Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 07:44
La presse soumise aide la junte thaïlandaise à museler toute discussion

Le traitement du journaliste pro-démocratie au franc-parler Prawit Rojanapruk devrait dissiper toutes les illusions comme quoi la Thaïlande serait sur le chemin d’une "réforme politique".

La semaine dernière, il a été emmené dans un camp militaire de la junte et détenu au secret, sans inculpation, pendant un certain nombre de jours. Lors de son transport, on lui a bandé les yeux pour l’aveugler et il n'a pas été autorisé à savoir où il allait ni ce qui lui arriverait. Il a été enfermé dans une petite cellule sans fenêtre. Voilà ce qui arrive aux critiques de la junte quand ils sont traînés dans des "sessions de changement d'attitude". Les plus malchanceux se voient alors coudre la bouche par le moyen de graves accusations comme la lèse-majesté. Heureusement cela n’est pas arrivé à Prawit cette fois-là.

Son traitement ainsi que ceux qu’ont subis d’autres personnes, s’élèvent à de l'intimidation, à de la torture mentale et à une violation flagrante des droits de l'homme. Prawit n'a pas été soumis à la torture physique, mais d'autres l’ont été.

Pourtant, malgré tout cela, les employeurs de Prawit, le groupe de presse Nation Multimedia, a fait pression sur lui pour qu’il démissionne après sa dernière expérience. Cette soumission et lâcheté morale du journal The Nation est incroyable. Pourtant, cela ne devrait pas nous surprendre.

Le Nation a débuté sa carrière dans les années 1970 en se présentant comme une soi-disant alternative radicale au journal conservateur Bangkok Post. Au milieu des années 1990, il avait dégénéré en un genre de tabloïd. Après le 11 septembre, il a adopté un extrémisme pro-guerre et une position islamophobe, soutenant les guerres illégales de Bush et de Blair au Moyen Orient. Aujourd'hui, il est tout aussi conservateur que le Bangkok Post dans sa position politique sur la crise politique thaïlandaise, sauf qu'il pourrait bien être encore plus trivial dans ses articles. Le seul facteur de rachat était les articles de Prawit Rojanapruk. Cela vient d’arriver à son terme.

Le Bangkok Post a toujours été un journal royaliste et conservateur. En 1976, il a permis son utilisation par des royalistes fanatiques qui ont menti quand ils ont prétendu que sa photo en première page représentait des étudiants effectuant une mise en scène d’une sorte de tableau vivant figurant la pendaison du prince héritier. En fait, cela dépeignait la pendaison de deux travailleurs électriciens syndicalistes qui avaient été assassinés par la police alors qu’ils collaient des affiches anti-dictature. Bien que le Bangkok Post n'ait jamais prétendu qu’il s’agissait du prince héritier, il n'a jamais non plus tenté de contrer les mensonges des extrémistes royalistes qui utilisaient sa photographie. Plus de vingt ans plus tard, on m'a demandé d'écrire un article sur le massacre du 6 octobre 1976 pour ce journal. Il a décidé de censurer toute mention du rôle de la monarchie dans mon article, bien que je citais de respectés articles universitaires sur la question. A cette époque, comme beaucoup d'autres, y compris mon père, je croyais à tort que ce journal avait délibérément répandu des mensonges à propos de la pendaison factice. La vérité n’était que d’une différente subtilité. Les propriétaires du Bangkok Post ont essayé de me poursuivre en justice pour diffamation à cause de mes points de vue exprimés.

Aujourd'hui, presque tous les mass-médias de Thaïlande, à l'exception peut-être de Khao Sod, perpétuent le mythe que Prayut et sa bande tentent de "réformer" le système politique. Ils rapportent ses arrogantes manigances, sans les condamner. Ils utilisent les titres officiels et malhonnêtes des comités nommés par la junte sans commentaire. Ils pratiquent l'autocensure et sont trop faibles et lâches pour critiquer vigoureusement la junte. Ils pourraient faire un stand en faveur de la démocratie comme d'autres journaux ont fait dans d'autres pays. Mais il est douteux que les hommes d'affaires, qui sont leurs propriétaires et leurs rédacteurs en chef, soutiennent vraiment la démocratie. Comme la plupart des classes moyennes thaïlandaises, ils sont beaucoup plus susceptibles de se méfier de l'autonomisation des travailleurs ordinaires et des agriculteurs dans une telle démocratie. Par leurs actions, ils soutiennent la destruction continue de la liberté.

La presse soumise aide la junte thaïlandaise à museler toute discussion

Les graines de la résistance contre la junte, comme la récente manifestation dirigée par des étudiants à l’occasion de l'anniversaire du coup d’Etat du 19 Septembre 2006, ne seront pas nourries par la presse thaïlandaise.

Partager cet article

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article

commentaires