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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 11:48

Le chanteur de rock thaïlandais pro-chemises rouges, Tom Dundee, de son vrai nom Thanat Thanawachanon, est emprisonné depuis juin 2014, il y a un an et 4 mois, pour lèse-majesté ainsi que pour avoir omis de se rendre à la convocation de la junte. Selon le media des Chemises jaunes, Manager, Tom Dundee a été convoqué par la Cour de Bangkok le 20 octobre dernier. Le chanteur a confirmé qu’il allait plaider non-coupable pour ses accusations de lèse-majesté et la Cour a rejeté sa demande de libération sous caution.

Lien:

http://www.manager.co.th/Crime/ViewNews.aspx?NewsID=9580000117414

Tom Dundee escorté par des gardiens de prison le 20 octobre dernier

Tom Dundee escorté par des gardiens de prison le 20 octobre dernier

Il y a un an, en septembre 2014, alors qu’il venait d’être incarcéré à la prison centrale de Bangkok, il a écrit une lettre témoignage pour se défendre et expliquer son cas. Libérez-Somyot avait traduit et publié cette lettre. Nous la republions aujourd’hui afin de rappeler que cet homme, qui a vécu plusieurs années en France, parle le français et est marié a une Laotienne de nationalité française, croupit toujours en prison pour avoir simplement utilisé son droit à la liberté d’opinons.

Ci-dessous la lettre témoignage écrite par Tom Dundee le 24 septembre 2014:

Le témoignage de Tom Dundee sur son arrestation et son emprisonnement

Lien:

http://liberez-somyot.over-blog.com/2014/09/le-temoignage-de-tom-dundee-sur-son-arrestation-et-son-emprisonnement.html

 

Le problème a commencé après que la loi martiale ait été déclarée. Je faisais du jardinage à la maison de mon père à Phetchaburi. J'avais demandé à un ami de me prévenir immédiatement s'il y avait une annonce du NCPO pour Thanat Thanawachanon. C'est parce qu'il n'y a ni télévision ni radio chez moi et que donc je ne pourrais jamais s'avoir si j'avais été convoqué ou non. Malheureusement, l'annonce du NCPO a utilisé mon ancien nom "Panthiwa Pumiprathet" donc je n'ai pas reçu de nouvelles de mon ami.

Le 8 juin 2014, vers 21 heures, il y a eu une annonce pour Thanat Thanawachanon. Mon ami m'a appelé pour m'informer le 9 juin 2014 vers 11 heures alors que je supervisais les travailleurs agricoles. J'ai apris la nouvelle pendant la pause déjeuner, donc j'ai contacté un ami qui travaillait pour le "projet Santiparp" de la Princesse Siridhorn situé au district de Jana, Sabayoi et ait parlé au Lieutenant Général Tanayod afin de prendre rendez-vous pour signaler au NCPO. Le Lieutenant Général Tanayod a ensuite informé le colonel Nithi. J'ai donc appelé le colonel Nithi qui m'a dit que, compte tenu de l'heure de cet appel, il serait assez difficile pour moi de me signaler ce jour-là. Il s'arrangerait que je puisse me signaler le jour suivant, le 10 juin, 2014, entre 10 et 11 heures au Thai Army Club de Bangkok.

Après que le rendez-vous ait été fixé, vers 15 heures ce même jour, j'ai conduit ma camionnette afin de transporter des produits agricoles, des pousses de bambou doux Kim Sung, pour livrer à notre client. Alors que je conduisais sur la route de Kaeng Krachan, à environ 10 km de la maison, une Jeep Cherokee m'a suivi, s'est mis en travers de la route afin de m'obliger à m'arrêter et un convoi de quatre véhicules est arrivé derrière. Ensuite, un groupe d'environ 15/20 hommes armés (avec des fusils d'assaut et des pistolets) a entouré ma voiture et a crié pour nous ne résistions pas et sortions de la camionnette. Leur action a causé de la confusion et de la peur pour moi et surtout pour ma femme. Ensuite, un soldat en uniforme et un officier de police en civil se sont présentés et m'ont arrêté pour avoir omis de me déclarer après avoir été convoqué par le NCPO. Sans mandat d'arrêt, sans vouloir entendre la moindre explication, des véhicules militaires et des soldats en uniforme, portants des gilets pare-balles, m'ont conduit au 15ème Bataillon d'infanterie, dans la province de Phetchaburi.

