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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 10:14

Un reportage de Susan Loone pour le journal malaisien "Malaysiakini"

Lien:

http://www.malaysiakini.com/news/285402

 

Les Malaisiens ont toujours considéré l'«Amazing Thailand» comme un paradis du tourisme et du shopping, oubliant qu'il y a des Thaïlandais qui ont été ou se sont exilés eux-mêmes dans plusieurs pays en raison de leurs convictions politiques.

Le 1er décembre, plusieurs ONG ont protesté contre la visite du Premier ministre thaïlandais Prayuth Chan-ocha en Malaisie, en solidarité avec les exilés thaïlandais qui ont exhorté les autres pays visité par Prayuth à suivre l'exemple des Malaisiens en envoyant un message fort comme quoi ils s'opposaient à la dictature militaire thaïlandaise.

Malaysiakini a interrogé plusieurs exilés thaïlandais, qui ont exprimé leur désir de voir une Thaïlande libérée dans leur vie.

L'un d'entre eux, Jakrapob Penkair, était professeur d'université et journaliste à la télévision avant de consacrer son temps à la politique en 2003.

Pendant le règne de Thaksin Shinawatra, Jakrapob était membre du Parlement representant Bangkok, en plus d'être un ministre du Cabinet du Premier ministre thaïlandais et un porte-parole du gouvernement.

Il a aidé à former le Front uni de la démocratie contre la dictature (UDD) et a ensuite été emprisonné pendant 12 jours pour ses activités anti-coup d'Etat militaire.

En tant que membre du cabinet, il était sur le point de renoncer à certains des pouvoirs de l'Etat quand il a été accusé de lèse-majesté, la loi qui punit les citoyens pour avoir insulté la monarchie.

Jakrapob a quitté son pays bien-aimé, le 14 avril 2009 et n'y est jamais retourné depuis. Et il n'a pas renoncé à ses convictions politiques.

"Nous espérons pouvoir briser le lavage de cerveau de la Thaïlande et poursuivre le processus de démocratisation."

"Nous Thaïlandais avons été poussés à croire que le roi de Thaïlande peut régler tous les torts et que nous ne devions pas avoir confiance en nous-mêmes, mais juste croire en lui.

"Aucun pays ne peut compter que sur une personne, même si un bon leader peut encourager plusieurs autres personnes à bouger et à se secouer", a déclaré Jakrapob lors de son interview pour Malaysiakini.

Il est fier et reconnaissant que plusieurs militants malaisiens aient protesté contre la visite de Prayuth en Malaisie le 1er décembre dernier.

"Vous avez clairement montré au dictateur votre dégoût et le mépris que vous avez pour lui et ses semblables. Nous tenons à vous exprimer notre gratitude.

"Nous comprenons que votre lutte interne n'en est pas moins difficile et fastidieuse. Nous espérons être en mesure de joindre nos forces aux vôtres aussi", a-t-il dit.

Junya Lek Yimprasert est une militante thaïlandaise des droits des travailleurs qui se bat et écrit sur l'exploitation en bas des chaînes d'approvisionnement.

Après le massacre de civils par les forces militaires à Bangkok en mai 2010, Junya a écrit un essai, "Pourquoi je n'aime pas le roi", et a été accusée de lèse-majesté.

Elle vit en Finlande depuis juillet 2010 comme "réfugiée politique".

"La dernière goutte d'eau qui m'a fait partir c'est après avoir vu de nombreux syndicats et des ONG intégrer le mouvement des royalistes qui, depuis 2005, a renversé de nombreux gouvernements élus.

"Là où cela a été le comble, c'est quand 40000 militaires ont réprimés violemment les manifestants, en tuant une centaine et en blessant près de 2000", a-t-elle dit lors de son interview pour Malaysiakini.

Même ceux qui sont en exil font face à des menaces

Etre en exil ne garantit pas la liberté ni contre la violence ou la peur.

Junya a déclaré que les Thaïlandais qui vivent en exil à cause du régime militaire font face aussi à beaucoup de menaces, aussi bien de la part des ultra-royalistes que de l'armée, et risquent l'emprisonnement, sans aucune chance de se défendre.

"Pour moi, être recherché par la junte militaire thaïlandaise en tant que "criminelle et menace contre la sécurité nationale" à cause de mes écrits est quelque chose qui m'a frappé durement car cela m'a fait prendre conscience que le chemin de la lutte pour la démocratie et la liberté en Thaïlande sera long et plein d'obstacles", dit-elle.

Comme beaucoup de ceux qui vivent en exil, Junya n'est pas heureuse de voir que Prayuth a été chaleureusement accueilli en Malaisie par le Premier ministre Najib Abdul Razak.

