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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 11:36

Un article de Pavin Chachavalpongpun

Lien:

http://www.prachatai.com/english/node/4869

Aujourd'hui, le terme "sécurité nationale" est fréquemment exploité pour une variété de fins politiques. Comme la Thaïlande est sous le contrôle ferme du gouvernement militaire dirigé par le général premier ministre Prayuth Chan-ocha, toutes les politiques mises en place par la junte thaïlandaise ont été expliquées dans le contexte de la "défense de la sécurité nationale". Une fois que l'armée est en mesure d'expliquer certaines situations à travers ce discours de la "défense de la sécurité nationale", son comportement, bien qu'il soit naturellement illégal, peut, grâce à ce terme, devenir automatiquement légitime.

Lors de ce processus, le gouvernement militaire a donné la priorité à la nécessité d'éliminer ses ennemis... une fois de plus, expliciter cela en termes compréhensibles est un défi pour la sécurité nationale. Comme certains Thaïlandais ont maintenant commencé à contester la domination militaire, comme on peut le voir dans la campagne des Citoyens résistants (Pollamuang Tohklab), le champ de bataille contre les soi-disant ennemis de l'État a été créé. Sans aucun doute, ces deux politiques et l'attitude du gouvernement militaire sont essentiellement centrés sur la sécurité.

Protéger la nation thaïlandaise des "mauvais éléments" a été déclarée comme étant une mission nationale majeure par l'administration actuelle. Cela expliquait pourquoi le régime de Prayuth est vigoureusement intervenu contre les gens qui mangeaient des sandwichs et lisaient le livre 1984 d'Orwell en public. Cette mission répond à deux objectifs: répondre à ces dissidences par l'émotion nationaliste sous l'impulsion de l'armée en matière de sécurité nationale ainsi que légitimer le rôle de l'armée dans le domaine des affaires politiques.

Jusqu'à présent, la mise en place de la défense de la sécurité nationale a dépeint les Thaïlandais anti-junte comme étant un danger réel et présent, même si, en réalité, ce danger pourrait avoir été créé à partir de l'imagination de l'armée. Par conséquent, la sécurité nationale est menacée. Le gouvernement et l'armée de Prayuth ont dépeint ces ennemis comme étant une menace pour la stabilité de la nation thaïlandaise, et, certains d'entre eux, comme étant des antimonarchistes qui doivent être éliminés.

Pourtant, alors que l'armée a sans cesse harcelé ses ennemis, par l'arrestation, la détention ou l'inculpation par la cour martiale, elle jette aussi une autre image d'elle-même, se présentant comme une institution indispensable pour la sécurité nationale, la stabilité et, ironiquement, la protectrice de la démocratie thaïlandaise. En conséquence, la compulsion de l'armée pour repousser les ennemis afin de préserver la sécurité nationale, est toujours restée à l'ordre du jour pour le régime. Des analystes ont démontrés que le concept de sécurité nationale était étroitement lié à la légitimité de l'élite militaire et son implication dans la politique. Quand la nation est menacée, la légitimité de l'armée l'est également. Les militaires ont tendance à assimiler l'état de la sécurité nationale avec celle de leur propre sécurité. De même, face à tous les défis qui pourraient diminuer leur influence politique, ils sont prompts à expliquer l'écart comme une menace à la sécurité de la nation.

En raison de l'importance primordiale du discours sur la sécurité nationale, l'armée a cherché à manipuler les gens pour son propre avantage. C'est ainsi que les ennemis de l'armée ou la menace des factions pro-Thaksin en sont venus à jouer leur rôle. À son tour, à partir de ce point de vue, une nation en guerre contre son propre peuple semble avoir consolidé la place de l'armée dans la vie politique.

Wira Amphai a fait valoir que le terme "sécurité" ou "khwam mankhong", dans l'argot militaire thaïlandais et le discours nationaliste thaï, n'avait jamais été clairement défini. Cette notion de "sécurité nationale" ou "khwam mankhong haeng chat", est particulièrement élastique; son sens pourrait être étendu aussi loin que la protection de l'intégrité territoriale, la sécurité de la monarchie, le bouddhisme, et même les personnes.

Cela explique pourquoi les coups d'Etat militaires en Thaïlande ont connu un certain succès alors qu'ils prétendaient protéger la sécurité nationale, encore que ce qu’ils étaient censé protéger exactement était plutôt obscur. Le dernier coup d'Etat a été initialement perçu par la classe moyenne thaïlandaise comme le bon remède pour l'impasse politique en 2014. Les putschistes prétendaient que la sécurité nationale était en danger et que donc l'intervention militaire était indispensable.

Le nom du régime militaire qui gouverne la Thaïlande depuis le coup d'Etat est "Conseil national pour la paix et l'ordre" (Khana Raksa Khwam Sa-Ngob Haeng Chat), soulignant l'objectif du coup d'Etat lui-même. Cheera Khienvichit, dans son étude sur le concept de la sécurité nationale, a souligné que la définition de la sécurité nationale avait été mise au point par un petit groupe de l'élite militaire et que cette définition s'était modifié au fil du temps selon les changements survenus dans les environnements internes et externes.

Le processus d'élaboration de la politique de sécurité nationale de la Thaïlande et sa mise en œuvre ont toujours été dominé par un petit groupe de l'élite. Les valeurs fondamentales thaïlandaises ont commencé à prendre racine dans le milieu du 19ème siècle, lorsque le roi et l'aristocratie ont créé le concept de nation, religion et royauté dans la conscience nationale. Sous la domination de l'armée et de la bureaucratie, les conceptions thaïlandaises de la sécurité ont été influencées par l'idéologie militariste autoritaire. Dans les années 1990, il s'est produit un changement significatif dans la politique de sécurité nationale. Le processus de décision politique de sécurité était passé des chefs militaires vers un groupe des autorités, qui se composait du chef de l'Etat, des chefs militaires et des dirigeants civils dans des domaines connexes. Ce groupe qui s'occupait de la sécurité et qui a été formé en tant que comité, était connu sous le nom de "Conseil national pour la sécurité". Mais maintenant, il semble que l'armée a fermement repris le contrôle sur les questions de sécurité nationale.

L'histoire politique thaïlandaise a été réécrite discursivement de manière à projeter le thème de la sécurité nationale constamment défié par des soi-disant ennemis, interne et externe. Paradoxalement, l'armée thaïlandaise a continué à faire la guerre à de soi-disant ennemis extérieurs dans la région malgré le fait que la coopération régionale, par le biais de l'ASEAN, soit dans sa phase la plus mature. Par exemple, l'armée thaïlandaise a récemment déclaré la guerre au Cambodge pour des zones contestées dans lequel le temple de Preah Vihear est situé.

Depuis le coup d'Etat de 2014, certains Thaïlandais ont été désigné comme étant les ennemis les plus menaçants contre leur propre nation. Bien que cette menace semble avoir émergé depuis peu, ses racines remontent à la suite de la crise thaïlandaise prolongée dont l'origine date de presque une décennie. Durant ce temps, on a assisté à l'intrusion flagrante de l'armée dans la vie politique, afin de maintenir sa domination politique contre la montée du phénomène Thaksin.

Pavin Chachavalpongpun

Pavin Chachavalpongpun

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Published by liberez-somyot
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