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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 13:31

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien:

http://redthaisocialist.com/thailand-news-update-in-english/773-pro-democracy-students-throw-down-a-challenge-to-all-of-us-and-themselves.html

 

Les courageux jeunes militants étudiants pro-démocratie, qui se surnomment le "Mouvement de la Nouvelle Démocratie" et les étudiants "Dao-Din", ont jeté un défi pour nous tous et aussi à eux-mêmes. Dans une déclaration lue la veille de leur arrestation afin d'être jugés par un tribunal militaire pour avoir seulement demandé pacifiquement la liberté et la démocratie, ils ont fait l'appel suivant pour nous tous qui souhaitons la fin de cette vile dictature militaire:

"Nous comprenons très bien que vous ne vous sentiez pas prêt à sortir et à lutter ouvertement. Nous comprenons que la peur soit présente dans vos cœurs. Nous connaissons également la peur. Mais vous ne pouvez rester plus longtemps silencieux et inactif, car en faisant cela face à l'utilisation illégitime du pouvoir par la junte, vous vous retrouvez à cautionner le régime par votre silence. Notre lutte d'aujourd'hui sera dénuée de sens si vous restez passif. Vous pourriez ne pas sentir que la situation a eu un impact négatif sur vous en ce moment, mais nous savons tous que cela ne pourra pas rester éternellement le cas. N'attendez pas qu'il ne soit trop tard et qu'il n'y ait plus personne qui soit prêt à se battre".

Une chose est claire: il ne suffit plus de faire l'éloge de ces jeunes militants et de leur souhaiter du bien. Si nous demeurons de simples spectateurs observant la défiance symbolique de la junte par les étudiants, la dictature ne pourra jamais être renversée.

Mais faire seulement un appel à l'action de la façon dont ces militants l'ont fait, ne se traduira pas automatiquement par un soulèvement de masse contre les militaires. L'acte de simplement écrire ce court article que vous lisez en ce moment ne conduira lui-aussi pas à un soulèvement.

Nous devons tirer les leçons du soulèvement du 14 octobre 1973 contre la dictature, où un demi-million d'étudiants et de travailleurs sont sortis dans les rues de Bangkok et ont bravé les chars ainsi que les fusils et ont battu l'armée. Ce soulèvement a été déclenché par les arrestations de militants pro-démocratie. Mais il y a certaines différences cruciales.

Nous ne pouvons évidemment ignorer la stupidité infantile du généralissime Prayut quand il a dit "qu'aujourd'hui ne ressemble pas au 16 octobre". En Thaïlande, les gens qui se réfèrent au "16 octobre" font preuve d'une ignorance totale de l'histoire thaïlandaise. Le soulèvement contre l'armée dans les années 1970 a eu lieu le 14 octobre de l'année bouddhiste 2516 (1973). Le retour en arrière répressif qui a détruit les libertés durement acquises a eu lieu trois ans plus tard, le 6 octobre de l'année bouddhiste 2519 (1976). La date du "16 octobre" n'a donc pas de sens. Malgré tout son nationalisme thaï, Prayut ne connait rien de l'histoire thaïlandaise.

Mais nous devons prendre au sérieux une vue erronée parmi certains des étudiants militants aujourd'hui qui croient que la différence entre 1973 et aujourd'hui est le pouvoir des médias et de l'internet. Certes, il n'y avait pas d'internet à cette époque, mais les gens savaient quand même ce qui se passait.

Une des leçons les plus importantes du soulèvement du 14 octobre 1973 est qu'il n'est pas seulement arrivé comme cela. A cette époque, les étudiants et les travailleurs possédaient des organisations de masse et la colère face à la répression militaire a touché ces organisations et cela a abouti à un demi-million de personnes dans les rues. Ajouté à cela, il y avait l'influence politique du Parti communiste dans l'élaboration d'une critique claire et unifiée de la société, même si ce parti n'a joué qu'un petit rôle dans l'organisation de l'insurrection elle-même.

Ce que nous devons de toute urgence mettre au point est une organisation de masse. Les Chemises rouges étaient un mouvement de masse, mais la direction de l'UDD a gelé le Mouvement des Chemises rouges. Il appartient à chacun d'entre nous de relever le défi et de reconstruire un mouvement de la démocratie qui pourrait éventuellement répondre à l'appel lancé par les étudiants d'aujourd'hui.

L'absence d'un parti politique de gauche soulève également des difficultés. Les généraux idiots peuvent prétendre "qu'ils savent qui soutient les étudiants", mais ceci n'est juste qu'un de leurs mensonges habituels. Malheureusement, il n'existe pas d'organisation soutenant les étudiants. Si nous observons la société thaïlandaise, nous constatons que les soi-disant ONG du "Mouvement Populaire" sont aveuglées par leur adhésion post-communiste aux simples questions. Beaucoup d'entre-elles soutiennent même la junte. Le Comité de solidarité syndicale peut faire un appel futile à Prayut pour qu'il augmente le salaire minimum tout en refusant de s'opposer à la junte. Beaucoup d'autres militants des simples questions font de même.

Mais les étudiants "Dao Din" sont allés au-delà des simples questions. Ils militent pour les droits fonciers et contre la dictature en même temps. Une telle approche est d'une importance vitale. L'insurrection du 14 octobre 1973 liait le mécontentement des questions sociales et économiques à la lutte contre les militaires. C'est pourquoi elle a été si puissante.

Aujourd'hui, le défi pour nous tous, mais aussi pour les étudiants actifs dans la lutte, est de savoir si nous pouvons tous contribuer à la reconstruction d'un mouvement de masse pour la démocratie qui rassemble ensemble toutes les questions pressantes de la société.

 

Les étudiants "Dao Din"

Les étudiants "Dao Din"

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Published by liberez-somyot
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