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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 08:36

La Fédération internationale des droits de l'homme rapporte qu'au moins 13 personnes (11 hommes et deux femmes) ont été torturées par les militaires

Lien:

http://www.fidh.org/en/asia/thailand/15955-thailand-un-special-rapporteur-s-visit-is-urgently-needed-to-investigate

 

Thaïlande: la visite du Rapporteur Spécial des Nations Unies est urgemment nécessaire afin d'enquêter sur les allégations de torture lors de détentions par les militaires

 

Paris, Bangkok, le 2 Septembre 2014: le gouvernement nouvellement nommé de Thaïlande doit inviter de toute urgence le professeur Juan Méndez, Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, afin de procéder à une mission d'enquête sur les allégations crédibles de torture et mauvais traitements infligés par les militaires depuis le coup d'Etat du 22 mai, a déclaré la FIDH et son organisation membre, l'Union for Civil Liberty (UCL).

"Un schéma clair de graves allégations de torture est en train d'émerger", a déclaré le président de la FIDH, Karim Lahidji. "Si le Premier ministre Prayuth n'a rien à cacher, il doit permettre au Rapporteur spécial de l'ONU de se rendre en Thaïlande pour mener une enquête indépendante sur ces allégations."

La FIDH a reçu des allégations crédibles de torture et de mauvais traitements impliquant qu'au moins 13 personnes (11 hommes et deux femmes) que les autorités détenaient dans diverses installations militaires à Bangkok et dans le nord de la Thaïlande durant les jours qui ont suivi le coup d'Etat. Les détenus ont déclaré que la torture avait été utilisée contre eux afin d'obtenir des informations sur leurs relations politiques ou pour les forcer à avouer l'implication d'autres personnes dans des activités anti-putschistes présumées. Les détenus ont témoigné avoir eu les mains et les pieds liés pendant plusieurs jours et, dans certains cas, les yeux bandés. Se faire battre et recevoir des coups de pied sont les méthodes les plus fréquentes de torture signalés par les détenus. Certains détenus ont déclaré avoir été battus jusqu'à ce qu'ils perdent conscience. D'autres ont dit que les sacs en plastique leur ont été mis sur la tête afin de les étouffer ou que des chocs électriques leur ont été appliqués sur les parties génitales. Des formes de torture psychologique qui ont été signalés comprennent des enterrements et les simulacres d'exécution ainsi que des menaces contre les membres des familles. Bien que la mesure de violence physique ou mentale dans laquelle les détenus victimes ont été soumis n'est pas connu, il y a eu un incident signalé où un détenu a dû recevoir des soins médicaux à la suite de la torture.

Ces allégations sont conformes aux demandes formulées par d'autres détenus qui avaient été torturés pendant leur détention militaire. L'activiste Mlle Kritsuda Khunasen, 27 ans, a été torturée par les militaires qui voulaient la forcer à lier l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra à des groupes de Chemises rouges qui fournissaient une assistance à d'autres membres emprisonnés des Chemises rouges. Le 27 mai 2014, les militaires ont arrêté Kritsuda dans la province de Chonburi, située dans l'Est de la Thaïlande, pour avoir refusé de se rendre à la convocation de l'armée et l'ont détenu au secret dans un lieu inconnu jusqu'à sa libération le 24 juin dernier.

Lors d'un entretien Skype avec un journaliste indépendant publié le 2 août, Kritsuda a témoigné qu'elle avait eu les yeux bandés et les mains attachées tout le temps pendant les sept premiers jours de sa détention. Elle a dit qu'elle avait été battue à plusieurs reprises au cours des interrogatoires et qu'un sac en plastique ainsi qu'un morceau de tissu avaient été placés sur sa tête jusqu'à ce qu'elle perde conscience. Dans une autre partie de la même interview, Skype, publié le 4 août, Kritsuda a expliqué que l'armée lui avait donné du paracétamol et des anti-inflammatoires afin d'éliminer toutes les traces visibles de torture. La détention de 29 jours de Kritsuda était illégale non seulement en vertu du droit international, mais aussi en vertu de la loi martiale imposée par la junte, qui permet aux autorités de détenir des suspects jusqu'à sept jours sans procès. Kritsuda a ajouté que le 15 Juin, elle avait été contrainte de signer un document indiquant qu'elle avait demandé à l'armée d'étendre sa détention dans le camp pendant plus de sept jours pour des "raisons de sécurité".

