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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 14:03

La destitution de Yingluck: un moyen frauduleux "légal" utilisé par une junte illégale

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Soyons clairs. Le succès de la motion de destitution contre l'ancienne première ministre Yingluck Shinawat, soumise à l'Assemblée désignée de la junte par la Commission anti-corruption nationale, sur son rôle dans le régime de soutien des prix du riz pour les agriculteurs, est une farce totale et un faux-fuyant. C'est une partie délibérée des anti-réformes visant à détruire la démocratie. Cela n'a rien à voir avec le régime du riz.

Yingluck est accusé d'avoir "permis que la corruption puisse avoir lieu" dans ce régime du riz et d'être responsable des pertes financières du gouvernement.

Tout d'abord, il convient de préciser qu'il n'y a pas de preuve de cela, ni aucune évidence permettant d'insinuer que Yingluck aurait été corrompue. En fait, le mot "corruption" est dorénavant une insulte commode jetée à la face de tous ceux que les classes moyennes ou les élites n'aiment pas. D'ailleurs, l'organisation la plus corrompue dans la société thaïlandaise est l'armée. Presque tous les généraux thaïlandais, y compris les dirigeants de la junte actuelle, ont accumulé des richesses s'élevant à des centaines de millions de baht, bien au-delà de ce qu'ils pouvaient gagner avec leurs salaires normaux. Cela a toujours été le cas depuis les mauvais jours des dictatures militaires dans les années 1940. Une partie de cet argent provient d'offres de corruption et de pots de vin. L'autre partie vient de leur abus de pouvoir et d'influence pour faire des affaires, posséder leurs propres sections des médias et se nommer aux conseils d'administration des entreprises publiques.

Toute personne qui accorde une attention aux commentaires des grands médias sur Taksin Shinawat serait pardonné de croire que Taksin et ses acolytes étaient de sales politiciens corrompus qui auraient empoché des millions et saigné le pays à sec en offrant "trop" de politiques pro-pauvres aux masses "ignorantes". Ces rapports font état de la corruption de Taksin comme si c'était un fait indiscutable et que lui seul serait responsable de la corruption.

Taksin est un magnat super-riche. Il est toujours super-riche, même après avoir vu une grande partie de ses biens saisis par les tribunaux pro-militaires. Sa richesse provient principalement de l'exploitation du travail des autres, ce qui n'est pas différent de n'importe quel magnat ou homme d'affaires et ne diffère pas du roi Pumibon qui est l'homme le plus riche de Thaïlande. C'est une forme de vol brut, mais il s'agit d'un vol "légal" dans le cadre du système capitaliste.

La seule inculpation de corruption contre Taksin a été l'accusation selon laquelle il était premier ministre lorsque sa femme a acheté une parcelle de terrain du gouvernement. C'était sans aucun doute contre les règles. Mais les tribunaux ont admis que le prix payé était celui du taux du marché véritable et ils ont également jugé que sa femme n'avait pas à répondre de cela. Taksin a également utilisé divers stratagèmes d'évitement fiscal afin d'éviter de payer des impôts sur son immense fortune.

Deuxièmement, il se pourrait peut-être que la corruption se soit produite à certains niveaux du système de soutien des prix du riz, probablement liées à des sociétés de fraisage de riz et de négoce de riz malhonnêtes. Les adversaires de Yingluck veulent la punir pour avoir omis de mettre fin à cette corruption. Si le fait de ne pas avoir arrêté la corruption est une raison de mise en accusation, dans ce cas, tous les premiers ministres thaïlandais, y compris Prayut, devraient être mis en accusation.

Troisièmement, la plupart des pertes financières de l'Etat due au régime de soutien des prix du riz proviennent de deux sources. Le gouvernement a utilisé des fonds publics pour garantir les prix du riz payés aux pauvres agriculteurs. Ces pertes sont totalement justifiées et font partie de la distribution de revenus aux populations rurales pauvres. Mais d'autres pertes sont dues au marché mondial du riz et à l'espoir que le prix du riz augmenterait, ce qui n'a pas eu lieu. Au lieu de cela le gouvernement aurait dû vendre du riz bon marché aux pauvres des villes et récupéré les pertes en taxant les riches et en réduisant les budgets militaires ainsi que ceux du Palais.

Bien sûr, les classes moyennes, extrémistes néo-libérales, l'armée et les royalistes auraient pris les armes si cela s'était produit. Déjà, le Parti Démocrate et les institutions néo-libérales comme le TDRI étaient à fond contre l'utilisation de fonds de l'Etat au profit des pauvres à travers le système de soutien des prix du riz.

Mais rien de tout cela n'explique vraiment la sanction prise à l'encontre de Yingluck.

Après le coup d'Etat militaire de l'année dernière, j'ai écrit que la junte illégale et ses diverses créatures étaient occupées à élaborer un système non démocratique avec des élections fictives. J'ai aussi écrit que la soi-disant Commission nationale anti-corruption essayait désespérément de trouver une douteuse accusation de corruption à coller sur l'ancienne première ministre Yingluck. Ce serait une voie "légaliste" pour l'interdire de politique et permettrait peut-être aussi la dissolution du Parti Pua Thai.

Aussi bien la destitution que la poursuite de Yingluck sont une imposture frauduleuse et "morale" utilisée par une junte illégale afin de détruire la démocratie et décapiter le parti politique qui a toujours bénéficié d'un soutien populaire de masse.

Pendant ce temps, l'ancien président du parlement, Somsak Kiatsuranon et l'ancien président du Sénat, Nikom Rachpanit, font face à des interdictions similaires, mais infructueuses pour avoir essayé de permettre un vote parlementaire démocratique afin de modifier la Constitution, l'année dernière. Cependant, Prayut et sa bande armée ne font face à aucune sanction pour avoir organisé un coup d'Etat et déchiré la constitution en mai dernier. De même que Prayut et l'ancien premier ministre Abhisit ne font face à aucune inculpation pour le massacre de manifestants pro-démocratie non désarmés. Le message est clair. Quels que soient les crimes que la junte commet, ils sont "légaux" et, à l'avenir, il ne sera pas "légal" de changer la constitution parrainée par les militaires.

La dictature est faite pour être gravée dans la pierre. Mais rien ne dure éternellement lorsque des mouvements sociaux s'organisent afin de lutter pour la démocratie.

Yingluck à son procès

Yingluck à son procès

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Published by liberez-somyot
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