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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 17:49

Un article de Lee Jones

Lien:

http://asiapacific.anu.edu.au/newmandala/2015/08/21/thai-junta-turning-tragedy-to-farce/

 

Dans la foulée de l'attentat de Bangkok, tout ce que nous avons vu est une enquête caractérisée par l'incohérence et l'incompétence.

Bien que sympathisant comme tout le monde avec la Thaïlande et les victimes de l'attentat de cette semaine au sanctuaire d'Erawan à Bangkok, nous devons aussi reconnaître que la réponse des autorités thaïlandaises transforme une tragédie en une farce.

L'hôte de déclarations contradictoires émanant de la police et, en particulier, du dictateur erratique et incompétent, le général Prayuth Chan-ocha, suggère un désarroi interne grave, ce qui rend difficile de savoir si les auteurs seront capturés ou non.

Il y a eu au moins trois grandes sources de confusion. La première est la nature des auteurs. Initialement, ils étaient censés être Thaïs: Prayuth a instantanément lié l'attentat à un groupe "d’opposition" (sous-entendu les Chemises rouges) basé dans le Nord-est de la Thaïlande. Le porte-parole du régime a rapidement fait marche arrière, disant qu'ils pourraient être étrangers.

Suite à la diffusion de séquences de vidéosurveillance extrêmement granuleuse montrant un individu en T-shirt jaune laissant un sac à dos dans le sanctuaire, la police a rapidement déclaré - sans aucun fondement apparent – qu’ils recherchaient un homme de "race blanche" ou ressemblant à un "Arabe" (sic).

Toutefois, le conseiller du vice-Premier ministre pour la sécurité a déclaré plus tard qu'il était difficile de savoir si le suspect était un homme ou une femme. La diffusion d'un portrait-robot confirme apparemment son sexe, mais certainement pas son appartenance ethnique. Puis la police admet de nouveau qu’il aurait pu être un Thaïlandais déguisé.

Deuxièmement, combien y a-t-il de suspects? La police a d'abord déclaré que l’homme en T-shirt jaune n’était "pas seulement le suspect mais aussi le poseur de bombe". Maintenant, ils affirment qu'ils ne sont "plus qu’à 50 pour cent sûr" de cela.

Ils ont identifié deux autres personnes par la suite dans la vidéo de surveillance comme étant ses complices. Ils ont ensuite fait marche arrière, en disant que des images subséquentes avaient prouvé leur innocence, car ils avaient réagi "comme des petites filles" lors de l'explosion - vraiment une déduction digne de Sherlock Holmes (Les deux hommes terrifiés se sont eux-mêmes livrés à la police plus tard et ont été rapidement blanchis des accusations de participation).

Même avant cela, cependant, d'autres porte-paroles de la police avaient prétendus que 10 personnes au moins seraient impliquées dans un "réseau" - apparemment de simples suppositions.

Troisièmement, y avait-il des liens et des motifs internationaux? Initialement, il était implicite que le "réseau" supposé comportait 10 étrangers impliqués - mais il a fallu trois jours pour la police thaïlandaise demande l’aide d’Interpol. Cependant, la participation de terroristes internationaux a ensuite été exclue - apparemment uniquement sur la base de discussions avec des agences de renseignement alliées.

Prayuth a ensuite déclaré hardiment cela, tout en rejetant tout lien avec la déportation récente de 109 Ouïghours en Chine (ce qui pourrait expliquer pourquoi les touristes chinois auraient apparemment été pris pour cible). Pourtant, il a été simultanément signalé que la police avait poursuivi ce qui était sa principale piste, avec la Direction générale spéciale ayant donné un avertissement spécifique sur une attaque possible conte les touristes chinois après le 11 août.

Néanmoins, cela a apparemment été étouffé par Prayuth et ses alliés, qui tentent encore de recentrer l'attention sur les opposants internes. D'autres dans la police ont suggéré un lien avec la criminalité organisée - mais la raison pour laquelle la mafia thaïlandaise aurait voulu commettre un attentat contre le sanctuaire d’Erawan demeure une énigme.

