Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 09:16

Un article de Giles Ji Ungpakorn publié dans le magazine australien "Red Flag"

Lien:

http://redflag.org.au/article/freedom-thailand

 

La lèse-majesté est le crime de violer la majesté, c'est une offense contre la dignité d'un souverain régnant ou contre un Etat. Cela est interdit en Thaïlande depuis 1908.

De 1990 à 2005, la Cour jugeait quatre ou cinq cas par an. Après le coup d'Etat militaire de 2006, qui a été soutenu par la famille royale, le nombre de cas est passé à une moyenne de 80 par an.

La loi n'est pas vraiment faite pour lutter contre les offenses, mais est déployée contre les militants et ceux qui s'interrogent sur le rôle de la famille royale et de l'armée dans la vie politique thaïlandaise. Des militants, des universitaires et des journalistes ont été condamnés ou ont été menacés par l'utilisation de la loi.

Giles Ji Ungpakorn, un universitaire socialiste qui a été contraint à l'exil après la publication de son livre "Un Coup d'Etat pour les Riches" (traduction en français téléchargeable sur le lien suivant: http://fr.scribd.com/doc/243049902/Un-Coup-d-Etat-Pour-Les-Riches) en 2006, fait valoir que la suppression de la lèse-majesté et le fait de se débarrasser de la monarchie et de briser le pouvoir de l'armée sont des conditions préalables pour obtenir une Thaïlande véritablement démocratique.

L'article de Giles Ji Ungpakorn:

Dans le sillage des peines de prison encore plus scandaleuses accordées aux deux jeunes militants pour lèse-majesté, il est important de continuer à dénoncer cette loi et exiger la libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques.

Ne faisons pas semblant. L'utilisation de la loi de lèse-majesté en Thaïlande est liée à la puissance et l'influence de l'armée et à l'utilisation de la monarchie par les élites thaïlandaises. Par conséquent la liberté en Thaïlande est conditionnelle à la destruction de la puissance de l'armée ainsi qu'à l'abolition de la monarchie et de la lèse-majesté. Louvoyer avec l'une ou l'autre ne fera rien pour élargir l'espace démocratique.

Les cas de lèse-majesté ne servent qu'à punir les gens qui osent critiquer le puissant établissement et le statu quo. Ils ont peu à voir avec "l'insulte à la monarchie", une expression souvent utilisée par la plupart des médias internationaux.

Il est inutile d'expliquer à la plupart des gens que la loi de lèse-majesté représente une attaque grave contre la liberté d'expression et la liberté académique. L'impact pratique est que la Thaïlande a lutté pendant des années pour atteindre une démocratie pleinement développée, une presse libre et des normes académiques internationalement acceptées dans les universités.

Les prisonniers pour lèse-majesté sont jugés par des tribunaux secrets et privés de liberté sous caution. Les juges royalistes prétendent que l'infraction est "une menace à la sécurité nationale" et "trop grave". Les peines de prison pour lèse-majesté sont draconiennes pour ceux qui n'admettent pas leur "culpabilité".

Aujourd'hui, la junte militaire juge également de tels cas dans les tribunaux militaires. Pendant ce temps, les tueurs de l'Etat comme l'auto-nommé premier ministre général Prayut, et beaucoup d'autres, ne sont jamais punis. La conséquence est qu'il n'y a pas de système de justice qui fonctionne dans ce pays.

Les dictatures thaïlandaises ont toujours utilisé l'excuse comme quoi leurs adversaires cherchaient à "renverser la monarchie" afin de massacrer des manifestants non armés en 1976 et 2010.

La lèse-majesté n'est pas seulement à propos de la censure, la violence et l'intimidation par l'Etat. L'utilisation généralisée de la loi et la promotion maniaque de la monarchie par les militaires, et d'autres, est un feu vert pour des voyous royalistes et d'autres acteurs non étatiques pour commettre des violences ou faire des menaces contre les citoyens. Elle s'applique à tous ceux qui sont simplement accusés de lèse-majesté par n'importe qui, qu'ils soient oui ou non inculpés ou jugés coupable.

Parce que l'armée a toujours eu un problème pour essayer de légitimer ses actions en citant la "démocratie", elle s'est fortement appuyée sur l'aide de la monarchie afin de se trouver une légitimité. Dans le même temps, l'armée devait également promouvoir la monarchie parce que les sentiments royalistes n'ont jamais été automatiques parmi la population thaïlandaise. Ce processus a été lancé dans les années 1960.

Aujourd'hui, les militaires revendiquent toujours qu'ils "protègent la monarchie" et qu'ils "sont les fidèles serviteurs du roi et de la reine". Nous pouvons voir les généraux poser pour des photos et prenant soi-disant leurs ordres de la royauté. Pourtant, ce sont les généraux qui sont vraiment en charge du Palais. Le Palais coopère volontiers à cet arrangement, y gagnant beaucoup de richesse et de prestige.

Si nous voulons comprendre le rôle du roi dans la société thaïlandaise, nous devons comprendre la double action effectuée par l'armée et la monarchie. Pour atteindre l'hégémonie dans la plupart des sociétés modernes, les classes dirigeantes exigent à la fois la coercition et la légitimité.

La monarchie symbolise l'idéologie conservatrice qui donne une légitimité aux actions autoritaires de l'armée et ses alliés. Il s'agit d'un double acte de "pouvoir" et de "légitimité idéologique". Lors de ce double acte, le velléitaire roi Pumibon n'a aucun pouvoir réel. Tout au long de vie gâchée en tant que roi, Pumibon n'a jamais encouragé la démocratie, la paix sociale, l'harmonie ou le bien-être des citoyens thaïlandais. Il a seulement défendu le pouvoir autoritaire et l'inégalité de la richesse brute.

C'est pourquoi nous devons nous débarrasser de la monarchie et anéantir le pouvoir des militaires.

Une manifestante contre le coup d’Etat militaire

Une manifestante contre le coup d’Etat militaire

Partager cet article

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article

commentaires