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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 09:37

Un article de Kathy Gilsinan pour "The Atlantic"

Lien:

http://www.theatlantic.com/international/archive/2014/12/how-to-survive-10-coups-lessons-from-the-king-of-thailand/383465/

 

Bhumibol Adulyadej a réussi à rester au sommet de l'un des pays les plus sujets aux coups d'Etat. Comment?

Des milliers de sympathisants chemises jaunes ont campé devant un hôpital de Bangkok vendredi dernier pour le 87eme anniversaire de leur roi, qui vit dans cet hôpital depuis 2009. Mais le roi Bhumibol Adulyadej lui-même ne s'est pas montré pour faire son discours prévu, sur l'ordre de ses médecins.

Outre l'absence de l'invité d'honneur, les célébrations étaient étranges pour une autre raison: Avec près de sept décennies au pouvoir, Bhumibol est la plus ancienne tête de l'Etat au monde et il a en quelque sorte atteint cette étape importante dans un pays qui a vu plus de coups d'Etat que tout autre pays au monde. En comptant bien, il y en a eu 10 depuis que Bhumibol a dirigé le trône après que son frère, le roi précédent, ait été découvert tué par une balle dans la tête en 1946. Alors que les dirigeants élus et les juntes militaires se sont succédées en Thaïlande avec une fréquence inégalée dans le monde, le roi Bhumibol a gardé sa place en haut, et il est souvent décrit comme une "force unificatrice" dans un pays qui connait de profondes divisions politiques. Comment a-t-il fait?

En partie, il est véritablement populaire. "Il se présente vraiment comme un homme de son peuple", explique Paul Handley, un journaliste qui a été basé en Thaïlande pendant 13 ans et a écrit une biographie du roi en 2006. Affiché par Forbes en 2011 comme le plus riche monarque au monde, possédant quelque 30 milliards de dollars, Bhumibol a lui-même été présenté comme un ami des pauvres de Thaïlande, avec des efforts très médiatisés pour améliorer le développement rural, les soins de santé et l'éducation. Une combinaison de dévouement authentique et une gestion d'image professionnelle, selon Handley, ont permis de bâtir une solide réputation pour le roi durant une période de plusieurs décennies.

Mais ce n'est pas aussi simple que cela, et il est impossible de savoir exactement combien populaire, ou impopulaire, est vraiment le roi. La Thaïlande criminalise ceux qui disent du mal de la famille royale, ce qui signifie qu'un scrutin fiable est hors de question. La loi de "lèse-majesté" criminalise toute personne qui "diffame, insulte ou menace le roi, la reine, l'héritier présomptif ou le régent" qui est passible d'une peine allant jusqu'à 15 ans de prison. La loi peut aider à protéger l'image du roi et renforcer sa popularité, mais son application fournit également une vision imparfaite du sentiment anti-monarque qui existe dans le royaume. Comme David Streckfuss, auteur d'un livre sur le crime de lèse-majesté en Thaïlande publié en 2011, l'a écrit dans World Politics Review cette année, le nombre de cas de lèse-majesté a récemment "explosé pour atteindre des hauteurs jamais imaginables". Dans le sillage de la répression de 2010 par l'armée contre les manifestants anti-gouvernementaux qui a fait près de 100 morts, Streckfuss a écrit: "La critique de la monarchie s'est sérieusement lâchée sur l'internet, la censure écrasante du gouvernement a dû fermer plus d'un millions de sites web."

La loi permet aussi de cacher le propre rôle de la monarchie dans les coups d'Etat en Thaïlande, dont beaucoup, d'après ce qu'Handley a écrit dans son livre, "ont été faits au nom de trône et avec l'approbation tacite du palais", une question très difficile à discuter publiquement dans le pays. La loi est maintenant utilisée par la junte militaire de Thaïlande, qui a pris le pouvoir suite à un coup d'Etat en mai dernier, afin de réprimer la dissidence et démontrer l'allégeance de l'armée vis-à-vis du "populaire" monarque. La semaine dernière, un ancien membre du parlement a été condamné à deux ans et demi de prison pour des propos tenus dans un discours fait en mai dernier et intitulé "Arrêtez de renverser la démocratie."

Compte tenu de la santé fragile du roi, la loi de lèse-majesté a également renforcé l'anxiété chez les Thaïlandais suite au mystère de la succession. Beaucoup de Thaïs n'ont jamais connu un autre roi au cour de leur vie. Le prince héritier, l'héritier probable de Bhumibol, a une image publique beaucoup moins charismatique; Joshua Kurlantzick du Conseil sur les relations étrangères a fait une liste partielle de ses "faiblesses":

Le prince héritier aurait utilisé ses propres avions afin de bloquer la visite d'un Premier ministre japonais à Bangkok dans un accès de dépit, il a organisé une fête d'anniversaire somptueuse pour son chien au cours de laquelle sa femme est apparue seins nus dans une vidéo qui a été largement diffusée, et a piqué une grosse colère lors d'une visite au Japon après s'être sentit soumis à une série d'affronts de protocole mineurs par l'investisseur le plus important de la Thaïlande.

Tout cela suggère que la stabilité remarquable de la situation propre à Bhumibol, alors même que le terrain politique a changé à plusieurs reprises durant son règne, ne sera peut-être pas reproductible dans les années à venir. La monarchie de la Thaïlande n'a pas toujours échappée aux coups d'Etat du pays; en 1932, un coup d'Etat a renversé la monarchie absolue du royaume pour mettre en place une monarchie constitutionnelle. Comme Streckfuss l'a noté, "la popularité personnelle du roi ne se traduit pas nécessairement par une légitimité conférée à l'institution. ... Il se pourrait bien que la "loyauté vis-à-vis du trône" de nombreux Thaïlandais ne s'étende pas plus loin que le présent règne."

Le premier ministre de Thaïlande Prayuth Chan-ocha assiste à une cérémonie pour l'anniversaire du roi Bhumibol Adulyadej

Le premier ministre de Thaïlande Prayuth Chan-ocha assiste à une cérémonie pour l'anniversaire du roi Bhumibol Adulyadej

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Published by liberez-somyot
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