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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 08:57

Quatre années d'enfer en mer

Un article d'Ethan Harfenist et de Cheang Sokha

Lien:

http://m.phnompenhpost.com/national/four-years-hell-sea

 

Comme de nombreux Cambodgiens avant lui, Sopheap *, 29 ans, a quitté son pays d'origine pour la Thaïlande voisine à la recherche de travail et d'une vie meilleure. Son frère travaillait dans la construction et lui a suggéré de venir le rejoindre. Sopheap, convaincu, a quitté son domicile de Prey Chhor situé dans le district de Kampong Cham.

Il a ensuite contacté une agence pour être conduit en Thaïlande par un passeur, et avait prévu de rejoindre son frère afin de lui-aussi travailler dans la construction. Mais sa quête du bonheur a brusquement mis fin une fois arrivé au Pays du Sourire. Après avoir perdu contact avec son frère, Sopheap s'est vu proposer, à la place, de travailler sur un bateau de pêche. Il a accepté, en dépit du fait qu'il n'avait jamais travaillé comme pêcheur auparavant.

"On m'a ensuite emmené pour travailler comme pêcheur sur un bateau thaïlandais", a déclaré Sopheap lors d'une interview ayant eu lieu à Tual en Indonésie.

"On m'avait affirmé qu'après seulement 15 jours de travail, je pourrais rentrer chez moi."

Mais ces 15 jours se sont transformés en plus de quatre années de travail non-stop, sous des conditions infernales et des menaces faites par ses ravisseurs et d'autres pêcheurs.

Sopheap fait partie des plus de 300 pêcheurs-esclaves birmans, laotiens et cambodgiens libérés de plusieurs bateaux de pécheurs esclavagistes thaïlandais par les autorités indonésiennes au début du mois dernier à Benjina, un village reculé situé dans l'est de l'archipel, à la suite d'un rapport accablant fait par l'Associated Press. L'enquête a exposé les conditions de quasi-esclavage pour ceux qui sont détenus par force à Benjina et doivent travailler comme esclave sur des bateaux de pêche appartenant à des Thaïlandais. Ils n'étaient nourris que d'amuse-gueules, de riz et de curry et étaient mis en cage afin qu'ils ne puissent pas s'enfuir.

"Sur le bateau, il y avait 17 travailleurs - parmi eux, cinq étaient des Cambodgien [esclaves], et le reste étaient des Thaïlandais [libres]", a déclaré Sopheap. "Nous étions parfois menacés par les travailleurs thaïlandais. . . Nous vivions dans la peur sur le bateau, mais nous n'avions pas le choix. . . Nous devions rester patient et continuer à travailler dur".

A Tual, 58 Cambodgiens - beaucoup d'entre eux probablement victimes de la traite des esclaves - attendent de rentrer chez eux. "Les fonctionnaires de l'ambassade du Cambodge à Jakarta nous ont visité deux fois, dit Sopheap, et ils ont promis aux pêcheurs qu'ils pourraient rentrer au pays au début de mai prochain.

Joe Lowry, un porte-parole de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), a confirmé mercredi que le personnel de l'ambassade avait "rendu visite à tous les Cambodgiens [à Tual]. . . Ils ont commencé à vérifier la citoyenneté [des pêcheurs-esclaves] et leurs documents de voyage".

Cependant, l'OIM a récemment découvert que, parmi les 210 hommes de nationalité inconnue à Benjina, il se trouvait 36 Cambodgiens. Ces derniers attendent encore une visite de leur gouvernement.

Nous n'avons pas encore pu joindre un porte-parole du ministère cambodgien des Affaires étrangères pour qu'il nous explique ce fait.

Aux États-Unis, l'ONG Freedom House a présenté, mercredi dernier, un témoignage lors d'une audition au Congrès des Etats-Unis sur l'esclavage, "une note de rang dans la lutte contre la traite des êtres humains", épinglant la réponse du gouvernement cambodgien envers cette question, mais a ajouté que le pays commençait à prendre des mesures afin d'aborder ce problème.

"Des niveaux élevés de corruption et de mauvaise règle du droit au Cambodge continuent à favoriser un environnement prospère pour le trafic interne et transfrontalier", a écrit le président de Freedom House, Mark Lagon.

Il a ajouté, cependant, que le Cambodge avait restructuré son Comité national pour la lutte contre la traite et qu'il était "encourageant de voir le gouvernement du Cambodge prendre davantage de mesures pour lutter contre la traite [des esclaves], mais que cependant, plus de pression devaient être mises en place".

Le porte-parole du gouvernement [cambodgien], Phay Siphan, a rejeté les demandes de Freedom House, en disant qu'il "n'avait pas confiance en [cette organisation] parce qu'elle travaille pour quelqu'un d'autre". Il a cité les lois du Cambodge sur la traite [des esclaves] comme étant la preuve que le gouvernement essayait de lutter contre cette pratique.

Mais pour ceux qui ont passé des années à vivre comme des esclaves, tout ce qu'ils peuvent penser est de revenir au pays.

Taing *, 27 ans, un autre Cambodgien originaire de Chi Kraeng, un quartier de Siem Reap, a été asservi sur un autre bateau [thaïlandais] pendant six ans.

"Sur ce bateau, je travaillais très dur et il n'y avait pas de temps pour se détendre," a-t-il témoigné. "Dans une période de un ou deux mois, nous ne sommes allés à terre que pour quelques jours. Mais alors nous sommes retournés à la mer pour de plus amples pêches".

"Je veux retourner au Cambodge. . . Je veux travailler et aider mes parents", a-t-il ajouté, affirmant qu'il ne voulait jamais travailler à l'étranger de nouveau.

Pour Sopheap, son retour n'est pas assez rapide.

"Cette expérience a été si douloureuse pour moi," a-t-il dit. "Je ne pourrai jamais repartir travailler [à l'étranger]."

* Les noms des victimes ont été changés pour protéger leurs identités.

Les esclaves après leur libération par les autorités indonésiennes

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Published by liberez-somyot
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