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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 01:38

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien:

https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/02/21/thailands-constitutions/

 

Depuis 1932, la Thaïlande s'est offert 18 constitutions "jetables", la plupart d'entre elles ayant ensuite été déchirées par l'armée suite à un coup d'Etat. Mais il serait faux de penser que ce traitement des constitutions pourrait être la cause originelle de l'instabilité politique ou de tout déficit démocratique. Les constitutions à travers le monde peuvent servir de guides sommaires pour la pratique politique; elles peuvent agir comme un ensemble de règles imposées par l'élite dirigeante, ou mettre au point des normes idéales pour les droits civiques que les militants s'efforcent d'atteindre. Ce qui importe vraiment en Thaïlande, ainsi qu’ailleurs, c’est l'équilibre des forces entre les élites dirigeantes et la population en général.

Le Royaume-Uni a une constitution en constante évolution basée sur la lutte contre la classe dirigeante et aussi sur "la coutume et la pratique". Dans ce pays, les droits démocratiques n'ont pas été atteints par la rédaction d'une "constitution démocratique", mais par la lutte constante du peuple contre les intérêts bien établis de la classe dirigeante, couvrant une période allant de la révolte des paysans en 1381 et continuant de la révolution anglaise de 1640 au mouvement chartiste du milieu du XIXème siècle et même au-delà.

La constitution écrite des États-Unis a été conçu par les élites afin de protéger leurs privilèges. Il s'agissait d'un compromis entre les propriétaires d'esclaves dans le Sud et les capitalistes industriels du Nord. Même quand une série d'amendements, connu comme la Déclaration des Droits, ont été adoptés, les droits civils des citoyens ont été constamment ignorées et cela bien des années avant que diverses luttes venues d'en bas aient apportées aux hommes et femmes de toutes races une égalité constitutionnelle formelle. Bien sûr, l'égalité formelle conformément à la loi n'est pas une garantie de l'égalité dans la pratique ni même de démocratie participative. Ni l'une ni l'autre n'existent aux Etats-Unis. Pareil en Thaïlande.

Diverses constitutions thaïlandaises ont également reflété les luttes contre les élites dirigeantes. Les constitutions les plus démocratiques ont été écrites après la révolution de 1932 contre la monarchie et après le soulèvement de 1992 contre la dictature militaire. Cependant, dans l'ensemble, les constitutions thaïlandaises sont généralement un ensemble de règles imposées par les élites dirigeantes et la presque totalité d'entre elles, à l'exception de la première constitution post-1932, reflètent l'utilisation de la monarchie afin de donner une légitimité à la puissance de l'armée pour son intervention dans la politique. Pourtant, le rôle de l'armée dans la vie politique n'a jamais été mentionné explicitement.

La première partie de ces constitutions élitistes indique également que la Thaïlande est un "État unitaire et indivisible", ce qui est un obstacle à la réalisation de la paix dans le conflit du sud. Aussi bien la domination de la politique par les militaires que le concept ultra-nationaliste de "l'État unitaire indivisible" ont toutes deux été vigoureusement contesté par les mouvements sociaux et politiques.

La constitution écrite par les militaires en 2007, un an après le coup d'Etat qui a renversé le gouvernement élu de Taksin Shinawat, est allé plus loin dans la consolidation du rôle de l'armée. Elle absout les putschistes de tout acte répréhensible et a autorisé le pouvoir judiciaire à intervenir contre des gouvernements élus. Le pouvoir judiciaire est depuis longtemps un allié conservateur de l'armée.

Toutefois, selon l'universitaire progressif Niti Eauwsiwong, il y a un point qui est aussi intéressant, c'est que les Thaïlandais ordinaires ont une "constitution populaire" non écrite dans leurs esprits, où ils ont des vues claires sur comment la politique devraient être menée, quels que soient les constitutions élitiste formelles. Nous pourrions l'appeler "culture politique" et nous devons être conscients qu'il y a bien plus qu'une unique culture politique dans toute société.

La lutte des mouvements sociaux et des groupes politiques d'opposition est beaucoup plus importante que les constitutions pour la détermination de l'état de la liberté et de la démocratie. Une étude de l'histoire thaïlandaise révèle la présence d'une culture politique associée à la lutte pour la démocratie, la liberté et la justice. Les points forts de ces luttes comprennent la révolution de 1932, les soulèvements contre l'armée de 1973 et 1992, la rébellion du Parti communiste de Thaïlande (PCT), la révolte des musulmans malais du sud, et les luttes récentes des Chemises rouges contre le gouvernement soutenu par les militaires entre 2008 et 2011.

Aujourd'hui, les serviteurs universitaires et politiques des militaires sont en train d'écrire une autre constitution. Ce n'est pas un secret qu'il s'agira probablement de l'une des pires que la Thaïlande n’ait jamais eu. Elle va encore consacrer le pouvoir autoritaire de l'armée ainsi que des élites conservatrices et sévèrement limiter toute liberté pour élire un gouvernement démocratique. Il y aura des phrases vides de sens sur les droits des femmes et la liberté de la presse, mais cela ne sera simplement qu'un saupoudrage de sucre glace sur un gâteau empoisonné. Pourtant, cela n'empêche pas de nombreuses ONG écervelées de faire des suggestions sur la façon dont les différents droits pourraient être améliorés dans ce morceau de papier-cul politique.

Les constitutions de la Thaïlande

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Published by liberez-somyot
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