Le 20 Août, il a été signalé que Worawut Thuagchaiphum, un militant étudiant de l'Université de Mahasarakham en Thaïlande du Nord-Est, avait été menacé de disparition forcée et d'être tué pendant sa détention militaire parce qu'il avait protesté contre le coup d'Etat.

Le général Prayuth Chan-ocha, nouveau premier ministre et chef du Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO), nom officiel de la junte qui a pris le pouvoir le 22 mai 2014 en Thaïlande, a déclaré que la junte n'avait pas violé les droits humains et n'avait eu aucune politique de torture ni cherché à faire du mal à quelqu'un. Le porte-parole du NCPO, le colonel Winthai Suvaree, a affirmé qu'aucun détenu n'avait jamais été ni maltraité ni lésé.

"En publiant un déni de couverture et en refusant d'enquêter sur les allégations de torture, la junte n'a pas réussi à se conformer aux obligations de la Thaïlande au regard du droit international", a déclaré le président de l'UCL Jaturong Boonyarattanasoontorn. "Cela rend aujourd'hui la visite du Rapporteur spécial de l'ONU en Thaïlande plus nécessaire que jamais", a-t-il ajouté.

La Thaïlande est un État partie de la Convention contre la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants. Conformément à l'article 13 de la Convention, la Thaïlande a l'obligation de procéder à "une enquête rapide et impartiale," partout où il y a "des motifs raisonnables" de croire qu'un acte de torture a été commis.

L'administration précédente, dirigée par la première ministre Yungluck Shinawatra, avait convenu d'une visite officielle du Rapporteur spécial des Nations-Unies, Méndez, qui devait avoir lieu du 4 au 18 août 2014 [1]. Cependant, à la suite du coup d'Etat militaire, le ministère des Affaires étrangères thaïlandais a informé l'ONU que la visite du Rapporteur spécial serait reportée jusqu'à la fin de l'année.

En juin dernier, le Comité des Nations Unies contre la torture (CAT), l'organisme chargé de surveiller la mise en œuvre de la Convention contre la torture et les autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants par les États parties, a déclaré qu'il était "profondément préoccupé" suite à la déclaration de la loi martiale dans tout le pays, le 20 mai dernier, par l'armée thaïlandaise. Le CAT a exhorté la Thaïlande à "respecter strictement l'interdiction absolue de la torture" [2].

La FIDH et l'UCL réitèrent leur appel à la levée de la loi martiale et exhortent le gouvernement thaïlandais à mettre pleinement en œuvre les recommandations de la CAT. En particulier, le Comité a recommandé à la Thaïlande de prendre des mesures efficaces pour veiller à ce que "tous les détenus bénéficient de toutes les garanties juridiques fondamentales dès le début de leur détention." Ces garanties incluent le droit des détenus d'avoir un accès rapide à un avocat indépendant et à un médecin indépendant ainsi que le droit de communiquer avec les membres de leur famille.

 

Contacts pour la presse:

FIDH: M. Arthur Manet (français, anglais, espagnol) - Tel: +33 6 72 28 42 94 (Paris)

FIDH: Mlle Audrey Couprie (français, anglais, espagnol) - Tel: +33 6 48 05 91 57 (Paris)

UCL: M. Jaturong Boonyarattanasoontorn (thaï, anglais) - Tel: +66 890571755 (Bangkok)

UCL: M. Danthong Breen (thaï, anglais, français) - Tel: +66 814502254 (Bangkok)

Kritsuda Khunasen

Kritsuda Khunasen

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Published by liberez-somyot
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