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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 10:44

Un article de Chatwadee Rose Amornpat

Lien:

http://asiapacific.anu.edu.au/newmandala/2015/08/27/remembering-the-victims-of-lese-majeste/

 

Alors que les peines de lèse-majesté se multiplient sous la junte, un système qui protège la monarchie ne punit que les gens.

Ces derniers temps, je ne peux pas m’arrêter de penser aux deux étudiants universitaires thaïlandais qui ont été jetés dans une prison sale plus tôt cette année pour avoir joué dans une pièce de théâtre racontant l’histoire d’un roi de conte de fées et de ses conseillers politiques.

En février dernier, Patiwat Saraiyaem, 23 ans, et Porntip Maunkong, 26 ans, ont plaidés coupable de lèse-majesté après leur arrestation en août de l’année dernière pour leur rôle dans "La Fiancée du Loup", une satire dont l’intrigue se passe dans un royaume fictif. La pièce a été considérée comme une parabole du conflit politique actuel en Thaïlande.

"La Fiancée du Loup" n'a été joué qu’une seule fois, en 2013 à l'Université Thammasat de Bangkok, dans le cadre d'une série d'événements marquant le 40eme anniversaire de la protestation étudiante pro-démocratie à l'université qui avait été brutalement réprimée par le régime militaire en octobre 1973.

Au moment où elle a été jouée, la pièce est passé largement inaperçue. Tout cela a changé après que le général Prayuth Chan-ocha ait pris le contrôle du pays suite au coup d’Etat de mai 2014.

Après cela, les deux anciens étudiants ont été inculpés du chef d'accusation de lèse-majesté ou d’insulte à la monarchie.

Leur peine initiale était de cinq ans de prison, mais, comme dans de nombreux autres cas lèse-majesté, les accusés ont reconnus leur culpabilité et ont présentés leurs excuses au roi; leur peine a, par la suite, été diminuée de moitié. Ils avaient plaidés pour la clémence et espérés, étant donné qu'ils n’avaient jamais eus à faire avec la justice auparavant. En tout cas, ils ne l'ont pas obtenu et, pour la première fois, la performance d'une pièce de théâtre en Thaïlande a conduit quelqu'un en prison.

Bien qu’ils aient plaidé coupable, et même s’ils servent leurs deux ans et demi de prison, lors de leur libération Patiwat et Porntip seront mis au ban de la société thaïlandaise. Les victimes de poursuites de lèse-majesté portent souvent un stigmate sur eux pour le reste de leur vie - je suis bien placé pour le savoir.

Malheureusement, aujourd'hui, en Thaïlande sous le régime militaire actuel, l'application de l’injuste loi de lèse-majesté augmente d'une manière toujours implacable.

Il y a deux semaines un porte-parole du département d'Etat américain, Mark Toner, a déclaré que son gouvernement était "profondément préoccupé" par les récentes inculpations de lèse-majesté.

"Personne ne devrait être emprisonné pour avoir exprimé pacifiquement son opinions", a déclaré Toner dans un communiqué.

"Nous demandons régulièrement aux autorités thaïlandaises, à la fois publiquement et en privé, de s’assurer que la liberté d'expression ne soit pas criminalisée et soit protégée conformément aux obligations et engagements internationaux de la Thaïlande."

Juste pour illustrer comment les choses ont empirées sous la junte, plus tôt ce mois-ci le voyagiste de 48 ans, Pongsak Sriboonpeng, a été condamné à une peine de lèse-majesté record pour six messages postés sur Facebook qui ont été jugés insultants pour le roi. Le juge du tribunal militaire l'a condamné à 10 ans pour chaque message.

La condamnation à 60 ans d’emprisonnement a été réduite de moitié après qu’il ait plaidé coupable.

Lors d’une autre affaire, une employée d'hôtel de 29 ans et mère de deux enfants a été condamnée à 56 ans par un tribunal de la ville septentrionale de Chiang Mai. Sa peine a également été réduite de moitié après un plaidoyer de culpabilité.

Comme dans la plupart des cas de lèse-majesté, les autorités thaïlandaises ont exhorté les accusés à plaider coupable pour gagner du temps. Un procès prolongé pourrait être considérée comme potentiellement endommageant pour la réputation du roi, quelqu'un qui est souvent décrit comme ayant de la "compassion".

Bien sûr, il y a ceux qui refusent de plaider coupable (au procès ou au moins pendant les cinq premières années suivant leur arrestation).

Une de ces victimes est Darunee Charnchoensilpakul, surnommée "Da Torpedo" pour ses discours mordants. Elle a été condamnée à 15 ans de prison pour lèse-majesté en raison des discours qu'elle a fait lors de rassemblements chemises rouges en 2008.

Condamnée en 2009 et maintenant purgeant sa septième année en prison (elle a été emprisonnée pendant un an sans procès), elle s’est récemment vu refuser un traitement pour une infection de la gencive.

Il y a aussi Somyot Pruksakasemsuk, un militant de la démocratie de premier plan et un éditeur qui, en 2013, a été condamné à 11 ans de prison pour avoir diffamé le roi. Plusieurs groupes de défense des droits de l’homme ont condamné sa sentence comme étant un affront à la liberté d'expression dans ce pays d'Asie du Sud-Est.

Somyot a été reconnu coupable d’avoir publié deux articles dans un magazine anti-establishment qui faisait des références négatives à la couronne. Cependant, certains affirment que sa lourde peine est moins due à ce qu'il a publié qu’à ses efforts pour réformer la loi de lèse-majesté.

Il a déposé un recours auprès de la cour royale, mais a attendu des années en vain pour une décision. J'ai entendu de sa femme que lui aussi pourrait être contraint de solliciter la grâce royale en raison de la torture physique et mentale qu'il a enduré jusqu'ici.

Voilà la façon dont le système fonctionne, même pour ceux qui ne plaident pas coupable.

Les victimes de la lèse-majesté sont souvent inculpées et condamnées sans que les détails des accusations ne soient particulièrement clairs. Puis le "monarque bienveillant" est censé accorder un pardon tandis que les médias portent parfois plus d'attention à la grâce qu’à l'affaire elle-même.

Pendant ce temps, le fait de nourrir et chérir une telle loi draconienne, ainsi que les longues périodes d'emprisonnement et la vicieuse répression, se produisent au moment même où la monarchie prétend qu'elle n'a pas besoin d'une telle "protection" parce qu'elle est aimé par tous et chacun.

Il faut se rappeler que si Somyot obtient un jour un appel, le procès aura lieu dans une cour où il y a une énorme photo du Roi accrochée sur le mur au-dessus du panel de juges.

Cela ne présage rien de bon pour la tâche presque impossible de gagner un tel cas, en particulier lorsque les juges ont été en premier lieu nommés et approuvés par le Roi.

Chatwadee Rose Amornpat est basée à Londres. Elle a été accusée de lèse-majesté par la junte thaïlandaise en juillet 2014.

Patiwat Saraiyaem à gauche, et Porntip Mankong, à droite, sont escortés par des gardes de la prison après leur verdict à la Cour pénale de Bangkok

Patiwat Saraiyaem à gauche, et Porntip Mankong, à droite, sont escortés par des gardes de la prison après leur verdict à la Cour pénale de Bangkok

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Published by liberez-somyot
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