Évidemment, toute attaque de ce genre, qui prend les forces de sécurité au dépourvu, crée de la confusion et de la panique, et un large éventail d'hypothèses doit être étudié pour affiner une enquête. Mais la réaction thaïlandaise est particulièrement chaotique.

Hier, le journaliste de la BBC Jonathan Head a trouvé des fragments de la bombe près du sanctuaire et s’est ensuite retrouvé dans l’incapacité de les remettre à la police - qui a ultérieurement critiqué la propre connaissance d'Head en explosifs.

En effet, la hâte avec laquelle le sanctuaire a été balayé et nettoyé peut avoir sérieusement compromis l'enquête. Prayuth et ses alliés ont de toute évidence donnés la priorité au rétablissement du calme superficiel et du "bonheur" plutôt qu’à l'arrestation des coupables.

Cela évoque d'autant les attentats du nouvel an 2006/07 à Bangkok.

Alors, comme aujourd'hui, le dirigeant militaire de l’époque, Surayud Chulanont, avait instantanément (et sans fondement) blâmé les Chemises rouges. Et tout comme aujourd'hui, les sites des attentats avaient été rapidement balayés et nettoyés, sapant l'enquête.

De même, comme aujourd'hui, le régime a semblé avoir été pris de complet désarroi interne, avec des suspects allant des amis de Thaksin, aux ennemis de Thaksin, à la police, à des factions au sein du régime militaire lui-même.

A l’époque, comme aujourd'hui, les séparatistes musulmans du Sud de la Thaïlande avaient été instantanément montrés du doigt comme suspects – pourtant, actuellement, la meilleure estimation des services de renseignements thaïlandais­ (sur les attentats du nouvel an 2006/07) est que l'Organisation de libération unifiée de Pattani était responsable (éventuellement avec l'aide extérieure de la Jemaah Islamiyah). Ceci est cohérent avec le fait que personne n'a jamais revendiqué la responsabilité – ce qui est une caractéristique des attentats séparatistes dans le Sud.

Cela réfute également la suggestion, répétée aujourd'hui, que les séparatistes n’auraient jamais frappé à l'extérieur du Sud et n’ont jamais fait de mal aux touristes (10 étrangers se trouvaient parmi les 38 blessés).

En fin de compte, personne n'a jamais été pris pour les attentats de 2006. Cela pourrait bien être encore le cas cette fois-ci.

Le professionnalisme, la compétence, l'expertise, l'indépendance politique et la rectitude morale de la police thaïlandaise ne se sont pas sensiblement amélioré au cours des neuf années qui ont suivi; ils apparaissent bien hors de leur profondeur. Prayuth est encore pire que Surayud: paranoïaque, emphatique, bruyant, erratique, idiosyncrasique et ignorant.

Après avoir dirigé une catastrophe en matière de sécurité, il a maintenant tout intérêt à diriger les enquêteurs loin de tout ce dont les militaires pourrait également être blâmé - notamment l'escalade de l’insurrection du Sud et les déportations des Ouïghours.

Sans surprise, Prayuth a immédiatement refusé des offres d'aide extérieure - y compris l'aide du gouvernement britannique – affirmant qu’il s’agissait de tentatives pour "intervenir" en Thaïlande. A la place, sa brillante solution est d’inciter la police thaïlandaise à regarder la série télévisée policière américaine "Blue Bloods" pour y trouver "des conseils, des idées et des connaissances".

Beaucoup de Thaïs perçoivent tout cela comme une honte nationale. Ils ont raison.

Lee Jones est maître de conférences en politique internationale à l'Université Queen Mary de Londres.

Quelques idées? Le général Prayuth parle aux journalistes thaïlandais.

Quelques idées? Le général Prayuth parle aux journalistes thaïlandais.

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Published by liberez-somyot
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