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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 17:25

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien:

https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/08/23/thailands-disorganised-left/

 

Il y a quarante ans, des partis politiques de gauche en Thaïlande avaient réussi à obtenir 14,4%, soit 2,5 millions de voix lors de l'élection législative de 1975. Trois principaux partis de "gauche" étaient représentés au parlement. Il s’agissait du Parti socialiste, du Front socialiste et de Palang Mai (Nouvelle Force). Ces partis avaient remporté de nombreux sièges dans le Nord et le Nord-est du pays. En dehors de l'arène de la politique légale, le Parti communiste de Thaïlande (PCT) avait une influence énorme parmi les étudiants ainsi que chez les travailleurs militants et le PCT avait établi le programme idéologique des partis socialistes légaux représentés au parlement.

Beaucoup de gens étaient conscients des soulèvements dans le monde qui avaient lieu depuis 1968. Les luttes menées par les militants thaïlandais faisaient également partie de cette vague de radicalisme et ont conduit au soulèvement de 1973 qui a renversé la dictature militaire de Tanom Kittikajorn. Le 14 octobre 1973, un demi-million de personnes, principalement des jeunes étudiants du secondaire et de l'université, mais aussi les travailleurs ordinaires, ont protesté autour du monument de la démocratie. La vague de révoltes étudiantes et l'activisme chez les jeunes en Europe occidentale et aux États-Unis étaient l'inspiration qui a enflammé les luttes de gauche dans les années 1970 en Thaïlande. Les idées libertaires de gauche des mouvements occidentaux ont pénétrées la société thaïlandaise par la voie de bulletins de nouvelles, d’articles, de livres, de la musique et du retour des étudiants thaïlandais de l'Occident, spécialement des étudiants d'art en première instance. La victoire des partis communistes en Indochine, après que les Etats-Unis aient commencé à perdre la guerre du Vietnam, et la Révolution culturelle de Mao, ont également eu un impact massif en allumant des luttes pour une société nouvelle en Thaïlande.

Comme toujours, la classe dirigeante thaïlandaise a réagi avec violence contre le mouvement de gauche croissant, en utilisant des voyous armés, des soldats et la police. Le summum de cette violence a été le massacre de l'Université Thammasart le 6 octobre 1976. Cela a détruit l'espace démocratique créé par le soulèvement de 1973 et a conduit directement à une intensification de la lutte armée menée par le PCT dans la campagne. Des milliers de militants urbains et d’étudiants se sont rendus dans les bases du PCT.

Mais le problème avec la stratégie maoïste du PCT était qu’elle avait plus ou moins abandonné la ville et la classe ouvrière. Le PCT a fait valoir que, puisque les villes étaient le centre du pouvoir de la classe dirigeante, une victoire communiste en Thaïlande ne pourrait s’obtenir qu’en entourant les villes avec des "zones libérées". Leur stratégie maoïste signifiait qu'ils n’avaient jamais, à aucun moment, prévu de résister à la réaction de la droite à Bangkok. Pourtant, depuis 1932, tous les changements sociaux importants avaient eu lieu suite aux luttes dans les zones urbaines, en particulier à Bangkok. Le PCT était également un " modèle archaïque" de parti stalinien autoritaire et cela ne collait pas très bien avec les vues libertaires de nombreux étudiants. En plus de cela, la lutte par l’intermédiaire des petits paysans, que les maoïstes favorisaient, n’était fondamentalement qu’une lutte défensive et conservatrice pour survivre, pas une lutte pour bâtir une société future.

Ce qui a été absent de la stratégie du PCT dans les années 1970 a été une tentative de construire un parti des travailleurs urbains afin qu'il puisse organiser des grèves massives. Auparavant, le PCT avait eu une certaine influence parmi les syndicats et de grandes grèves se sont produites. Cependant, son virage maoïsme a changé les priorités du parti.

Ce désintérêt pour la classe ouvrière est également apparu lors de la stratégie des Chemises rouges de l’UDD pour mettre à bas la dictature en 2010. À aucun moment il n’a été envisagé de bâtir une organisation parmi les travailleurs démocratiques qui aurait pu organiser des grèves afin d’arrêter les tirs de l'armée contre les manifestants dans la rue.

Aussi bien le PCT que les Chemises rouges ont été défaits à cause de cette faiblesse.

La lutte armée rurale du PCT a échoué au milieu des années 1980 et le parti s’est effondré lorsque des événements internationaux ont commencé à saper le stalinisme et le maoïsme comme courant mondial.

Trois ans après 1976, le gouvernement a décrété une "amnistie" pour ceux qui étaient partis combattre aux côtés des communistes. Cela a coïncidé avec des scissions et des disputes entre les militants étudiants et les dirigeants conservateurs du PCT. En 1988, les militants étudiants étaient tous retournés à la ville alors que le PCT s’effondrait. La Thaïlande était revenue à un système presque complet de démocratie parlementaire, mais à une condition particulière: c’était une démocratie parlementaire sans partis de gauche.

L'effondrement du PCT a entraîné un changement d'idéologie parmi les militants vers des idées autonomistes et une politique de pression des ONG. Les militants ouvriers de gauche se sont tournés vers le syndicalisme et ont rejeté la nécessité de construire un parti. Le Parti Thai Rak Thai de Taksin a alors été en mesure de monopoliser la direction politique des pauvres à travers ses politiques populistes et grâce au leadership des Chemises rouges de l’UDD. Cela signifie que les nouvelles générations de militants ne cherchent pas à bâtir un parti politique de la classe ouvrière et des petits agriculteurs. Les idées autonomistes dominent parmi les nouveaux militants étudiants qui s’opposent à la junte.

Nous en payons le prix aujourd'hui, étant donné que Taksin et les dirigeants de l'UDD ont capitulé devant les militaires.

D'Athènes et de Madrid à Bangkok les questions importantes pour les militants sont la manière de construire des partis révolutionnaires indépendants, comment se comporter envers la classe ouvrière et la façon de placer la lutte des mouvements sociaux au-dessus de la politique purement électorale.

La gauche désorganisée de Thaïlande

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Published by liberez-somyot
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