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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 08:16

Une déclaration de la Commission asiatique des droits de l'homme (Asian Human Rights Commission, sigle anglais: AHRC)

Lien:

http://thaipoliticalprisoners.wordpress.com/2014/11/25/expression-forbidden/

 

Les 19 et 20 novembre, des étudiants et d'autres militants ont mené une série de manifestations pacifiques et symboliques contre la dictature en Thaïlande. En réponse, l'armée et la police ont agi rapidement pour mettre fin aux manifestations et arrêter huit des militants selon les termes de la loi martiale. La position du Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO) a été résumée par le vice-premier ministre, le général Prawit Wongsuwan, dans un communiqué largement rapporté dans la presse thaïlandaise le 20 novembre dernier comme quoi [les Thaïlandais] "avaient le droit de penser différemment, mais n'avaient pas celui de l'exprimer." Lors de chacun des cas, décrits ci-dessous par la Commission asiatique des droits de l'homme qui s'appuie sur les rapports effectués par Prachatai, l'armée a tenté d'intimider des étudiants et d'autres militants en leur obligeant de promettre de cesser d'exprimer leurs opinions et de s'engager dans des activités politiques. Alors que les anniversaires des six mois de la déclaration de la loi martiale (20 novembre) et du coup d'Etat par le Conseil national pour la paix et l'ordre (22 novembre) passent en Thaïlande, la junte a étendu et consolidé son appareil répressif.

Dans la matinée du mercredi 19 novembre, un groupe de cinq étudiants (Jatupat Boonpattararaksa, Wason Sedsit, Jedsarit Namkot, Payu Boonsopon et Wichakorn Anuchon), de l'Human Rights Law Centre for Society (Dao Din) de l'Université de Khon Kaen, se sont engagé dans une manifestation pacifique contre le coup d'Etat lors d'un discours aux fonctionnaires locaux du chef de la junte et Premier ministre auto-désigné, le général Prayuth Chan-ocha. Avant et après le coup d'Etat, les membres de Dao Din ont travaillé activement pour soutenir et protéger les droits humains et les droits des communautés par rapport à diverses questions, y compris l'exploitation minière et la réforme agraire. Plusieurs membres du groupe ont été arrêtés en juin dernier peu après le coup d'Etat et ils ont subis des pressions afin de mettre fin à leurs activités. Au cours de la récente manifestation, ils ont enfilé des t-shirts sur lesquels, lorsqu'ils se sont mis en ligne les uns à côté des autres, on pouvait lire "Non au coup d'Etat" (en thaï ไม่ เอา รัฐประหาร) et ont marché devant la scène alors que le général Prayuth parlait. Ils ont soulevé leurs mains pour faire le salut à trois doigts signifiant "liberté-égalité-fraternité", un signe rendu populaire par le film Hunger Games. Ils ont été rapidement arrêtés par la police et d'abord emmenés au poste de police local avant d'être ensuite conduits au camp militaire de Sri Patcharin pour y être interrogé. Les militaires ont ordonné aux étudiants d'enlever leurs t-shirts et quand ces derniers ont refusé, les soldats les leur ont arraché. Lorsque les étudiants ont été libérés mercredi soir, ils sont sortis du camp militaire sans chemises ni vestes. Ils ont reçu, ainsi que leurs parents, l'ordre de se rendre au camp militaire le lendemain matin. Dans la matinée du jeudi 20 novembre, les étudiants et leurs parents se sont rendus au camp militaire où ils ont été menacés que si les étudiants ne signaient pas un accord de cessation des activités politiques, ils seraient soumis à l'expulsion de l'université et feraient face à des procédures des tribunaux militaires pour violation de la loi martiale. Certains des étudiants ont accepté les conditions tandis que d'autres les ont refusé. Après la réunion, ils ont été libérés et il y a eu plusieurs rapports faisant état de véhicules banalisés conduisant devant leurs maisons ainsi que d'autres formes de harcèlement.