Elle a donc lancé un appel aux Malaisiens de s'opposer à la junte thaïlandaise et ne permettent pas à Prayuth d'empoisonner les aspirations à la liberté et la démocratie dans son pays.

"Il est important pour la Malaisie, la Thaïlande et l'ASEAN dans son ensemble que les gens de l'ASEAN restent solidaires dans leur volonté de respecter le principe de la liberté et de la démocratie. Les Thaïlandais ont énormément besoin de la solidarité de vous tous pour nous aider à lutter contre le régime militaire dictatorial", explique-t-elle.

Suda Rangkupan était professeur adjoint au Département de linguistique à la Faculté des arts de l'Université Chulalongkorn, de 2000 à 2014 avant de fuir la Thaïlande.

Suda faisait partie du mouvement bien connu, "29 Jan 10,000 Liberate", où 10 000 personnes ont demandé l'amnistie pour les prisonniers politiques.

Elle a quitté la Thaïlande après le coup d'Etat du 22 mai de l'année dernière, après s'être rendu compte que l'opposition du Mouvement des Chemises rouges au coup d'Etat militaire ne pouvait être poussée plus loin en ce moment.

Elle n'accepte pas le coup d'Etat et considère que les ordres de Prayuth sont "illégaux et constituent un acte de rébellion".

"Cependant, je me rends compte combien brutale est l'armée royale thaïlandaise, qui a pris le contrôle de la Thaïlande, vis-à-vis des Chemises rouges alors j'ai décidé de quitter la Thaïlande, en espérant que le moins que je puisse faire en tant que personne libre est de dire au monde que les Thaïlandais n'ont pas tous capitulé devant ce dernier coup royal", explique-t-elle.

"Prayuth est juste le chef de la junte"

Suda ne comprend pas comment on peut accepter Prayuth comme le dirigeant de la Thaïlande. "Je refuse de l'appeler Premier ministre, car il est juste le chef de la junte," dit-elle.

Pavin Chachavalpongpun, professeur associé au Centre d'études sur l'Asie du Sud-Est à l'Université de Kyoto au Japon a été convoqué à deux reprises par la junte thaïlandaise pour ses critiques envers l'armée.

"J'ai rejeté la convocation et, en conséquence, la junte a délivré un mandat d'arrêt contre moi. Peu de temps après, mon passeport a été révoqué et cela m'a forcé à demander le statut de réfugié au gouvernement japonais," affirme Pavin.

Il se sent maintenant en sécurité au Japon car le gouvernement de ce pays s'occupe bien de lui, explique-t-il. Il a un travail permanent, avec un revenu régulier ce qui lui donne un sentiment de sécurité.

"Heureusement, je vais bénéficier du statut de réfugié à l'avenir et cela me permettra de voyager légalement, ce qui est une partie importante de mon travail comme universitaire, car j'ai besoin de voyager pour mon travail."

Le message de Pavin à Prayuth reste néanmoins clair: "Rendez le pouvoir à la population thaïlandaise immédiatement. Cessez de violer les droits des gens."

"L'armée doit se retirer de la politique; l'armée doit également cesser de politiser la monarchie pour ses propres intérêts politiques".

Le coordonnateur de l'Organisation des Thaïlandais Libres pour les droits de l'homme et la démocratie, Jaran Ditapichai, affirme que les Thaïlandais qui aiment la liberté et la démocratie ont besoin de soutien moral et politique, notamment de la communauté internationale, afin d'arrêter les violations des droits humains que la junte au pouvoir exerce quotidiennement.

Jaran possède actuellement l'asile politique sous la protection juridique et administrative de la France.

"J'ai plusieurs bons amis, des Européens et des Thaïlandais, qui gardent un œil sur moi.

"Mais le gros problème est de savoir comment gagner sa vie dans ce pays, où le coût de la vie est élevé", a déclaré Jaran, qui était le conseiller d'un ancien vice-premier ministre et l'ancien commissaire national des droits humains de Thaïlande.

Ce dirigeant du Front uni de la démocratie contre la dictature, qui est également connu sous le nom de Mouvement des Chemises rouges, est reconnaissant vis-à-vis des politiciens malaisiens, des membres d'organisations des droits humains, des ONG démocratiques et des médias qui ont organisé la protestation contre Prayuth lors de sa visite en Malaisie.

"J'espère que les amis des droits de l'homme et de la démocratie dans les autres pays de l'ASEAN, s'exprimeront ouvertement sur ce qu'ils pensent de la direction de l'armée thaïlandaise, comme les Malaisiens l'ont fait", a ajouté Jaran.

Suda Rangkupan

Suda Rangkupan

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Published by liberez-somyot
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