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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 08:50

Un article de Robert Amsterdam

Lien:

http://robertamsterdam.com/one-year-after-the-coup-thailand-languishes-in-darkness/

 

Le coup d'Etat militaire thaïlandais du 22 mai 2014 avait été préparé depuis des mois, voire des années. Depuis la victoire électorale concluante de la Première ministre Yingluck Shinawatra en Juillet 2011, il était clair - pour tous ceux qui étaient prêts à le voir - que l'engagement réel de la population thaïlandaise envers la démocratie était voué à être usurpé par l'établissement des riches et de leurs sbires retranchés derrière l'armée thaïlandaise.

Cet établissement - connu en Thaïlande sous le nom d'amaart - avait sombré de plus en plus dans le désespoir depuis l'élection de juillet 2011 et avait utilisé tous les trucs possibles afin de déloger le gouvernement démocratiquement élu du peuple thaïlandais. Aucun sens moral ne semblait pouvoir les arrêter alors que, pour renverser le gouvernement de la Première ministre Yingluck, ils ont utilisé de grandes catastrophes naturelles (NDT: les inondations de 2011, voir l'article de Florence Compain écrit à l'époque sur http://www.lefigaro.fr/international/2011/10/25/01003-20111025ARTFIG00657-la-thailande-a-la-merci-d-un-coup-d-etat-aquatique.php), éliminé le peu qui restait de la crédibilité de l'appareil judiciaire thaïlandais et utilisé ouvertement certains des gangsters les plus vicieux du pays afin de terroriser les habitants de Bangkok pendant les protestations ouvertement anti-démocratiques du "PDRC" dans les mois qui ont précédé le coup d'État.

La clé chorégraphie servant soigneusement de toile de fond théâtrale à tout cela était la volonté de l'amaart de débarrasser le pays d'un système de subventions agricoles très populaire - le riz engageant la politique - tandis que les médias occidentaux tombaient dans le piège de l'établissement thaïlandais et affirmaient que cette redistribution de la richesse était une "catastrophe économique". Le fait qu'aucun régime de subvention agricole sur la terre n'ait été organisé pour apporter des bénéfices aux gouvernements qui les avait mis en place (NDT: notamment aux USA et en France ou les régimes de subventions agricoles ne sont là que pour aider les agriculteurs) semblait avoir été oublié dans un besoin désespéré de trouver une sorte de rationalisation pour expliquer "pourquoi" un coup d'Etat était nécessaire. Que ce programme politique de subvention du riz ait bénéficié d'un tel écrasant mandat démocratique de la part du peuple thaïlandais lors de l'élection de juillet 2011 a été encore plus la cause de sa destruction ainsi que de celle du gouvernement de Yingluck.

Mais le définisseur clé du coup d'Etat de mai 2014 est le fait qu'il était l'ultime acte désespéré d'une amaart thaïlandaise en train de réaliser que son influence et son emprise sur les événements était en danger d'effondrement complet. L'intervention militaire elle-même était la concrète et vivante expression du déclin inévitable de l'amaart vers l'insignifiance.

Depuis le coup d'Etat de mai 2014, la Thaïlande a sombré dans une version de la Corée du Nord encore plus sombre et absurde, avec des spas de luxe et un général de l'armée se pavanant, Prayuth Chan-ocha, qui joue le rôle connu d'un dictateur dément et draconien.

Des menaces publiques contre les journalistes à l'interdiction de manger publiquement des sandwichs, la règle du général Prayuth a également été marquée par des arrestations massives et arbitraires, de tribunaux militaires pour les civils et de torture pour les dissidents. La capacité de Prayuth à passer de la comédie surréaliste aux arts les plus sombres de la dictature militaire a réduit le statut de la Thaïlande à celui d'un paria international. La réputation de son peuple épris de démocratie a ete terrassé par des dirigeants incompétents, illégitimes et odieux.

Et que se passe-t-il pour les dirigeants choisis et légitimes du peuple thaïlandais? En ce moment, le dernier acte de la farce tragique de l'amaart est la poursuite pénale de l'ancienne Première ministre Yingluck sur des accusations de "corruption" à cause du régime de subvention du riz que son gouvernement avait été chargé de mettre en œuvre par le peuple thaïlandais lui-même. Le tribunal a même fait clairement entendre que Yingluck n'était pas jugée pour une quelconque "corruption" personnelle, mais pour avoir omis de prévenir des "pots-de-vin présumé" à l'intérieur du régime lui-même. Pourtant, malgré près d'un an d'enquête, il a été prouvé que les "pots-de-vin présumé" n'avait eu lieu qu'au coup par coup et à relativement petite échelle, tombant ainsi dans les paramètres de "corruption" d'autres nations (NDT: USA, France) lors de tels régimes de subventions. La différence évidente est que ces nations vont directement punir le petit nombre de criminels impliqués dans de tels pots-de-vin et n'utilisent pas de tels crimes comme une justification pour renverser la démocratie, la primauté du droit et réclamer l'intervention des militaires contre leurs peuples.

Certains observateurs ont perçus à tort le procès de Yingluck comme étant une vendetta contre les Shinawatras, à défaut de voir que l'objectif plus large de ce procès est, en fait, une vendetta contre le peuple thaïlandais et la démocratie elle-même. En fait, le message est que si le peuple thaïlandais continue à voter massivement pour des licites politiques de redistribution, l'amaart restera plus que disposée à recourir à la force brutale pour écraser ses choix démocratiques, emprisonner ses dirigeants et suspendre la règle du droit.

Le procès de Yingluck est une tentative de cimenter la destruction de la démocratie thaïlandaise et de "discipliner" les attentes du peuple thaïlandais. Alors que l'amaart thaïlandaise cherche à contrôler le passé de la nation en couvrant son rôle lors de crimes terribles comme le massacre de 2010 à Bangkok, elle veut aussi contrôler le futur en faisant clairement comprendre que la démocratie véritable ne sera pas tolérée et que tout gouvernement cherchant à travailler selon un mandat démocratique pourra être poursuivi à tout moment par des moyens illégitimes.

Pourtant, un an après la dernière attaque de l'amaart contre son propre peuple, l'établissement thaïlandais n'a toujours pas réalisé que le sol sous ses pieds diminuait rapidement. La volonté du peuple thaïlandais n'a pas été brisée et son désir de démocratie et de responsabilité est toujours présent. Ceci est la vraie leçon du coup d'Etat du 22 mai 2014.

Un an après le coup d'Etat, la Thaïlande piétine dans l'obscurité

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Published by liberez-somyot
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