programme, qu'ils ont caractérisé comme un moyen de promouvoir la monarchie de Thaïlande et les intérêts nationaux. Le professeur Michael Herzfeld, qui dirige l'initiative, a écrit dans un communiqué qu'il m'a envoyé par courriel que le programme ne serait pas lié à des intérêts politiques spécifiques et qu'Harvard effectue une diligence raisonnable sur ses bailleurs de fonds. Toutefois, en donnant de la crédibilité aux alliés d'un régime totalitaire et en leur permettant d'utiliser Harvard comme une plate-forme, l'université est en train de se rendre et de rendre à la Thaïlande un bien mauvais service.

Dans un éditorial du Bangkok Post appelant "les amis étrangers" de la Thaïlande à soutenir le coup d'Etat, Surakiart caractérise la prise de contrôle des militaires, qui ont renversés un gouvernement démocratiquement élu et détenus arbitrairement des centaines de militants, des universitaires et des journalistes, comme un bénin "processus de réforme." Lors d'un événement de collecte de fonds auquel j'ai assisté à Bangkok en août dernier, Surakiart a déclaré que les études thaïlandaises à Harvard était destinées comme "un programme pour honorer le roi." Le roi Bhumibol est né à Cambridge en 1927, lorsque son père étudiait la santé publique à Harvard, mais il n'a pas apporté les valeurs progressistes de la ville en Thaïlande. Pendant son règne, il a soutenu les dictatures militaires, approuvé des coups d'Etat successifs, et présidé un culte de la personnalité forcée avec plus d'un demi-siècle d'endoctrinement, de propagande, de censure et de violence occasionnelle. La critique de la monarchie est illégale en Thaïlande, et des centaines de personnes ont été emprisonnées ou poursuivies au cours des dernières années pour violation de la loi de lèse-majesté du pays, qui est la plus dure du monde.

Dans son empressement à obtenir des fonds pour le programme permanent, qui comprendrait un poste de professeur et d'élargir les conférences et les cours mis en place en 2012 avec le financement du ministère des Affaires étrangères, Harvard a joué avec les royalistes thaïlandais. L'Asia Center de Harvard a nommé, en 2012, la Princesse Maha Chakri Sirindhorn, la fille du roi Bhumibol et son possible successeur, comme membre non-résident distingué. Il est difficile d'évaluer ses qualifications car les informations sur la famille royale sont étroitement contrôlées. Ses réalisations universitaires pour les langues, la musique et l'art ont été vantées depuis des décennies par l'appareil de relations publiques de la monarchie, mais sont peu documentées par des sources indépendantes. Sa camaraderie a faite, suite à l'annonce, un don annuel récurrent à Harvard de la part du ministère des Affaires étrangères de Thaïlande, ce qui favorise la monarchie à l'étranger. Depuis le coup d'Etat du 22 mai, ni la princesse ni les autres membres de la famille royale n'ont publiquement exprimé leur inquiétude vis-à-vis de la suspension des droits politiques des citoyens thaïlandais, ou du harcèlement par l'armée d'universitaires, des médias et des autres personnes qui ont critiqué ses abus.

La plupart des bailleurs de fonds thaïlandais du programme de Harvard sont membres d'une élite conservatrice, qui comprend l'aristocratie, les généraux et les familles riches qui dominent le pays depuis les années 1950 et sont revenus sur certaines réformes adoptées après que la monarchie absolue ait été renversé en 1932, Ce groupe perçoit de plus en plus la participation politique comme une menace à ses privilèges, et a sapé les gouvernements élus successifs grâce à son influence sur les tribunaux, les organismes nommés et les forces armées. Plus récemment, l'establishment conservateur a soutenu les manifestations de rue des militants qui ont fourni un prétexte pour le coup d'Etat de mai dernier, et par la suite soutenu de tout son poids la junte royalement endossée actuellement au pouvoir en Thaïlande. Surin était une voix publique de premier plan pour rationaliser des actions des protestataires (dirigé par les piliers de son Parti Démocrate ironiquement nommé) qui ont pris d'assaut les bureaux du gouvernement, obstrués physiquement les élections, et poussés au coup d'Etat. Surakiart et Surin ont été mentionnés comme premiers ministres potentiels dans une prochaine administration nommée par les militaires.

Alors que la junte affirme que son objectif est de rétablir l'ordre, son ordre du jour principal a été de purger les alliés de l'ancien premier ministre élu Thaksin Shinawatra ainsi que de promouvoir des intérêts de la monarchie et de ses associés de l'élite. Le gouvernement militaire a supprimé toute discussion critique envers la monarchie (et a même ciblé l'activité des gens sur Facebook), intensifié la propagande glorifiant le roi et sa famille, et entrepris de modifier le système d'éducation afin de promouvoir davantage le royalisme et le nationalisme. Le ministère des Affaires étrangères, un bastion conservateur et aristocratique, a même tenté d'étouffer la critique du coup d'Etat dans des universités étrangères.

Lors de la collecte de fonds de Harvard à laquelle j'ai assisté en août dernier à Bangkok, Surin a utilisé l'expression "tête de pont" pour décrire le rôle envisagé du programme d'études thaïlandais. Son choix d'une expression ayant une connotation militaire et stratégique est important. Ayant renversé une série de gouvernements élus et faisant face à critique croissante de ses alliés de la guerre froide, l'establishment conservateur travaille dur pour reconstruire sa légitimité à l'étranger, et mettre en place un programme à Harvard serait une victoire importante. Surin a annoncé des dons de plusieurs magnats, et a dit qu'il cherchait à obtenir un financement pour le programme de la part du Bureau de la Propriété de la Couronne, qui gère la fortune de plus de 30 milliards de dollars du monarque.

Les partisans du programme des études thaïlandaises à Harvard comprennent des personnes bien intentionnées et politiquement astucieuses qui sont conscientes qu'une partie de l'argent sera livrée avec un ordre du jour. Michael Herzfeld en particulier, a une solide réputation de défendre la liberté académique. Harvard doit s'assurer que le programme est financé et fonctionner de manière transparente, et qu'il n'est pas coopté par les apologistes du coup d'Etat ni ne serve à légitimer la monarchie. En attendant, Harvard pourrait redorer son blason en Thaïlande en fournissant un soutien aux universitaires thaïlandais forcés de se cacher ou à s'exiler pour avoir critiqué le coup d'État et ses bailleurs de fonds.

 

Ilya Garger GSAS '02 est le fondateur de Profil Capital, un service de recherche de l'entreprise basée à Hong Kong. C'est un ancien journaliste pour le magazine Time, et un membre du comité exécutif du Harvard Club of Thailand.

Les antidémocrates partisans de la junte militaire Surin Pitsuwan (gauche) et Surakiart Satirathai (droite)

Les antidémocrates partisans de la junte militaire Surin Pitsuwan (gauche) et Surakiart Satirathai (droite)

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Published by liberez-somyot
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