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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 11:45

Personne avec un brin d'intelligence n’aurait pu espérer que la junte et sa meute "d’universitaires à vendre" puissent proposer une constitution démocratique ou quoi que ce soit d’autre qu’une série d'anti-réformes afin de définir l'ordre du jour politique autoritaire pour les années à venir. Aussi fastidieux que cela puisse avoir été, moi-même, ainsi que beaucoup d'autres militants et d’universitaires avons dû nous plonger dans les interminables pages pleine d'ordures du nouveau projet de constitution pour établir une critique fondée sur les faits de ce repoussant document.

Le projet de constitution thaïlandaise de la junte reporte indéfiniment le retour à la démocratie

Globalement, il diffère peu dans sa tonalité de la version précédente bien qu'il y ait un article supplémentaire choquant vers la fin. Le ton général est condescendant et banal, avec des références constantes à la monarchie. Depuis la fin des années 1950, la monarchie a été un outil des élites militaires et autres pour justifier toutes sortes de mesures autoritaires ainsi que les violations des droits de l'homme. Dans le même temps, le Roi a été un personnage pathétique et lâche, toujours prêt à faire le jeu de ses maîtres, tout en gardant la prétention d'être un "génie équivalent à un dieu".

Le projet de Constitution se lit comme un texte de la maternelle de style thaïlandais, parlant des "devoirs" des citoyens d'être fidèle au Roi, au pays et au maintien de la discipline. Le devoir et la discipline ont la priorité sur les droits des citoyens. Il y a des pages et des pages de détritus sur les qualités des "bons" dirigeants politiques et, naturellement, ils doivent être loyaux envers "la Nation, la Religion et le Roi". Nous ne devons pas oublier que ce projet de constitution est rédigé par des gangsters et voyous en uniforme, qui ont tué des manifestants pro-démocratie et recourus à la violence pour mettre en scène des coups d'Etat militaires et pervertir le processus démocratique.

Il s’agit également d’une constitution néolibérale, comme toutes les précédentes constitutions depuis la crise économique de 1996. Donc, elle parle de la santé publique comme étant quelque chose d’organisé selon une économie de marché "équitable", de la nécessité de maintenir "la discipline budgétaire" et de l'importance de suivre la réactionnaire idéologie "d’économie de suffisance" du Roi. Comme d'habitude, tout cela est dirigé contre la redistribution des richesses et des dépenses de l'état qui profiteraient aux pauvres. Naturellement, les dépenses militaires et celles du Palais ne sont pas une menace envers la discipline budgétaire (dans l'intérêt de la sécurité nationale).

Dans cette optique, l'article 189 et d'autres articles de la Constitution interdisent ce que les réactionnaires se plaisent à appeler "les politiques populistes". Cela vise directement les mesures de style Taksin qui étaient très populaires auprès de l'électorat. Ces politiques doivent être mises hors la loi par des hommes "sages" car la majorité de la population est "trop stupide" pour savoir ce qui est bon pour elle. Cependant, il y aura une "participation de la population" dans la gestion des communautés par le biais d’organismes croupions tel que des "ensembles citoyens".

Les gens comme Taksin et quelques autres politiciens du Parti Pua Thai seront interdits de fonctions pour des raisons "légales", un peu comme le système électoral truqué de Singapour ou de Birmanie qui interdit les politiciens de l'opposition pour des raisons juridiques douteuses. Cependant, les meurtriers de l'Etat comme Abhisit et Sutep, ne seront pas interdits de politique.

Il y aura 300 députés de circonscription et de 150 à 170 députés nationaux de listes de partis. Le nombre de députés de listes de partis sera ajusté en fonction du vote national pour chaque parti et le nombre de députés de circonscription élus, de sorte que ce sera un système représentatif plus proportionnel. Toutefois, le Parlement aura des pouvoirs réduits.

Le Premier ministre n'aura pas besoin d'être un député élu, s’il est supporté par les deux tiers du parlement. Tous les ministres devront avoir un baccalauréat, ceci afin d'éliminer toutes les personnes pauvres et ignorantes, et le premier ministre ne pourra pas exercer ses fonctions pendant plus de 8 années consécutives.

Le sénat tout-puissant sera composé de 77 sénateurs, élus dans chaque province, et 123 autres sénateurs nommés par les militaires et les élites. Le sénat aura des pouvoirs étendus pour nommer la Commission électorale, la Commission anti-corruption et les juges constitutionnels. Dans le passé, ces organismes ont exercés leur pouvoir contre le gouvernement démocratiquement élu de Yingluck et ouvert la voie à un coup d'Etat militaire. Le Sénat va également nommer la Commission inutile des droits de l'homme, en veillant sans aucun doute qu'il y siège beaucoup d'officiers militaires et de police.

La constitution "temporaire" illégale et très oppressive qui a été établie par l'armée en 2014, immédiatement après le coup d'Etat, servira de force motrice pour la nouvelle constitution, en veillant, grâce à l'article 285, que tous les actes anti-démocratiques de la junte soient "jugés légaux".

Cependant, le pire aspect de ce nouveau projet est la dernière section, celle de l'article 259, avec la création d'un comité afin de déterminer la stratégie pour les anti-réformes et que l'on appelle la réconciliation. Ce comité sera en effet une "Super Junte", avec des pouvoirs de veto sur toute décision prise par un gouvernement élu et pourra prendre le pouvoir à tout moment via un "coup d'Etat légalisé", si et quand il le juge opportun. Naturellement la "Super Junte" sera dominé par la hiérarchie militaire. L’existence de cette "Super Junte" sera gravée dans la pierre pour 5 ans, mais sa durée de service pourra être étendue.

Le résultat de ceci est que celui qui sera élu démocratiquement afin de former un gouvernement aura un pouvoir très limité pour déterminer la politique.

Bien sûr, la Constitution ne pourra jamais être modifiée de façon à transformer la Thaïlande en république ou pour permettre l'auto-détermination de Patani. Tous les autres amendements qui auront été sanctionnés par un vote parlementaire, devront être approuvés par la Cour constitutionnelle nommée par l’élite.

Maintenant, il va de soi que toute personne qui soutient la démocratie et les droits humains s’opposerait à cette constitution absurde. Pourtant, toutes sortes de menaces sont émises afin de faire taire les critiques. En dehors de menacer de repousser les élections si la constitution ne passait pas lors d'un référendum, le vice-Premier ministre Wisanu Kruangarm et le chef de la Commission électorale, ont déclaré qu'il serait illégal de faire campagne contre cette constitution par l'intermédiaire des médias sociaux ou en utilisant d'autres moyens. Wisanu a également saisi l'occasion de dire aux médias qu'elle était la "meilleure constitution jamais écrite".

Nous avons tous des droits, mais certains ont plus de droits que le reste d'entre nous!

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Published by liberez-somyot
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