Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 09:13

Un article de Syed Ahsan Badrul pour le journal en ligne bangladais "BDNews24"

Lien:

http://opinion.bdnews24.com/2015/01/25/when-soldiers-occupy-their-own-countries/

 

En Thaïlande, le parlement nommé par l'armée a mis en accusation la Première ministre renversée, Yingluck Shinawatra. Elle ne sera pas en mesure de prendre part à la politique durant les cinq prochaines années. Pire, elle fait maintenant face à une menace d'accusations criminelles portées contre elle. Son "crime" est aussi simple qu'elle est innocente: son gouvernement a donné des subventions aux agriculteurs, qui ont grandement bénéficié du geste. En effet, les Shinawatras, tant Yingluck que son frère Thaksin, sont vénérés par les pauvres de la Thaïlande. Le frère et la sœur, à leur manière et sans équivoque, ont tendu la main aux plus démunis. Parce qu'ils l'ont fait, et malgré le mandat électoral qu'ils ont reçu par l'intermédiaire des bureaux de vote, ils en ont payé le prix. Aujourd'hui, c'est une fois de plus l'armée qui donne les coups à Bangkok. Ce n'est pas surprenant, étant donné qu'au court de son histoire, le pays a été régulièrement réquisitionné par ses soldats. Ajoutez à cette histoire la place écrasante et incontestée de la monarchie dans la vie thaïlandaise. Personne ne conteste le roi ou la famille royale car le faire reviendrait à commettre un crime de lèse-majesté. À Bangkok, la démocratie doit se conformer à certaines normes beaucoup moins démocratiques. Bien sûr, l'armée se réserve le droit d'intervenir chaque fois qu'elle estime devoir le faire. La sanction populaire du gouvernement civil est damnée!

Peut-être que la plus grande condamnation d'un renversement de gouvernement civil par les militaires a été celle de Muhammad Rustam "Justice" Kayani du Pakistan. Peu de temps après le coup d'Etat qui a porté le général Ayub Khan au pouvoir en octobre 1958, Kayani a ironisé, dans ce qui était évidemment un mélange d'humour et de sarcasme, que c'était la chose la plus merveilleuse qui soit que l'armée ait occupé son propre pays. Kayani ne réalisait probablement pas que la saisie de l'État par Ayub Khan n'était que le premier d'une série de coups d'Etat. Le général Yahya Khan a présidé la première élection générale du Pakistan en 1970, et a ensuite brutalisé le parti qui l'a gagné, plaçant l'homme, qui aurait dû être le 1er Premier ministre élu du pays, en prison. En son temps, alors que même le battant Zulfikar Ali Bhutto avait fini par conclure un accord avec ses adversaires politiques, en juillet 1977 le général Zia-ul-Haq s'était saisi de l'état avec ses soldats et des chars, une fois de plus. À la fin des années 1990, le général Pervez Musharraf est littéralement descendu du ciel et a supervisé ses soldats grimpant sur les grilles de la résidence du Premier ministre à Islamabad et emprisonné le chef du gouvernement élu, Nawaz Sharif.

Suivez donc l'histoire des nations qui ont eu le malheur de voir leurs expériences démocratiques contrariées par les militaires à des points donnés dans le temps. Un groupe de majors et de colonels ont joyeusement assassiné le père fondateur du Bangladesh et sa famille au milieu des années 1970 avant de rendre le Bangladesh otage de leur brigandage. Le général Ziaur Rahman, au nom d'une soi-disant révolution soldats-peuple, a ramené le pays dans la grande obscurité dont il s'était sorti en 1971. En mars 1982, le général Hussein Muhammad Ershad n'y réfléchi pas à deux fois avant de renverser le gouvernement élu du président Abdus Sattar et de s'offrir la nation. Ce qui est arrivé au Pakistan et au Bangladesh et maintenant en Thaïlande est une maladie qui a toujours entravé le processus de la démocratie à notre époque. C'est quelque chose qui n'est pas arrivé et n'arrivera pas en Inde, où le maréchal SHFJ Manekshaw avait une fois dû ravaler les mots qu'il avait prononcés lors d'un commentaire inoffensif comme quoi, s'il avait voulu, il aurait pu prendre le pouvoir dans le pays. C'était quelques jours après avoir battu le Pakistan dans la guerre du Bangladesh. Il a été rapidement et correctement discipliné. Depuis, aucun général [indien] n'a répété le faux pas de Manekshaw.

Toutefois, des soldats ont parfois fait du bien à leurs sociétés grâce à des interventions historiquement nécessaires. Mustapha Kemal Atatürk n'aurait pas pu propulser la Turquie dans l'ère moderne s'il n'avait pas utilisé son armée pour prendre en charge l'état. Dans leur tâche de conduire l'Egypte au républicanisme, Naguib et Nasser ont dû renverser une monarchie corrompue en employant l'armée. En 1969, les soldats de Mouammar Kadhafi ont eux aussi détrôné Idris, un autre roi corrompu, en Libye. L'armée du Bangladesh a empêché une corruption délibérée du processus politique quand elle a contraint le président Iajuddin Ahmed d'abandonner le poste de conseiller en chef intérimaire au début de 2007, et a présidé une réforme d'institutions nationales importantes comme la Commission anti-corruption et la Commission électorale, ouvrant ainsi la voie à une élection nationale crédible. Dans le cas de la Corée du Sud, les opinions peuvent différer, mais on ne peut pas nier la réalité du fait que la saisie du pouvoir par le général Park Chung-hee en 1961 a conduit à l'émergence du pays en tant que puissance économique.

Ce ne sont que des exceptions. Ce qui est pénible, c'est l'héritage général des prises de contrôle militaires dans les pays à travers le monde. Au Chili, les soldats ont détruit le gouvernement élu de Salvador Allende en 1973. En Birmanie, le général Ne Win a renversé le gouvernement du Premier ministre U Nu en 1962, un exploit répété par ses successeurs en uniforme en 1988. Un groupe de colonels a provoqué un scandale en Grèce lorsqu’ils se sont saisi de l'État à la suite d'un coup d'Etat en 1967 et l'ont conservé jusqu'à ce qu'ils en soient chassés en 1974.

Et, oui, ce qui est arrivé en Thaïlande est un scandale car ses soldats ne peuvent pas vivre vers le bas. Lorsque les officiers militaires se soucient peu de la primauté de la démocratie et ne s'inquiètent pas du tout des ramifications du renversement d'un gouvernement massivement soutenu par le peuple, ils ne font que provoquer une hémorragie de la structure de l'État. Les citoyens courbent la tête et sont profondément embarrassé.

A Bangkok, l'humiliation ne vient pas de Yingluck Shinawatra. Elle vient du général Prayuth Chan-ocha. Elle vient d'une monarchie qui ne tolère aucune critique d'elle-même, mais regarde habillement ailleurs quand la volonté du peuple est niée, défiée et souillée à cause d'impitoyables ambitions.

Syed Ahsan Badrul est un journaliste du Bangladesh, il est aussi commentateur des affaires en cours, et chroniqueur.

Des soldats thaïlandais

Des soldats thaïlandais

Partager cet article

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article

commentaires