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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 13:37

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien:

https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/05/03/buddhism-and-marxism/

 

Suite aux récents commentaires du Dalaï Lama comme quoi il serait un "marxiste", il est intéressant de comparer le bouddhisme et le marxisme.

Aussi bien le bouddhisme que la philosophie marxiste ont des influences venues d'une vieille ascendance des anciennes civilisations indiennes et grecques, en particulier de la branche de la philosophie de cette époque qui met l'accent sur "l'état naturel du changement".

Les idéologies et les philosophies conservatrices ont tendance à mettre l'accent sur "l'ordre naturel des choses" et le "manque de changement" ou "l'impossibilité du changement". Ainsi, il serait dans l'ordre naturel des choses qu'il y ait des riches et des pauvres, des gouvernants et des gouvernés et que ceux au pouvoir soient nommés du ciel.

L'idée que le changement soit naturel peut être interprétée d'une manière révolutionnaire.

Le marxisme accorde beaucoup d'importance à la "dialectique", une ancienne philosophie grecque. Selon la dialectique "la vérité ne peut être comprise que comme un tout" et "dans ce tout le changement est constant et naturel". Qui plus est, "le changement a lieu parce que de dans toute situation vue d'ensemble, nous pouvons voir des contradictions qui sont le moteur du changement". Le changement peut également prendre place par étape, de la quantité à la qualité. Quand un changement qualitatif a lieu, la société change fondamentalement. Mais ces changements sont sans fin car de nouvelles contradictions interviennent tout le temps.

Si nous regardons la société capitaliste il y a beaucoup de contradiction qui aident à apporter des changements. Le capitalisme possède une contradiction interne qui provoque constamment des crises économiques. Certaines classes dirigeantes capitalistes sont en désaccord avec d'autres, ce qui provoque des guerres et de l'impérialisme. Enfin, et surtout pour la libération de l'humanité, il y a une contradiction fondamentale entre les travailleurs et les capitalistes dans la société capitaliste et cela, c'est la lutte des classes. La lutte des classes détermine le degré de liberté et d'égalité dans la société.

Pour le marxisme, la lutte des classes est le facteur qui a conduit à des changements dans la société humaine à travers les âges. Mais cela n'est en rien automatique. Le changement n'a lieu que parce que les humains luttent collectivement pour cela. Cependant, ils ne bénéficient pas du luxe de choisir les circonstances dans lesquelles ils se battent. Ces dernières sont déterminées par l'histoire d'avant et le niveau de développement matériel de la production ou de la façon pratique dont les humains sont capables de survivre et de se soutenir. Ceci est le "matérialisme historique" et il est le jumeau inséparable de la "dialectique".

Par conséquent, les marxistes croient que le changement est une synthèse de l'action humaine, des idées humaines, de la lutte collective et des circonstances matérielles réelles du monde. Le marxisme est la pratique de la libération humaine.

Le bouddhisme souligne également le fait que "le changement est naturel". Les trois marques de l'existence du bouddhisme ou la "trilaksana" sont constitués de "l'anicca" ou l'impermanence, la "dukkha" ou la force naturelle qui conduit à changer et l'impermanence ou "l'anatta" qui est l'idée que les choses ont pas de nature fixe, d'essence, ou de "moi", et ne peuvent pas être commandées par nous.

Le bouddhisme peut parler de changement constant et naturel, mais il ne s'agit pas de contester l'ordre social. Il vise à nous entraîner à accepter le changement constant et au "laisser aller". Après tout, selon l'idée de "l'anatta" nous ne pouvons pas influencer ou commander le changement. Nous ne pouvons qu'apprendre à l'accepter et à réduire la souffrance que nous éprouvons face au monde réel. Le bouddhisme élève la "pensée" au-dessus de la réalité matérielle du monde parce que la pensée correcte peut nous sauver de la souffrance causée par le monde matériel. Il est "idéaliste", pas "matérialiste".

Il s'agit d'une philosophie individuelle tournée vers l'intérieur. Il peut être utile dans la réduction de notre souffrance personnelle si nous sommes enfermés en prison pendant des années à cause de la draconienne loi de lèse-majesté, mais il ne pourra pas abolir la lèse-majesté ou empêcher que d'autres personnes soient emprisonnées dans le futur. Ce n'est pas une philosophie de lutte collective pour changer le monde. C'est une philosophie sur la façon dont un individu peut essayer de faire face aux horreurs du monde. La pratique de faire le mérite, la croyance dans le karma et la pratique d'entrer dans la vie monastique sont également des actes individuels qui sont tournées vers l'intérieur.

Certains utopistes affirment que si, selon les enseignements bouddhistes, nous changions tous pour le mieux et arrêtions d'opprimer les autres et de provoquer leur souffrance, le monde serait un meilleur endroit pour vivre. Mais ceci est le genre de vœu pieux commun à toutes les religions. Il ne tient pas compte des inégalités de pouvoir au sein de la société de classe et n'a jamais provoqué de changements sociaux.

Il y a de nombreux cas où des moines bouddhistes progressistes ont rejoints la lutte pour la démocratie et l'égalité sociale. Les moines en Birmanie, ceux qui sont partisans des Chemises rouges de Thaïlande et les moines de gauche au Laos pendant la guerre américaine sont de bons exemples. Mais il est difficile de trouver un lien entre ces luttes progressistes et la philosophie du bouddhisme. Ce que cela démontre, cependant, c'est que les gens ont souvent beaucoup d'idées philosophiques dans leurs têtes et que le bouddhisme ne doit pas être un obstacle à la lutte progressive. Pourtant, il existe aussi des mouvements de moines bouddhistes réactionnaires et racistes. Les meilleurs exemples se trouvent en Birmanie et au Sri Lanka.

Le bouddhisme ne propose pas de solutions pour changer la société. Voilà sans doute pourquoi le Dalaï Lama, tout en prétendant être un marxiste, nie également être léniniste. Avec ce déni, il tourne le dos à la nécessité de l'organisation politique collective dans le but de renverser le statu quo.

Bouddhisme et marxisme

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Published by liberez-somyot
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