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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 10:00

Un article de Doug Bandow

Lien:

http://www.cato.org/blog/thailands-military-delivers-oppression-rather-happiness

 

La Thaïlande a longtemps été le pays du sourire, un lieu convivial et informel aussi accueillant pour les routards que pour les hommes d'affaires. Mais sa politique est devenue horrible ces dernières années.

Comme je l’ai dit dans le journal Forbes en ligne: "Maintenant, un dictateur caricatural d'un opéra-comique de Gilbert et Sullivan dirige une junte pas si drôle qui emprisonne les opposants et supprime la liberté d'expression. L’attentat à la bombe contre un sanctuaire hindou populaire à Bangkok démontre le danger que le terrorisme puisse devenir une tactique pour les mécontents, dans ce cas la vie en Thaïlande pourrait générer beaucoup plus de froncements de sourcils que de sourires. "Le général Prayuth Chan-ocha a pris le pouvoir, l'an dernier, en promettant le bonheur, la prospérité et la sécurité. Mais la junte n'a réussi à fournir aucun des trois.

Ceux qui voient leurs droits politiques et libertés civiles refusés ne sont pas heureux. Les généraux ont également constaté que les forces économiques ne cèdent pas aux diktats militaires. L'enquête sur les récents attentats de Bangkok a apportée des déclarations officielles contradictoires et le gouvernement a menacé les gens si ces derniers faisaient circuler de "fausses informations." Le général premier ministre Prayuth a suggéré que la police regarde la série américaine dramatique "Blue Bloods", dont l’action se passe à New York, pour y trouver de l'aide.

Le dictateur présente une touche de mégalomanie comique. En prenant le pouvoir, il a déclaré que le bonheur était revenu en Thaïlande. Irrité par la question d'un journaliste, il a tempêté: "Voulez-vous que j'utilise tous mes pouvoirs? Avec mes pouvoirs, je pourrais fermer tous les médias ... Je pourrais vous faire fusiller. " Espérons qu'il ne parlait pas sérieusement. Toutefois, le généralissime a souvent cédé à son autocratie intérieure. Freedom House a signalé que le coup d’Etat avait fait descendre la Thaïlande de la catégorie des pays "partiellement libre" à celle de ceux qui ne sont "pas libre", avec une réduction des libertés civiles et des droits politiques en particulier.

L'armée intimide les médias, ordonnant à la télévision et à la radio d'éviter la politique. Les publications imprimées ont reçues l’instruction de ne pas critiquer l'armée. Le faire conduit à des menaces de poursuites. La junte a bloqué plus de 200 sites et poursuit les journalistes en ligne. Le régime a empêché près de 70 réunions publiques dont celles qui envisageaient de discuter des violations des droits humains par la junte.

La dictature de Prayuth a arrêté ou détenu plus de 1.000 personnes, y compris des étudiants protestataires, des politiciens de l'opposition, des journalistes indépendants, et même des universitaires critiques. Beaucoup de ceux qui ont été arrêtés ont été détenus au secret, ce qui, a averti Human Rights Watch, augmente "le risque de disparition forcée, de torture et d'autres mauvais traitements. " Quelque 700 personnes ont été jugées par des tribunaux militaires qui ne sont reconnus ni pour leur indépendance, ni pour leur équité.

Le gouvernement a interdit tout ce qui pourrait être perçu comme une protestation politique, y compris le fait de se tenir tout simplement debout et de manger. Le 22 mai dernier, lors de l’anniversaire du coup d'Etat, 20 manifestants ont été arrêtés pour avoir simplement regardé une horloge.

La junte a considérablement augmenté l'utilisation de la loi oppressive de lèse-majesté de la Thaïlande pour arrêter la critique au nom de la "sécurité nationale". Deux cas récents, impliquant des messages écrits sur Facebook, ont aboutis à des peines de 28 et 30 ans après des plaidoyers de culpabilité.

Globalement, Amnesty International a dénoncé "une atmosphère d'autocensure et de peur" aggravée par des restrictions juridiques, des poursuites, et "des pressions informelles ainsi que des menaces publiques faites par les autorités, dont le premier ministre lui-même, contre les médias et la société civile s’ils osent élever la voix pour formuler des critiques."

Rien ne va changer à l'avenir si le généralissime et ses apparatchiks continuent de cette manière. Le projet de constitution est conçu pour empêcher et non pas faire avancer la démocratie. Niran Pitakwatchare, un membre de la Commission nationale des droits humains, se plaint que le projet "donne à l'Etat une prise en main plus ferme et prive les gens des droits dont ils jouissaient auparavant."

La proposition permettrait de faire que la junte ne soit jamais jugée pour ses crimes, de fracturer le vote populaire, d’encourager les faibles coalitions, de prévoir la possibilité d'un premier ministre non élu, de mettre en place un Sénat majoritairement nommé, d’utiliser des organismes administratifs et judiciaires biaisés contre les mouvements démocratiques, et de permettre aux forces armées d’intervenir en cas de crise. Pourtant, encore plus de répression risque de convaincre les Thaïlandais que la violence est leur seule option pour se libérer.

L'administration d’Obama a fait pression pour un retour à la démocratie. Les futurs efforts seraient plus efficaces s’ils étaient coordonnés avec ceux des démocraties asiatiques et européennes ayant les mêmes idées. Il est tentant de ne pas prendre les fanfaronnades du généralissime de la Thaïlande au sérieux. Mais plus il règnera, moins seront grandes les chances que la Thaïlande puisse bénéficier d’une démocratie stable à l’avenir.

Doug Bandow est un analyste politique américain membre de l’institut CATO. Il a travaillé dans l’administration Reagan comme assistant spécial du président.

Cet article est un résumé de son excellente analyse sur la situation en Thaïlande publiée le journal Forbes en ligne.

Lien de cette analyse (5 pages):

http://www.forbes.com/sites/dougbandow/2015/09/01/thailand-suffers-as-military-plans-to-extend-control-junta-delivers-oppression-not-happiness/

Note de Libérez-Somyot: Il est étonnant de constater que Doug Bandow, un Américain de droite, fait quasiment la même analyse sur la société thaïlandaise que l’exilé politique thaïlandais de gauche Giles Ji Ungpakorn.

Des manifestantes thaïlandaises anti-junte

Des manifestantes thaïlandaises anti-junte

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Published by liberez-somyot
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