Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 10:13

Un nouvel ordre politique prend forme alors que les élites de Thaïlande se disputent entre elles pour leurs positions avant le prochain règne

Un article du journal "The Economist" ("The Economist" est un journal supportant le libéralisme économique)

Lien:

http://www.economist.com/news/asia/21635605-new-political-order-takes-shape-thailands-elites-vie-position-next

 

Les généraux qui ont dirigés la Thaïlande depuis leur coup d'Etat de mai dernier sont inquiets de leurs possibilités à continuer de le faire. Selon leurs dernières affirmations, la loi martiale restera en place "indéfiniment". Des élections auront lieu mais pas avant début 2016, et ce n'est qu'un "peut-être". Mais garder le contrôle du pays ne leur est pas facile. L'économie de la Thaïlande stagne et les adversaires du régime militaire restent légion. Les intrigues relatives à la famille royale, une institution toujours au centre de la vie politique thaïlandaise, compliquent les calculs des dirigeants. Le 5 décembre le Roi malade Bhumibol Adulyadej a eu 87 ans. Son fils et successeur désigné commence à s'affirmer.

Au moins en surface, les généraux semblent s'amuser. La plupart d'entre eux étaient à peine connu des citoyens ordinaires avant le coup d'Etat et maintenant ce sont des célébrités. Le leader du coup d'État et premier ministre, Prayuth Chan-ocha, qui a pris sa retraite en tant que chef de l'armée en octobre dernier, a mis en place une émission de télévision hebdomadaire: un monologue décousu appelé "Le retour du bonheur au peuple", qui dure environ une heure. Il n'est peut-être pas populaire en Occident, mais ce n'est pas un paria. Lors d'un sommet multi-national en Italie, il a côtoyé les leaders mondiaux et a discuté avec ceux du Myanmar et de la Chine,. Depuis le mois dernier, M. Prayuth s'est rendu en Malaisie, au Vietnam et au Laos, des visites souriantes.

Cependant, au pays, il y a peu de raisons de se réjouir. Le gouvernement militaire a du mal à relancer l'économie. Cette année, elle n'est susceptible que de croître d'environ 1% au maximum, beaucoup moins qu'en 2013. Les dépenses de consommation ont quelque peu reprise depuis le coup. Mais l'investissement, le tourisme, les exportations et la production industrielle sont tous en baisse.

Les généraux, nombre d'entre eux possédant des titres ministériels, n'ont pas été d'une grande aide. Ils ont délégué la politique économique aux bureaucrates sans leur donner un sens clair de direction. Le résultat est une confusion politique. M. Prayuth a affirmé aux investisseurs étrangers que la Thaïlande était ouverte pour les affaires, mais les bureaucrates ont envoyé un message différent. Au début de novembre dernier, ils ont dépoussiérés de vieux plans afin de restreindre la propriété et le contrôle des entreprises étrangères. Le gouvernement a depuis fait volte-face.

La junte a été beaucoup plus occupée dans le cadre de ses efforts pour remodeler la politique en difficulté de la Thaïlande. Mais ses résultats n'ont pas été plus encourageants. La junte a nommé des membres de l'établissement pour écrire une nouvelle constitution d'ici septembre prochain. L'inquiétant auteur principal [de cette nouvelle constitution] affirme que l'alignement de la planète Jupiter assurera que ce projet qu'ils mettent en place bénéficiera de "l'équité et de la sagesse". Ses supérieurs, encore plus inquiétants, affirment que le but de leur intervention militaire était de mettre au point un renouveau afin d'effacer l'influence de Thaksin Shinawatra, le frère aîné de Yingluck Shinawatra, la première ministre renversée par le coup d'Etat de mai dernier. M. Thaksin avait lui-même été éjecté de son poste de premier ministre par un coup d'Etat en 2006, mais il reste une force puissante de son exil auto-imposé à Dubaï.

Les partisans de M. Thaksin ont remporté toutes les élections depuis 2001. Cela suggère que les généraux vont essayer de manipuler les prochaines élections afin d'empêcher les partis politiques qui lui sont fidèles de reprendre le pouvoir. La nouvelle constitution est susceptible de prescrire un parlement partiellement nommé ainsi qu'un sénat entièrement nommé. Selon des rumeurs, M. Thaksin serait beaucoup moins indigné par cette disposition que ce que l'on pourrait espérer. L'armée a réprimé ses partisans chemises rouges, mais les Chemises rouges ont évité de se faire balayer complètement en maintenant un profil bas. Contrairement au parti rival Démocrate pro-établissement, ils ont affiché une remarquable unité.

M. Thaksin peut attendre. Il est en bons termes avec le successeur du roi choisi par ce dernier, le prince héritier Maha Vajiralongkorn, un homme capricieux très différent de son père. Les membres de l'élite conservatrice le détestent. Ils ont longtemps esperés que sa sœur, la princesse Sirindhorn, puisse monter sur le trône. Toutes les chances que cela puisse se produire ont presque disparues. Le prince héritier montre des signes de mise en ordre de sa vie privée en préparation pour le trône. Cela est évident depuis le 1er décembre dernier quand il a été annoncé que les membres de la famille de son ex-épouse, la princesse Srirasmi, ont été pris pour cible lors d'une campagne anti-corruption et dépouillés de leurs titres royaux.

Les généraux ne veulent pas spéculer en public sur la monarchie, une source vitale de leur légitimité. M. Prayuth est un royaliste qui a promis d'extirper les critiques de la monarchie. Les cas de lèse-majesté ont augmenté. Le 4 novembre dernier, un tribunal a condamné un étudiant à plus de deux ans de prison pour un post sur  Facebook jugé insultant pour la monarchie par les tribunaux. De plus, ce mois-ci, un tribunal militaire a approuvé un mandat d'arrêt pour un homme d'affaires thaïlandais milliardaire accusé, entre autres choses, d'avoir utilisé la monarchie afin de faire de l'argent (Note de Libérez-Somyot: il s’agit de Nopporn Suppipat, un homme d'affaires d'une quarantaine d'années qui dirige Wind Energy Holdings, une entreprise qui exploite des parcs éoliens).

Mais les observateurs du palais détectent un changement qui pourrait fournir un moyen de sortir de la morosité politique en Thaïlande. Prem Tinsulanonda, qui est le chef du Conseil privé du roi, est considéré comme avoir perdu la bataille dans les cercles royaux. M. Prem, qui est âgé de 94 ans, dirige une faction ultra-royaliste de la société thaïlandaise qui désapprouve à la fois le prince héritier et M. Thaksin. Ce camp craint que le prochain roi puisse conspirer avec M. Thaksin afin de lancer une révision radicale de la monarchie.

Le successeur probable de M. Prem comme pilier de la politique thaïlandaise, Prawit Wongsuwan, est le mentor de M. Prayuth et occupe maintenant le poste de ministre de la défense. Mais M. Prawit a également servi comme chef de l'armée sous M. Thaksin. Un des haut-gradés supportant M. Thaksin affirme que les deux camps sont en "conversation constante". M. Prawit pourrait-il être un intermédiaire entre le camp de M. Thaksin et celui des généraux? Les optimistes pensent que les généraux pourraient bien vouloir faire des compromis: l'armée pourrait prétendre qu'elle avait joué le rôle, décidé à l'avance, de seul gardien capable de sauvegarder un système brisé. Mais dans le monde opaque de la politique du palais, tout pari serait imprudent.

Des chemises jaunes célébrant l’anniversaire du roi le 5 décembre dernier

Des chemises jaunes célébrant l’anniversaire du roi le 5 décembre dernier

Partager cet article

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article

commentaires