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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 08:57

Un article de Pavin Chachavalpongpun

Lien:

http://www.japantimes.co.jp/opinion/2014/12/28/commentary/world-commentary/thai-regime-plays-royal-card-silence-critics/#.VKOlOCuUde9

 

Tandis que, dans le monde, nombreux sont ceux qui célèbrent cette saison festive et la fin de 2014, en Thaïlande beaucoup de gens ne sont pas enthousiastes sur ce que la nouvelle année apportera à la suite du coup d'Etat organisé par l'armée le 22 mai dernier.

Jusqu'à présent, il n'y a eu aucun signe montrant une volonté de l'armée de se retirer de la politique. Une date pour l'élection n'a toujours pas été fixée. Les droits humains fondamentaux des Thaïlandais continuent d'être violés.

Ces derniers mois, l'augmentation des cas de lèse-majesté suggère que la prétention de la Thaïlande à être le "Pays du Sourire" ne sonne plus tout à fait vrai.

Il y a plusieurs raisons derrière l'application de la loi. Étayer une institution monarchique affaiblie et déguiser l'incertitude de la succession royale sont des justifications.

Les tentatives de contrôle de la société pour conserver les privilèges élitistes, prolonger le rôle de l'armée dans la politique, entraver la démocratisation et faire face à la révolution technologique dans le cyberespace jouent également un rôle important.

Le gouvernement militaire du général Prayuth Chan-ocha est très sévère pour les cas de lèse-majesté. À bien des égards, ces accusations semblent confirmer l'existence du soi-disant mouvement anti-monarchie en Thaïlande.

Ils justifient également le coup d'Etat dont le programme, entre autres choses, est de protéger l'institution royale. Mais plus les militaires utilisent la loi à des fins politiques, plus ils affaiblissent la monarchie, surtout maintenant au crépuscule du long règne du roi Bhumibol Adulyadej.

L'application de la loi met en évidence un sentiment de désespoir, et non pas d'autorité, de la part de l'Etat thaïlandais.

Le fait que beaucoup de gens acceptent le fait que la monarchie ait un rôle légitime à jouer dans la vie politique thaïlandaise, et ait le droit d'intervenir en temps de crise, sans sanction, souligne la domination royale sur le système démocratique.

Un état fonctionnant de manière prérogative semble désormais coexister avec la société thaïlandaise régulière, dans lequel le palais et les militaires opèrent au-dessus de l'état de droit et ou la responsabilité démocratique n'a plus aucune force.

La loi de lèse-majesté est utilisée pour protéger l'institution royale ainsi qu'un système beaucoup plus vaste connue sous ce nom. La loi sert à masquer le fonctionnement de manière prérogative de l'État et à défendre les membres de la monarchie de réseau contre l'examen du public... et cela tant que leurs actions seront justifiées par le prétexte de sauvegarder la monarchie. Ce processus se déroule parallèlement à la re-sacralisation et la re-glorification sans fin du roi Bhumibol.

Cette stratégie permet d'accuser les opposants politiques de dénigrer la séculaire institution et de les étiqueter comme "ennemis de l'État."

Un fait intéressant est à noter; il y a une décennie, les allégations de crime de lèse-majesté servaient principalement de moyen inter-élite pour éliminer ses ennemis. Par exemple, l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra a accusé le Parti Démocrate d'avoir commis le crime de lèse-majesté en exploitant la monarchie dans sa campagne électorale.

De même que Thaksin et Sonthi Limthongkul, un chef de file du mouvement royaliste "Alliance du peuple pour la démocratie (PAD)", pointaient également du doigt l'autre camp en l'accusant de ne pas respecter l'institution royale.

Aujourd'hui, avec un espace politique beaucoup plus ouvert, et avec la menace actuelle contre la prérogative de l'Etat, les royalistes ont commencé à cibler pratiquement n'importe qui venu de toutes les tendances politiques.

Trente-trois cas de lèse-majesté ont été jugés devant les tribunaux de première instance en 2005; le nombre a presque quadruplé en atteignant 126 cas en 2007. C'est passé à 164 cas en 2009, puis a triplé pour atteindre 478 cas en 2010. Les augmentations les plus spectaculaires ont eu lieu sous le gouvernement du Parti Démocrate d'Abhisit Vejjajiva. Depuis le coup d'Etat de cette année [2014], de nombreux Thaïlandais ont été emprisonnés pour lèse-majesté, sans aucune chance d'obtenir une libération sous caution.

Deux étudiants de l'université [Thammasat] ont été emprisonnés pour une pièce de théâtre jugés critiques envers la monarchie. Une femme, dont le compte Facebook a été piraté, a également été accusée, bien que le contenu lèse-majesté soit apparu sur sa page à son insu.

Une autre femme est sous enquête pour avoir porté du noir lors de l'anniversaire du roi (le 5 décembre); cela a été interprété comme un acte de malveillance envers le roi.

Plus tôt, en décembre dernier, un homme a été inculpé pour avoir critiqué le discours du roi, qui louait son chien nommé Thongdaeng de sa fidélité par rapport aux politiciens corrompus. Il avait montré sa colère, s'était interrogé sur la comparaison et avait fini par exprimer sa malédiction.

Au cœur du problème se trouve la tentative de l'armée pour faire taire les critiques de la monarchie en utilisant la loi de lèse-majesté comme une arme. Dans cette ligne de pensée, la trahison semble rôder autour de chaque coin, et la loi de lèse-majesté est un appareil puissant pour éliminer la dissidence politique.

Si les objectifs de ce genre expliquent clairement l'utilisation abusive de la loi, la raison de singulariser des ennemis particuliers est plus insaisissable. À titre d'exemple, en 2011, le Centre de la Thaïlande pour la résolution des situations d'urgence (Thailand’s Center for the Resolution of Emergency Situations) a élaboré une "carte mentale" stupéfiante qui présentait un tableau obscur et compliqué prétendument cartographie des présumés liens entre les ennemis de la monarchie. Cette carte mentale s'est révélé plus tard être imaginaire. Et personne n'en a été tenu pour responsable.

Il est vrai que le roi Bhumibol a déclaré en 2005 qu'il pouvait être critiqué et qu'il était irréaliste de dire qu'il ne pouvait pas se tromper. Cela a été sa seule réponse face au nombre grandissant de cas de lèse-majesté, qui ont à leur tour accentués le ressentiment du public contre le palais.

Il est évident que le réseau de la monarchie exploite toujours la loi pour ses intérêts. La politisation de la monarchie a abaissé le niveau de respect envers le roi lui-même.

La seule façon pour la monarchie de survivre à l'évolution du contexte politique de la Thaïlande est de se réformer elle-même ou d'abolir cette loi anachronique.

La position actuelle du gouvernement de Prayuth est claire: éliminer les critiques de la monarchie est sa priorité.

C'est une triste et malheureuse situation que les Thaïlandais doivent endurer aujourd'hui. Si cette tendance à la chasse aux critiques de la monarchie continue, 2015 sera une autre année tragique pour les droits de l'homme en Thaïlande.

Pavin Chachavalpongpun est un professeur agrégé au Centre de l'Université de Kyoto pour les études d'Asie du Sud-Est, où il enseigne la politique d'Asie du Sud-Est et les relations internationales en Asie. Il est aussi un exilé politique et ne peut retourner dans son pays à cause de ses prises de position.

Pavin Chachavalpongpun

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Published by liberez-somyot
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