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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 07:07

Un article de Pavin Chachavalpongpun

Lien:

http://www.japantimes.co.jp/opinion/2014/11/13/commentary/world-commentary/china-ready-write-shinawatras/#.VGVigPmUde9

 

Au cours des huit dernières années, l'armée thaïlandaise a organisé deux coups d'État militaires qui ont renversé deux membres de la famille Shanawatra. Thaksin a été renversé en 2006 et sa sœur, Yingluck, a été chassée du pouvoir en mai de cette année. Évidemment, les militaires, qui sont intervenus au nom de l'ancien établissement, percevaient les Shinawatras comme une menace vis-à-vis de leur pouvoir. Et ils ont estimé que cette menace devait être éliminée.

Pendant des décennies, le pouvoir politique en Thaïlande avait été dominé par l'ancien établissement. Mais à partir de 2001, lorsque Thaksin est devenu premier ministre, sa popularité écrasante, due à ses politiques populistes efficaces, a fait de lui un champion de la politique électorale. Depuis lors, le paysage politique thaïlandais a été transformé d'une manière drastique. Son succès politique a été transmis à Yingluck, un membre relativement inconnu de la famille. Apres avoir gagné une élection de manière écrasante en 2011, Yingluck s'est élevée et est devenue une dirigeante populaire par elle-même.

Le fait que la Thaïlande se rapproche d'une succession royale a approfondi l'angoisse de l'ancien établissement qui crève de trouille à l'idée que les Shinawatras puissent revenir à la politique et prendre en charge la transition à l'intérieur du palais. Cette inquiétude a conduit les militaires à chasser Yingluck à cause de son succès politique.

Depuis le coup d'Etat de mai dernier, la junte, désormais dirigé par le Premier ministre, le général Prayuth Chan-ocha, a du mal à acquérir une légitimité à la fois vis-à-vis du public thaïlandais et de la communauté internationale. Dans les relations étrangères, son gouvernement s'est efforcé d'affirmer au monde que le coup d'Etat était nécessaire pour empêcher la Thaïlande de tomber dans un abîme politique. Il a également promis de s'engager dans des réformes politiques et d'organiser une élection à la première occasion.

Mais jusqu'à présent, il n'y a eu aucun signe de ces réformes, ni de délai fixé pour l'élection. Pendant ce temps, les droits de l'homme des Thaïlandais ont continué à être violés. Ainsi, certains gouvernements occidentaux ont décidé d'imposer des sanctions contre la junte. Cette situation a incité Prayuth à rechercher de nouvelles sources de légitimité parmi les pays voisins. Depuis qu'il est devenu premier ministre, il a effectué des visites officielles au Myanmar (Birmanie) et au Cambodge. Le mois dernier, Prayuth a participé au sommet Asie-Europe (ASEM) à Milan, en Italie, où il a eu des entretiens bilatéraux avec certains membres de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), ainsi qu'avec les représentants de la Chine et du Japon.

Dans cette région, la Chine et le Japon semblent avoir servi en tant que fournisseurs de légitimité pour la junte face aux sanctions occidentales contre la Thaïlande. Prayuth était particulièrement désireux de prouver ses liens étroits avec la Chine. Il a rencontré un groupe d'entreprises chinoises en Thaïlande et a envoyé ses représentants en Chine afin de renforcer ses relations avec les dirigeants de ce pays.

De même, Prayuth espérait obtenir la bénédiction du Japon pour son régime militaire. Après une rencontre avec le Premier ministre Shinzo Abe à Milan, Prayuth a informé le public thaïlandais que le Japon "comprenait" la situation politique de la Thaïlande, et que cela pourrait signifier que la junte thaïlandaise est un gouvernement avec lequel le Japon pourrait travailler.

La diplomatie à la Prayuth semblait bien fonctionner jusqu'à ce que les Shinawatras fassent un retour diplomatique afin de récupérer leur légitimité perdue.

Alors que Prayuth revenait d'Italie, Yingluck quittait la Thaïlande pour se rendre au Japon afin d'y retrouver son frère Thaksin. C'était censé être juste des vacances en famille pour la junte thaïlandaise. Mais les Shinawatras ont démontré à merveille leurs compétences en communication en affichant d'innombrables photos de leur séjour de vacances au Japon sur leurs pages Facebook. Des photos d'eux mangeant des hamburgers à l'un des McDonald de Tokyo ont largement éclipsés les nouvelles de routine en Thaïlande.

De Tokyo, Thaksin et Yingluck sont allés en Chine, où ils ont parcourus la Grande Muraille et visité de nombreux temples ainsi que des musées.

Ils ont également été invités au Bureau de planification de la ville de Pékin afin d'apprendre davantage sur le développement urbain de la Chine. Les photos des Shinawatras présentées par les responsables chinois laissaient supposer qu'aussi bien Thaksin que Yingluck, étaient encore les premiers ministres thaïlandais.

De Pékin, les Shinawatras se sont rendus à Guangdong afin de rendre hommage à leurs ancêtres et des centaines de personnes ont fait la queue pour les saluer. Des bannières géantes avec des messages de bienvenue ont été accrochés aux arbres et aux bâtiments autour de la ville. Une partie de la rue a été aménagée pour célébrer la visite des "enfants des Chinois" dans leur ville natale ancestrale. Alors que Thaksin et Yingluck se sont agenouillé devant les tombes de leurs ancêtres chinois, leurs actions ont souligné leur lien avec la Chine.

Plus intéressant encore, le gouvernement chinois a attribué l'ancien ambassadeur de Chine à Bangkok, Guan Mu, afin d'accompagner les Shinawatras tout au long de leur voyage.

Guan est une figure influente au sein du ministère des Affaires étrangères de Chine. Grace à ses capacités, il a servi d'ambassadeur en Thaïlande pendant plus de 18 ans. Il parle couramment le thaï et dispose d'un accès direct aux hauts dirigeants thaïlandais.

Alors qu'il était ambassadeur au Myanmar (Birmanie), Guan a pu exercer son influence grâce à l'aide de son gouvernement pour les secours et la réhabilitation vis-à-vis des victimes de la catastrophe du cyclone Nargis. Les réunions n'auraient pas pu aller de l'avant sans la présence de Guan. Par conséquent, les apparitions de Guan avec Thaksin et Yingluck démontrent une indication claire de l'approche pragmatique de la Chine envers les différents membres de la scène politique thaïlandaise.

La Chine a offert un soutien au régime militaire. Mais en même temps, elle a accueilli les Shinawatras avec un tapis rouge ce qui suggère que la Chine désire se laisser une certaine marge de manœuvre diplomatique au cas où la durée de vie du gouvernement Prayuth soit limitée. Alors que la démocratie a récemment balayé la région de l'Asie du Sud-Est, avec l'Indonésie et le Myanmar subissant une série de réformes démocratiques, la dictature ne peut pas survivre dans un tel environnement.

Le voyage des Shinawatras en Chine et au Japon devrait rappeler à la junte thaïlandaise qu'aucun pays ne met tous ses œufs dans un même panier. Si la junte estime que la Chine et le Japon sont fermement de son côté, elle doit réfléchir à nouveau. Le pragmatisme continue à définir la politique internationale, ici comme ailleurs.

Pavin Chachavalpongpun est professeur agrégé au Centre de l'Université de Kyoto pour les études d'Asie du Sud-Est, où il enseigne la politique d'Asie du Sud-Est et les relations internationales en Asie.

Thaksin et Yingluck parcourant la Grande Muraille de Chine

Thaksin et Yingluck parcourant la Grande Muraille de Chine

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Published by liberez-somyot
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