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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 01:06

Une interview de Thaweeporn Kummetha

Lien:

http://prachatai.org/english/node/4574?utm_source=dlvr.it&utm_mediumes

 

A l'occasion de la Journée internationale des droits de l'homme le 10 Décembre, l'ambassade française à Bangkok a offert un prix aux avocats thaïlandais des droits de l'homme qui ont fourni une assistance juridique aux personnes touchées par le coup d'Etat militaire de 2014.

C'est la première fois que l'ambassade de France a donné un tel prix. La remise des prix a eu lieu le soir du 9 décembre à la Résidence française. L'ambassade a expliqué dans son communiqué de presse publié la semaine dernière que la promotion des droits humains est une des priorités de la France et de l'Union Européenne.

Depuis plus de six mois que le centre a été établi, ce petit organisme, composé de six avocats à temps plein, a fourni une assistance juridique et une représentation aux clients dans des affaires liées au coup d'État et aux violations des droits de l'homme. Par exemple, ils ont représentés et assistés des personnes arrêtées pour avoir protesté contre le coup d'Etat, des gens qui ont été arrêtés et inculpés en vertu de l'article 112 (la loi de lèse-majesté), et des personnes qui ont été convoqués par l'armée.

Thaweeporn Kummetha, du journal en ligne Prachatai, a interviewée Yaowalak Anupan, la présidente et co-fondatrice du centre des avocats thaïlandais des droits de l'homme, et lui a demandée d'expliquer les obstacles auxquels ces avocats sont confrontés lorsqu'ils travaillent pour les droits humains à une époque où la Thaïlande est privée de ces droits.

Thaweeporn Kummetha: Êtes-vous heureuse d'avoir reçu ce prix?

Yaowalak Anupan: Oui, nous sommes tous très heureux. Il nous donne le courage moral de continuer à travailler et à lutter sans être dissuadés comme avocats malgré la loi spéciale et le fait de faire face à de nombreux obstacles.

Thaweeporn Kummetha: Pourquoi pensez-vous que le centre a obtenu le prix?

Yaowalak Anupan: Peut-être parce que nous sommes l'une des peu nombreuses organisations qui travaillent directement et largement avec les personnes touchées par le coup d'Etat. Le gouvernement a utilisé beaucoup de pouvoirs spéciaux. La situation est inhabituelle, mais nous essayons de faire notre mieux pour s'assurer que tout le monde a accès aux droits fondamentaux.

Thaweeporn Kummetha: Vous êtes-vous sentis en insécurité ou avez-vous eu peur de travailler comme avocats dans cette situation?

Yaowalak Anupan: Oui, nous sentons que nous sommes surveillés par les gens au pouvoir. Cependant, nos avocats n'ont pas peur de ce pouvoir. Nous insistons sur le fait que nous continuerons à travailler professionnellement.

Thaweeporn Kummetha: Vos avocats ont été menacés ou intimidés?

Yaowalak Anupan: Non, nous n'avons jamais été menacés. Mais un avocat a autrefois été appelé "l'avocat des bandits." L'avocat était allé visiter une personne arrêtée et détenue pour avoir fait le symbole anti-coup. Un militaire a alors appelé cet avocat "l'avocat des bandits" Les soldats ne comprennent pas les droits fondamentaux des suspects. Ils ne comprennent pas que tout suspect est innocent si le tribunal n'a pas trouvé les coupables. Les suspects ont également le droit de voir un avocat.

Thaweeporn Kummetha: Comment ce centre a été créé? Quelle était votre pensée à cette époque?

Yaowalak Anupan: Nous l'avons créé deux jours après le coup d'Etat. J'ai eu cette idée le 23 mai suite à une protestation contre le coup d'Etat en face du Bangkok Art and Culture Centre lors de laquelle quelques personnes ont été arrêtées. Après cela, l'armée a convoqué les gens pour se signaler. Donc le 24 mai, nous nous sommes réunis et avons établi le Centre des Avocats Thaïlandais pour les Droits de l'Homme. Tous les avocats sont anti-coup d'Etat. Au début, la plupart d'entre nous étaient des jeunes avocats, et les avocats chevronnés nous ont rejoints plus tard.

Nous avons pensé qu'en ces temps difficiles, il y avait tellement de limitations des droits et libertés. Les médias et les universitaires sont harcelés. Donc, nous, en tant que juristes, pensions que nous devrions faire quelque chose.

Nous devons remercier les nombreux organismes qui nous soutiennent, comme iLaw, Cross Cultural Foundation, la Commission internationale des juristes, les Nations Unies, l'Union européenne, l'ambassade britannique, l'ambassade du Canada, entre autres.

Nous avons maintenant six avocats à temps plein et environ 10 bénévoles. Notre organisation est en croissance rapide parce que nous sommes très travailleurs. En outre, il y a de nouveaux travaux tous les jours, ou en d'autres termes, il y a de nouvelles personnes détenues et arrêtées tous les jours. Nous sommes également une unité se déplaçant rapidement pour arriver sur place.

Thaweeporn Kummetha: Lorsque vous avez établi le centre, avez-vous jamais pensé que cela durerait si longtemps, il y a plus de six mois depuis le coup d'Etat a eu lieu?

Yaowalak Anupan: Au début, je ne pensais pas que cela durerait aussi longtemps. Je pensais que ce serait juste une action ponctuelle et que nous allions plus tard être moins occupés de jour en jour. Cependant, des gens continuent d'être arrêtés tous les jours. La junte utilise encore des mesures sévères pour réprimer les dissidents. Nous ne pensions pas que nous aurions beaucoup de travail comme aujourd'hui.

Thaweeporn Kummetha: Comme avocate travaillant normalement dans un tribunal civil, faites-vous face à des difficultés lors de votre travail devant un tribunal militaire?

Yaowalak Anupan: Il est assez difficile d'accéder aux fichiers des accusés. Normalement, à la cour de justice, les avocats peuvent copier tous les documents, mais,  à la cour militaire, nous ne le pouvons pas. Dans un tribunal civil, les accusés disposent de leur dossier le jour où ils sont inculpés, mais dans tribunal militaire, ils ne le reçoivent qu'un mois plus tard. Cela fait qu'il est plus difficile et plus lent pour les accusés d'obtenir justice.

Thaweeporn Kummetha: Comment voyez-vous vos collègues avocats et les autres organisations d'avocats ainsi que leurs rôles après le coup d'Etat?

Yaowalak Anupan: Les avocats de certaines organisations d'avocats professionnels servent ce pouvoir antidémocratique. Nous les exhortons à revoir leur rôle et à adhérer au code de déontologie des avocats. Au cours des dernières années, les organisations professionnelles n'ont pas suivi la loi, mais ont contribué à détruire la constitution. Ils devraient se demander s'ils sont encore des avocats qui s'en tiennent à la loi ou non.

Thaweeporn Kummetha: Quelles sont plus grandes préoccupations du centre concernant la situation des droits humains en Thaïlande?

Yaowalak Anupan: Premièrement, l'utilisation de la loi martiale qui autorise le fait de détenir une personne pendant plus de sept jours sans déclarer ses allées et venues et sans lui donner l'accès à un avocat. La loi martiale est faite pour être utilisée en temps de guerre, mais la junte l'utilise actuellement afin de réprimer les dissidents. Nous exhortons la junte à lever la loi martiale.

Deuxièmement, les civils ne doivent pas être jugés par des tribunaux militaires.

Les avocats thaïlandais pour les droits de l'homme ont reçu un prix des droits de l'homme de l'ambassade de France

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Published by liberez-somyot
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