Puis, dans la matinée du 20 novembre, la police militaire a arrêté plusieurs militants étudiants dans le cadre des projections du film "The Hunger Games". Pendant la matinée, Rattapol Supasopol, un membre de la Ligue des étudiants libéraux de Thammasat pour la démocratie, et Champ, un militant étudiant déjà arrêté en juin dernier alors qu'il avait protesté symboliquement en mangeant un sandwich et lisant le roman 1984 en public, ont été arrêtés par la police au cinéma Scala de Siam Square. Au moment de leur arrestation, ils ne s'étaient pas engagés dans une protestation ouverte, mais étaient simplement présents avant la projection du film où une manifestation pacifique avait été prévue. La projection au Scala a été annulée et les deux étudiants ont été libérés plus tard. Dans l'après-midi du 20 novembre, Natcha Kong-udom, une étudiante d'université à Bangkok, a été arrêtée quand elle a soulevé trois doigts en signe de protestation devant des journalistes qui s'étaient rassemblés en face de la salle de cinéma du centre commercial Siam Paragon. Elle a été arrêtée et détenue par l'armée jusqu'au soir ou elle a été libérée. La projection du film au Siam Paragon a continué, mais a été accompagnée par une présence militaire et policière.

En outre, au début de la soirée du 20 novembre, Siriporn Kongpetch, une membre active du Service Volontaire Thaïlandais (Thai Volunteer Service, sigle anglais TVS) pour le développement de la jeunesse pour la transformation du projet de société, a été arrêtée et détenue par la police dans le district de Chiang Dao de la province de Chiang Mai. Sa voiture a été fouillée par des soldats et la police, sa carte d'identité a été saisie et elle a été détenue au poste de police local. Aucune accusation n'a été portée contre elle, mais elle a été arrêtée parce que des photographies d'elle portant des pancartes disant; "Abrogez la loi martiale" et "Non au NCPO" devant la montagne de Chiang Dao, avait été posté sur Facebook quelques jours auparavant. Les fonctionnaires l'ont informé qu'ils la recherchaient depuis que les photographies avaient été postées [sur le media social]. Ils ont essayé de la convaincre de signer un accord pour s'abstenir de tout mouvement politique, mais elle a refusé car elle tenait à conserver son droit d'exprimer son opinion.

La Commission asiatique des droits de l'homme note que ces huit individus ont été arrêtés et détenus uniquement pour la raison qu'ils avaient exprimé leurs opinions sur le coup d'Etat. Cela indique que près de six mois après le coup d'Etat, penser différemment que le NCPO est considéré comme un crime de facto. En tant qu'État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (International Covenant on Civil and Political Rights, sigle anglais ICCPR), le gouvernement de Thaïlande a la responsabilité de protéger les droits prévus par l'article 19 de l'ICCPR, qui note que, "1. Tout le monde a le droit d'avoir des opinions sans interférence. 2. Toute personne a droit à la liberté d'expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou sous la forme d'art, ou par tout autre moyen de son choix. 3. L'exercice des libertés prévues au paragraphe 2 du présent article comporte des devoirs et des responsabilités spéciales. Il peut en conséquence être soumis à certaines restrictions, qui doivent toutefois être expressément fixées par la loi et qui sont nécessaires: (A) Pour le respect des droits ou de la réputation d'autrui; (B) Pour la sauvegarde de la sécurité nationale ou de l'ordre public, de la santé ou de la moralité publique. "La demande aux huit personnes de cesser d'exprimer leurs opinions et de s'engager dans des activités politiques est une violation flagrante de l'article 19".

Au cours des dernières semaines, les autorités militaires ont également interpelé les militants et les défenseurs des droits de l'homme, afin d'empêcher une marche de sensibilisation à la réforme agraire à Chiang Mai, et intimidé des avocats qui travaillaient pour soutenir les droits humains. Au cours des six derniers mois, depuis le coup d'Etat du NCPO, les défenseurs des droits humains et les dissidents qui protestaient pacifiquement, ou qui exprimaient une quelconque critique, ont été ciblés par la junte. Combiné avec les pouvoirs étendus accordés à la junte sous la loi martiale et la constitution temporaire, ces actions ont créé une atmosphère de peur qui est préjudiciable aux droits humains et à la primauté du droit.

La Commission asiatique des droits de l'homme condamne sans équivoque le coup d'Etat ainsi que la disparition des droits et libertés en Thaïlande dans les termes les plus forts possibles. Alors que l'AHRC se félicite de la libération des militants qui ont exprimé leurs options dissidentes, elle affirme qu'ils n'auraient pas dû été arrêtés en premier lieu. Ce sont des citoyens qui exprimaient leur opinion pacifiquement et ils ne sont un danger pour personne. Penser autrement que la junte n'est pas un crime. Exprimer son opinion n'est pas un crime. L'AHRC invite le NCPO à cesser d'arrêter et détenir ceux qui le font et demande le retour immédiat à un régime civil.

Natcha Kong-udom

Natcha Kong-udom

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Published by liberez-somyot
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