Après notre arrivée, des soldats et des officiers de police sont venus m'interroger et m'ont accusé de tentative d'évasion et d'entrave à leurs fonctions officielles. Ils m'ont aussi accusé d'implication dans une affaire d'armes de guerre, d'avoir formé des forces armées de guérilla et d'avoir mis au point un plan pour bombarder la province de Rajchaburi. Ils m'ont aussi accusé de diffamation, d'insulte ou de menace contre la monarchie (article 112).

Les officiers pensaient et concluaient conformément à la vision de ceux qui sont au pouvoir. Cela me désole vraiment que les impôts soient utilisés pour prendre soin de ces personnes, trop immature pour diriger le pays.

J'ai été interrogé de 20 heures 30 à 23 heures 20. Les Soldats m'ont livré aux Forces Rangers à Lard Ya dans la province de Kanchanaburi. Les militaires des Forces Rangers ont pris très bien soin de moi. Ils me connaissaient car nous avions planté ensemble des arbres afin de célébrer la monarchie dans la province de Prachuabkirikan. Durant les deux nuits ou je suis resté là-bas, je leur ai donné des conseils sur comment jouer de la musique pendant de nombreuses heures.

Le 12 juin 2014, à 5 heures du matin, 5 officiers de la police militaire de Bangkok et un soldat chauffeur sont venus me chercher pour un interrogatoire au Thai Army Club de Bangkok. Nous sommes arrivés à 7 heures 30, les policiers m'ont emmené dans une petite pièce où j'ai attendu pendant environ 2 heures avant d'être amené dans une autre pièce. Ils m'ont mis un sac en tissu sur la tête, m'ont menotté et m'ont emmené dans une voiture. La voiture a ensuite démarrée.

Le voyage a duré environ une demi-heure avant que la voiture ne se gare. J'ai été emmené par un chemin sinueux dans une petite salle climatisée, on m'a alors dit de m'asseoir sur une chaise et de pencher la tête vers le bas. Apres un certain moment, un autre groupe de personnes, peut-être 3 personnes, est entré et a commencé l'interrogatoire.

- Une personne était assise sur la droite, prenait des notes et fournissait des questions.

- La seconde a allumé le clip audio lié à l'enquête.

- Le troisième se tenait en face de moi et posait les questions.

Tout au long de l'interrogatoire, j'ai été menacé, insulté, et on m'a crié à plusieurs reprises des mots sarcastiques. Ils m'ont menacé de me tuer et de s'en aller, d'amener ma femme et mes enfants et les torturer jusqu'à ce que je l'avoue.

Pas moins de 3 groupes de policiers se relayaient pour m'interroger avec les mêmes questions:

"Où caches-tu les armes?"

"Combien de personnes composent ton groupe de guérilla?

"Nous avons toutes les preuves!"

J'ai dit tout ce que je savais en fonction des faits. J'ai répondu: "Je ne sais rien à propos des bombes. Je n'ai pas d'armes de guerre, ne dirige pas de forces de guérilla et ne suis pas impliqués dans le commerce des armes".

"Si vous (les soldats) avez une photo de moi portant des armes de guerre, elle vient de quel film? Quand j'étais un acteur de film d'action, je portais une arme à feu dans la plupart des films. De plus alors que je suis un chanteur bien connu, pourquoi devrais-je endommager ma réputation. Ne serait-il pas plus agréable pour moi de faire de la moto, conduire, boire du vin et manger?

