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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 07:05

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien:

http://redthaisocialist.com/thailand-news-update-in-english/770-a-coup-for-the-rich-revisited.html

 

La junte du généralissime Prayut a annoncé qu'elle allait supprimer le salaire minimum national de 300 bahts par jour (environ 8 euros) qui avait été introduit par le gouvernement précédent de Yingluck. Au contraire, elle veut revenir au système "flottant" de salaire minimum favorisé par des fanatiques du marché libre comme Pridiyatorn Devakul. Ce soi-disant système "flottant" de salaire minimum permet aux hommes d'affaires et aux responsables gouvernementaux dans chaque province de fixer un salaire minimum local en fonction de leurs intérêts. Même si ces comités provinciaux sont censés avoir une représentation syndicale, en pratique, certains sont composés de syndicaux comparses des employeurs alors que d'autres n'ont pas de véritables représentants syndicalistes du tout. Cela permettra d'accroître l'inégalité dans tout le pays.

Le vice-Premier ministre pour les affaires économiques, Pridiyatorn Devakul, a affirmé que la baisse des exportations thaïlandaises au cours des 4 dernières années serait due à la politique salariale de 300 baht minimum. Il n'y a absolument aucune preuve de cela et le déclin dans les exportations et les importations a été expérimenté dans toutes les grandes économies émergentes (voir le graphique ci-dessous). La véritable cause est la crise économique mondiale.

Graphique économique

Graphique économique

La leçon de la crise économique thaïlandaise et asiatique de 1997 est que la faible rémunération ainsi que la faible stratégie d'exportation de la technologie, suivie par la plupart des gouvernements thaïlandais depuis des décennies, a rendu le pays non compétitif, car il a dû rivaliser avec de nouveaux arrivants de pays à bas salaires sur le marché de l'exportation comme le Vietnam, la Chine et le Bangladesh. Qui plus est, les politiques néo-libérales de libre marché des gouvernements militaires et civils précédents avaient permis à une bulle spéculative de croître en raison de la suppression des contrôles et de la baisse de la rentabilité des secteurs productifs de l'économie.

Ajouté à cela, les bas salaires des travailleurs thaïlandais ont prouvé que lorsque les exportations ont chuté en 1996, le pouvoir d'achat des citoyens du pays n'a pas été assez fort pour sauver les entreprises en difficulté par la substitution de la demande intérieure afin de remplacer la perte des exportations.

Aujourd'hui, alors que les exportations thaïlandaises sont en chute libre, réduire le pouvoir d'achat des travailleurs thaïlandais ne peut qu'aggraver les choses. Cela ne fait qu'exposer une "course à la stratégie du pire" poursuivie par les néolibéraux de la junte militaire. Cela n'est qu'un retour en arrière afin de faire de la Thaïlande un pays à bas salaire et à faible technologie, en bref, un pays sous-développé. La consommation intérieure sera sérieusement réduite à cause des bas salaires et ne pourra pas compenser la baisse des exportations, comme lors de la dernière récession.

Mais la question la plus importante est que les salaires actuels sont encore beaucoup trop faibles pour permettre aux travailleurs de profiter d'un bon niveau de vie. Trois cents bahts par jour ne sont pas suffisants pour beaucoup de gens. Le niveau d'inégalité économique en Thaïlande est inacceptable. Pourtant, les généraux et les fonctionnaires royalistes, qui n'ont jamais eu à vivre avec 300 bahts par jour, affirment constamment aux travailleurs que leurs salaires sont trop élevés. Depuis le coup d'Etat de l'année dernière, ces élites se sont offert d'énormes augmentations de salaire ainsi que d'autres avantages. Elles ont mis en place un budget militaire pléthorique et ont multiplié les problèmes économiques du pays du fait de l'incertitude due à la poursuite de l'oppression contre toutes les critiques de la junte et la militarisation de toutes les branches de l'administration.

Bien sûr, la junte et ses laquais affirment tous suivre l'économie de suffisance du Roi. Mais cette idéologie d'économie de suffisance n'est qu'une idéologie néolibérale qui vise à préserver les inégalités économiques, car il y est dit que les pauvres doivent s'adapter à leur pauvreté tandis que les riches peuvent rester riches. Cette idéologie réactionnaire a été constamment promue par les deux juntes militaires, celle du coup d'Etat de 2006 et celle du coup d'Etat de Prayut de l'année dernière. Ma critique envers l'idéologie d'économie de suffisance dans mon livre anti-dictature a été la principale raison pour laquelle j'ai été inculpé de lèse-majesté en 2008.

Après le coup d'Etat militaire de 2006, j'ai écrit dans mon livre, "Un coup d'État pour les riches", que le nouveau cabinet nommé par les militaires était bourré de néo-libéraux. "Le ministre des Finances, Pridiyatorn Devakul, était un homme qui croyait en la "discipline fiscale néo-libérale". Il était opposé à "trop de dépenses" pour la santé publique. Après le coup d'État, le bureau du Budget réduisit de 23% les dépenses pour le système de protection de la santé du Thai Rak Thai tandis qu'il augmentait de 30% celui de la Défense. Pridiyatorn menaça d'abandonner de nombreux projets de transports publics destinés à régler les problèmes de circulation de Bangkok..."

Aujourd'hui, Pridiyatorn est de retour au sein du gouvernement, désireux de pousser de l'avant avec des politiques encore plus néo-libérales, comme l'introduction de "co-paiements" pour le système de soins de santé actuellement en place. La junte a déjà privatisé encore plus d'universités, tout comme l'avait fait la junte précédente de 2006.

Prayut, le chef de la junte, a également fait certains commentaires racistes désagréables pour justifier son opposition à un salaire minimum national. Tout d'abord, il a débité le non-sens néo-libéral habituel à propos des soi-disant "hauts salaires" en Thaïlande qui effrayaient les investisseurs. Pire que cela, il a essayé de jouer la carte raciste en disant qu'il était "mal" que les travailleurs migrants étrangers aient été les principaux bénéficiaires du salaire minimum de 300 bahts. Ceci est un moyen politique classique pour tenter de détruire la solidarité à l'intérieur de la classe ouvrière. En réalité, la Thaïlande a une pénurie de main-d'œuvre et a besoin des travailleurs en provenance des pays voisins. De toute façon, ils sont généralement très mal traités et ne touchent jamais le salaire légal. En ce qui concerne les investisseurs, de nombreuses grandes entreprises étrangères, dans l'industrie automobile et la haute technologie de l'industrie de l'électronique, payent des salaires bien au-dessus du salaire minimum pour les travailleurs qualifiés. Ce ne sont que les ateliers domestiques, souvent clandestins, et qui ne disposent que de peu d'investissement, qui pourraient se plaindre du salaire 300 bahts.

Les syndicalistes thaïlandais doivent s'unir dans la solidarité entre les différentes nationalités et ils ont besoin de lutter pour un niveau de vie décent avec la liberté et la démocratie qui vont avec.

Vous pouvez télécharger la traduction française du livre "Un coup d'État pour les riches" à partir de ce site .....

http://redthaisocialist.com/download-/77-francais/671-un-coup-detat-pour-les-riches.html

"Un coup d'État pour les riches" revisité

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Published by liberez-somyot
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