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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 08:06

Les travailleurs agricoles ont besoin de protection

Une déclaration de l'organisation américaine des droits de l'homme Human Rights Watch

Lien:

http://www.hrw.org/news/2015/01/21/israel-serious-abuse-thai-migrant-workers

 

(Jérusalem) - Les travailleurs agricoles thaïlandais en Israël font face à de graves violations des droits du travail parce que les autorités israéliennes ne parviennent pas à appliquer leurs propres lois, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui. Les autorités israéliennes doivent prendre des mesures immédiates pour améliorer les mécanismes d'application [des lois] et afin de déterminer si la vie insatisfaisante et les conditions de travail ont contribué à une tendance troublante de décès parmi les travailleurs migrants en provenance de Thaïlande.

Le rapport de 48 pages intitulé "A Raw Deal: Abuses of Thai Workers in Israel’s Agricultural Sector" fait état de bas salaires, d'heures de travail excessives, de conditions de travail dangereuses, et de logements insalubres pour les travailleurs agricoles thaïlandais en Israël - ainsi que le non-paiement par les employeurs lorsqu'ils essayent de protester en se mettant en grève. Ces problèmes persistent malgré quelques améliorations en 2011 dans le cas du processus de recrutement pour les travailleurs thaïlandais et des lois israéliennes qui fixent un salaire minimum, limitent les heures de travail, permettent des grèves légales et la syndicalisation, et les normes adéquates de logements pour les travailleurs.

"Le succès de l'industrie agricole d'Israël dépend dans une large mesure du travail des travailleurs migrants thaïlandais, mais Israël fait bien trop peu pour faire respecter leurs droits et les protéger de l'exploitation", a déclaré Sarah Leah Whitson, directeur [d'Human Rights Watch] pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. "Les autorités israéliennes devraient être beaucoup plus actives dans l'application de la loi sur les heures et les conditions de travail, et réprimer les employeurs qui abusent des droits des travailleurs."

Environ 25 000 travailleurs migrants thaïlandais fournissent la grande majorité de la main-d'œuvre pour l'agriculture en Israël. En 2011, Israël a signé un accord bilatéral avec la Thaïlande, connu sous le nom de TIC (Coopération Thaïlande-Israël pour le placement des travailleurs, en anglais Thailand-Israel Cooperation on the Placement of Workers) qui a coupé de façon significative les frais de recrutement que les travailleurs thaïlandais devaient payer pour obtenir un permis de travail et a réduit leur vulnérabilité au travail forcé. Cependant, Human Rights Watch a constaté que d'autres conditions abusives sont restées, et que trouver des employeurs était encore difficile et coûteux.

Human Rights Watch a interrogé un total de 173 travailleurs thaïlandais répartis dans 10 communautés agricoles appelés moshavim dans le nord, le centre et le sud d'Israël. Tous ont témoigné qu'ils étaient payés beaucoup moins que le salaire minimum légal, contraints de travailler plus que la limite légale, exposés à des conditions de travail dangereuses, et avait des difficultés lorsqu'ils essayaient de changer d'employeur. Dans toutes mais particulièrement dans l'une des 10 communautés où Human Rights Watch a enquêté sur les conditions de vie, les travailleurs thaïlandais étaient logés dans des logements de fortune et inadéquats.

Les travailleurs de plusieurs fermes se sont plaints de maux de tête, de problèmes respiratoires et d'autres maladies, y compris des sensations de brûlure dans les yeux qu'ils attribuaient à la pulvérisation de pesticides sans protection adéquate. Certains travailleurs ont déclaré à Human Rights Watch que leurs parents leur ont envoyés des médicaments de Thaïlande parce qu'ils ne pouvaient pas accéder à des soins médicaux en Israël.

La majorité des travailleurs que Human Rights Watch a visité étaient logés dans des structures non résidentielles, comme des entrepôts et hangars, avec des installations de fortune pour la cuisine et la blanchisserie. Dans une exploitation agricole, les travailleurs thaïlandais ont montré à Human Rights Watch qu'ils ne bénéficiaient pour se loger que d'abris construits à partir de carton à l'intérieur des hangars agricoles.

Les chiffres gouvernementaux montrent une tendance inquiétante des décès de travailleurs thaïlandais. De 2008 à 2013, selon les chiffres du gouvernement rapportés par le quotidien israélien Haaretz, 122 travailleurs thaïlandais sont morts en Israël. Cela comprend 43 morts dont les autorités attribuent les décès à une "subite mort nocturne", une maladie cardiaque censée affecter les jeunes hommes asiatiques en bonne santé, et 22 autres qui sont mort de causes inconnues parce que les autorités n'ont pas daigné faire des autopsies.

L'un de ces 22 morts, Praiwan Seesukha, 37 ans, est décédé dans son sommeil en mai 2013. Le lendemain de sa mort, Human Rights Watch s'est entretenu avec ses collègues dans une communauté agricole près de la côte méditerranéenne d'Israël. Ils ont expliqué que les travailleurs dormaient dans un espace étroit situé dans un hangar que l'employeur avait converti en dortoir pour les ouvriers. Les travailleurs ont aussi expliqué qu'ils travaillaient jusqu'à 17 heures par jour, tous les jours, sans jour de congé. Un travailleur d'un autre moshav a affirmé qu'il se sentait "comme de la viande morte" après une journée de travail qui commençait généralement à 4 heures 30 du matin et se terminait à 19 heures.

"Même s'il n'est pas encore clair qu'il y ait un lien entre le nombre élevé de décès parmi les travailleurs thaïlandais et leurs conditions de travail dans le secteur agricole, les faits justifient certainement une enquête", a déclaré Sarah Leah Whitson.

Les travailleurs ont déclaré à Human Rights Watch que quand ils ont essayé d'exercer leur droit à changer d'employeur, les agents de recrutement, qui peuvent faciliter ces transferts, les avaient chargés d'un prix correspondant au salaire d'un mois pour cela. D'autres, travaillant dans un moshav situé au centre d'Israël, ont expliqué qu'ils avaient demandé à un agent de les aider à changer d'employeur en raison de leurs bas salaires, des mauvaises conditions de logement, et des heures de travail excessives - à partir de 5 heures jusqu'à 22 heures ou même 23 heures lors des mois d'été. Ils ont affirmé que l'agent avait refusé et leur a dit qu'ils n'avaient qu'à trouver un nouvel employeur par eux-mêmes.

Les travailleurs se sont alors mis en grève et ont, par conséquent, obtenu une augmentation de salaire et une réduction des heures de travail, bien que leur salaire soit resté inférieur au minimum légal. Mais ils ont aussi expliqué que deux des meneurs de la grève avaient perdu leur emploi dans ce qu'ils percevaient comme un châtiment.

Human Rights Watch a constaté que les abus les travailleurs décrits résultent principalement de la faible application des lois du travail d'Israël, qui sur le papier offrent aux travailleurs migrants une protection étendue. Divers facteurs, cependant, nuisent à l'efficacité du cadre juridique. Il s'agit notamment d'un partage des responsabilités de réglementation, d'un régime d'inspection inefficaces, d'unités d'exécution apparemment insuffisamment financées, et d'une incapacité à imposer des sanctions significatives contre les employeurs et les agents de main-d'œuvre qui enfreignent la loi [...]

Logo d'Human Rights Watch

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Published by liberez-somyot
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