La raison pour laquelle j'ai lutté pour la démocratie, c'est pour le bien-être du peuple. Je n'aime pas les guerres ni la violence. J'aime les gens qui s'aiment et "font l'amour pas la guerre". Si vous, les soldats, avez des preuves claires comme vous l'avez affirmé, vous pouvez aller de l'avant et me pendre".

Alors que j'étais interrogé et contraint, j'ai essayé d'expliquer au sujet de la charge de diffamation de la monarchie. Je leur ai dit que j'avais participé au projet de la princesse Siridhorn, "Paix pour le sud". J'ai planté des arbres et participé à la création des glorieux versets avec 7000 autres motards sur de grosses motos dans un stade de la province de Kanchanaburi ainsi qu'au stade de l'Armée de l'Air à Bangkok, et bien d'autres endroits.

Un des interrogateurs a hurlé: "Menteur! Connard! Ça ne m'intéresse pas! "

Quand ils ont vus qu'ils n'avaient pas réussi à m'intimider, ils se sont mis à bien me parler, à adopter une attitude plus amicale mais ont continué à me poser les mêmes questions auxquelles je donnais encore et encore les mêmes réponses.

Ah oui, j'oubliais. Pendant l'interrogatoire, quand j'ai dit que j'étais une star de cinéma, l'équipe de l'interrogatoire s'est arrêté brièvement et m'a demandé qui j'étais. Quand j'ai précisé que j'étais Tom Dundee, cela les a stupéfiés et ils ont immédiatement quitté la salle. Apres qu'ils soient revenus, leur façon de m'interroger avait radicalement changé. Ils sont passé des pronoms grossiers "mungo", "goo" à d'autres beaucoup plus polis comme "khun", "pom", "krub" et ne cessaient de répéter: "Nous sommes amis. Ne vous inquiétez pas!" "Je fais juste mon travail." Ha...ha...ha... C'est cela les soldats thaïlandais!

L'interrogatoire avait commencé tôt le matin et a duré jusqu'à 23 heures passé. J'ai reçu un paquet de riz frit avec des poivrons, mais je ne pouvais pas le manger car j'étais menotté. Heureusement il y avait un régime de bananes suffisant pour soutenir la faim. Lorsque l'interrogatoire a pris fin et qu'ils ont été (probablement pas) satisfaits, ils m'ont forcé à signer une attestation disant que "L'armée n'avait pas fait de menaces. L'armée avait bien parlé au suspect. L'armée n'avait pas physiquement agressé ni causé des lésions corporelles." Si je n'avais pas été Tom Dundee, j'aurais craché du sang comme les autres suspects. Mais qui sait.

Après que l'interrogatoire ait pris fin, à 11 heures 30 la nuit du 12 juin 2014, les agents de la police militaire m'ont ramené au Thai Army Club, au même endroit que le matin. Il a fallu seulement 5 minutes en voiture tandis que le trajet du matin avait pris plus d'une demi-heure. Je suppose que la sale d'interrogatoire se trouvait dans la même enceinte que le Thai Army Club. J'ai expliqué aux soldats qui étaient avec moi que, "Dans les films ou j'ai joué, ils utilisaient la même technique." Ils m'ont demandé comment je le savais et ont rigolé.

Ensuite, ils m'ont remis dans la voiture et enlevé le sac de ma tête. J'ai été conduit à Aksa Road qui était un camp militaire temporaire à ce moment-là. J'ai vu 4 détenus chemises rouges, 1 homme et 3 femmes, mais ils n'étaient pas autorisés à parler. On m'a isolé d'eux et j'ai dormi seul.

Le 13 juin 2014, des officiers de la police militaire m'ont envoyé à la Division de la répression de la criminalité pour des interrogatoires de police et une détention. J'ai rencontré des personnes qui avaient levé trois doigts, 2 hommes et 1 femme (Khun Ning). J'ai dormi à la Division de la répression de la criminalité de Lardprao pendant 2 nuits puis les officiers de police m'ont conduit à la cour martiale de Bangkok (Sanam Luang) pour être ensuite envoyé à la maison d'arrêt de Bangkok, dans la Division 1.

