Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 16:13

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien:

http://uglytruththailand.wordpress.com/2014/10/05/what-do-we-see-when-we-compare-the-6th-october-massacre-with-todays-crisis/

 

Le massacre du 6 octobre 1976 à l'Université Thammasart était une tentative de la classe dirigeante thaïlandaise afin d'écraser le grandissant mouvement de gauche qui s'était développé suite à la révolte victorieuse contre la dictature militaire trois ans plus tôt.

Un point important sur ​​le mouvement des années 1973-1976 était que, pour lui, la démocratie et l'égalité économique ne pouvaient pas être séparés. Le soulèvement de 1973 était un mouvement de protestation contre la dictature, mais aussi contre les politiques néo-libérales répressives des gouvernements militaires, lorsque les dirigeants et les élites s'enrichissaient alors que les salaires restaient stagnants et que le développement rural était quasiment inexistant. Les événements étaient étroitement liés avec les grèves et les protestations des travailleurs et des paysans. Les étudiants et les travailleurs ont soutenu le Parti Communiste, car ce parti était à la fois contre la dictature et l'injustice économique.

La crise politique actuelle et les successions de coups d'Etat militaires et judiciaires depuis 2006, sont également le résultat de la révolte contre les inégalités économiques par la masse de la population. Mais c'est une révolte sous une forme différente. Depuis l'effondrement du Parti Communiste, la gauche est devenue trop faible pour exprimer les frustrations des gens ordinaires qui travaillent dans les villes et les villages. C'est le grand homme d'affaires Taksin qui a ouvert une boîte de Pandore en proposant des politiques concrètes afin de moderniser le pays après la crise économique de 1996. Ces politiques incluaient un régime universel de services de soins de la santé et la création d'emplois. Taksin a déclaré que la majorité des gens qui étaient pauvres étaient des potentielles parties prenantes, et non pas un fardeau pour la société. La majorité de la population a répondu avec enthousiasme parce qu'auparavant la classe dirigeante faisait payer les pauvres pour la crise. Même lorsque l'économie était en plein essor, les salaires n'augmentaient jamais aussi vite que les énormes profits générés par les affaires et la population n'avait jamais été respectée par les élites. Cette alliance entre Taksin et l'électorat est vite devenue intolérable pour les conservateurs, les militaires et les classes moyennes. La dictature actuelle cherche à revenir sur la politique universelle et gratuite des soins de santé et veut faire payer les gens pour les traitements hospitaliers. Elle s'oppose à la hausse des salaires, ne voulant pas donner aux gens un salaire décent, et favorise l'idéologie d'extrême droite d'économie de suffisance du roi.

Un autre point important, quand on regarde vers les années 1970, est la question de l'organisation. Le Parti Communiste a entrepris de bâtir un parti de masse sur la base de sa version stalinienne et maoïste de la politique de gauche. Lorsque le parti a été défait dans les années 1980, certains de ses anciens membres ont tourné le dos à l'organisation politique et à la théorie politique consciente. Ils ont rejeté la nécessité de prendre le pouvoir. Certains ont rejoint le parti Thai Rak Thai de Taksin, certains sont devenus membres des ONG et d'autres sont devenus des hommes d'affaires royalistes et réactionnaires ou des universitaires. Les leçons sur la façon de construire un parti politique de masse ont été perdues. Les Chemises rouges ont construit un mouvement de masse pour la démocratie, souvent de niveau local, mais la direction était entre les mains de l'UDD qui suivait Taksin. Maintenant que Taksin et Yingluk ont capitulé devant l'armée pour leurs propres fins, les Chemises rouges de la base sont perdus sur la façon de lutter contre la dictature.

Un troisième point important à considérer, quand on observe le 6 octobre 1976 et la situation d'aujourd'hui, est la brutalité de la classe dirigeante thaïlandaise. Depuis les années 1970, encore et encore, jusqu'au massacre des Chemises rouges par l'armée en 2010, la classe dirigeante thaïlandaise a été préparée pour noyer dans le sang tout mouvement pour la liberté, la démocratie et l'égalité économique. C'est sa vraie nature. Elle utilise la violence contre le peuple thaïlandais afin de protéger ses intérêts de classe. Pourtant, certains idiots occidentaux parlent encore de la façon dont les "Thaïs cherchent à éviter la confrontation".

Les classes moyennes ont soutenu la dictature brutale en 1976, certains ont jubilé ouvertement quand les étudiants ont été suspendus à des arbres et brûlés vifs. Aujourd'hui, elles soutiennent la dictature et ont pris part à des actes de violence pour empêcher les élections. Elles sont heureuses de voir les militants pro-démocratie incarcérés dans les prisons.

Le massacre du 6 octobre 1976, et la défaite finale des communistes dix ans plus tard, a ouvert la porte à une forme de politique de l'argent basée sur le système patron-client. Cela n'a commencé à changer qu'après le soulèvement de 1992 contre une autre dictature, la crise économique de 1996, la rédaction d'une nouvelle constitution et enfin la création du Thai Rak Thai.

Maintenant, les militaires, main dans la main avec leurs amis réactionnaires, veulent revenir à nouveau en arrière avec leurs anti-réformes.

Il n'est donc pas étonnant que la junte et les autorités universitaires réactionnaires ont interdit les manifestations commémoratives annuelles pour le 6 octobre et interdit tous les séminaires publics sur la démocratie. Ils veulent enterrer l'histoire de notre lutte.

Des étudiants massacrés par les fascistes le 6 octobre 1976

Des étudiants massacrés par les fascistes le 6 octobre 1976

Partager cet article

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article

commentaires