Être en prison, c'est comme être en enfer. Mais j'ai rencontré beaucoup de Chemises rouges là-bas. Je suis resté détenu dans la Division 1 pendant 3 nuits avant de pouvoir obtenir, de la Cour militaire, une libération sous caution avec les conditions suivantes:

1 - Pas d'implication dans la vie politique

2 - Aucun discours sur scène

3 - Pas d'interview dans les médias

4 - Aucune participation à un mouvement politique et interdiction de déplacement à l'étranger

L'armée ne se donnerait pas la peine de m'inculper. Tout était censé se terminer ici. Tom Dundee pouvait librement accepter des contrats de concerts et de performances mais devait se signaler selon le calendrier.

Dignité militaire

Bien sûr, en tant qu'homme, j'aurais tenu mes promesses. Mais l'armée a menti et a ordonné mon arrestation après que je sois allé me signaler. Ils m'ont fait payer la violation de la loi sur la cybercriminalité et de l'article 112 et me soumettent à la fois au tribunal militaire et la cour criminelle. Les soldats ont fouillés deux fois ma maison pour rechercher un ordinateur qu'ils voulaient mais ne pouvaient pas trouver. Je n'avais pas d'ordinateurs. Je ne sais même pas comment les utiliser. Il existe des preuves à l'appui de ce que j'ai dit, mais les soldats ne veulent pas écouter et ne sont pas intéressés. Ce qu'ils ont fait constitue une diffamation très grave.

Le 9 juillet 2014, vers 14 heures, environ 30 militaires des forces spéciales en uniforme et armés jusqu'aux dents ont envahis ma ferme de bambou et m'ont arrêté comme si j'étais un gros trafiquant de drogue. Ils ont essayé de me faire peur, mais je n'ai pas été effrayé. J'étais sûr que je n'avais rien fait de mal et tenu ma promesse faite à l'armée.

Mais ils m'ont agressé et m'ont arrêté comme si j'avais commis une infraction très grave. Ils ont fouillé tous les coins de ma maison pour trouver l'ordinateur, mais n'ont rien pu trouver. Alors, ils m'ont conduit à Bangkok et m'ont détenu là-bas, puis m'ont envoyé à la Division de la répression de la criminalité liée aux technologies située au 4ème étage du Complexe gouvernemental de Changwatana.

Les agents de police ont alors gentiment ajouté deux autres accusations contre moi, la diffamation du roi, de la reine, de l'héritier présomptif qui est considérée comme portant atteinte à la sécurité nationale (article 112) et la violation de la loi sur la criminalité informatique (article 14 (3)) en transmettant ce genre d'informations dans le système informatique.

Je me sens triste, déplorable et offensé.

Un artiste comme moi, qui avait travaillé pour la société tout au long de sa carrière, est maintenant dans un état pitoyable dans une prison. C'est en effet l'enfer.

Ma pétition à tous les médias

Tom Dundee

(M. Thanut Thanawatchanon)

Griefs: J'ai les griefs suivants et je voudrais demander par l'intermédiaire de mes amis.

1 - Pourquoi le clip de mon discours de l'année dernière (2013) n'est apparu sur Youtube que pendant la loi martiale?

2 - Pourquoi la personne qui l'a téléchargé et a donné des explications supplémentaires sur l'internet n'a pas été arrêtée ou interrogée?

3 Pourquoi une personne (NDT; Ton Dundee lui-même) est accusée et mise en prison en dépit du fait que son droit ait été violé?

4 Est-ce le meilleur processus judiciaire de Thaïlande?

Tom Dundee en septembre 2014, au moment de son emprisonnement, serre une dernière fois sa femme dans ses bras

Tom Dundee en septembre 2014, au moment de son emprisonnement, serre une dernière fois sa femme dans ses bras

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Published by liberez-somyot
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