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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 14:39

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien:

https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/10/04/prayuts-little-toy-soldiers-in-thai-universities/

 

Chaque année, à chaque arrivée de nouveaux étudiants dans les universités thaïlandaises, le système " SOTUS" dresse sa tête hideuse. SOTUS signifie "Ancienneté, Ordre, Tradition, Unité, Esprit (Seniority, Order, Tradition, Unity, Spirit)", qualités qui réchauffent le cœur du généralissime Prayut. Il s’agit d’un système de "bizutage" basé sur la cruauté, la torture, la déshumanisation et l'abus de pouvoir de la part des étudiants supérieurs contre ceux qui sont en première année. Il trouve son origine dans les pires institutions des États-Unis et est peut-être venu en Thaïlande via les Philippines.

Récemment, une jeune maîtresse de conférences à l'Université de Mahasarakarm s’est exprimée sur ces abus et a été inondé de menaces violentes et sexistes venus de diverses personnes, la pire venant d'un ex-étudiant. Heureusement, c’est devenu un enjeu national et les étudiants les plus progressistes de son université se sont unis pour la soutenir. Pourtant, aussi longtemps que des hommes armés en uniforme contrôleront la société thaïlandaise et exigeront de faire respecter "l'Ancienneté, l’Ordre, la Tradition, l’Unité et l’Esprit" via des coups d'Etat et des lois draconiennes comme celle de la lèse-majesté, ce système restera en place.

Non seulement il demeurera en place en raison du climat d'autoritarisme, mais il sera également renforcé par les mesquins étudiants supérieurs qui obtiennent leurs autorité en donnant des coups de pied aux jeunes autour d’eux. C’est choquant et c’est également renforcé par l’approbation de nombreux membres du personnel des universités qui semblent croire qu'ils ont un intérêt dans le maintien de cette brutale absurdité. Habituellement, il s’agit de conférenciers qui sont eux-mêmes passé par le système SOTUS et qui enseignent maintenant dans les mêmes universités où ils étaient étudiants. Ces employés retiendront des "points de comportement" aux étudiants qui refusent de prendre part à ces activités de bizutage.

Quand j’ai écrit un article dans un quotidien thaïlandais en 2002 pour condamner le système SOTUS, j’ai aussi reçu beaucoup d'insultes, mais pas au niveau connu par Lalita Harnwong, la conférencière de Mahasarakarm.

En 2002, je donnais des cours à l'Université Chulalongkorn et un jour, à la fin de l’après-midi, alors que je marchais pour prendre le transport public afin de rentrer chez moi, j’ai entendu des bruits similaires à ceux émis par des bêtes sauvages ou des hooligans provenant des salles de classe verrouillés où les étudiants de première année avaient été emprisonnés sous une chaleur insupportable. L'air conditionné était éteint et ils étaient soumis aux cris et aux abus de la part de personnes plus âgés qu’eux. Cela se produisait chaque jour pendant des semaines. A l'extérieur, autour du mât portant le drapeau, des groupes de personnes âgées de sexe masculin étaient souvent vus intimidant de jeunes étudiantes, leur ordonnant de courir vers l'arrière et vers l'avant, de s'asseoir ou de se lever. Tous les nouveaux étudiants étaient obligés d'apprendre les chansons de l'université et celles des stupides professeurs. Tout étudiant qui refusait de prendre part à cela était ostracisé. Des menaces étaient faites comme quoi, après avoir obtenu leurs diplômes, leurs futures progressions de carrière seraient bloquées par le "réseau" des anciens.

À une occasion, une de mes conférences a duré 15 minutes de plus que le temps habituel et mes élèves ont ensuite été soumis à une punition pour être arrivé en retard aux séances de torture organisées par les chefs autoproclamés des "petits soldats de plomb", des chefs tout justes sortis des couches de leurs mères qui organisaient le bizutage. Ces aînés n’arrivaient jamais à temps aux conférences.

Un argument ridicule en faveur du système SOTUS est qu'il serait censé encourager l'esprit d'équipe et l'unité. Mais ce n’est qu’une unité définie par les oppresseurs et basée sur la coercition et la brutalité. Elle consiste à briser l'esprit des jeunes. Elle cherche plus à rassembler la nouvelle promotion d'étudiants dans un "troupeau" de stupides sous-hommes. Elle est très étroitement liée à la nature de la formation militaire qui transforme les conscrits en meurtriers déshumanisés qui massacrent de sang-froid.

Dans le cas où le système d'éducation de l'école n'a pas déjà détruit toute individualité, originalité, confiance en soi, imagination ou tout amour d'apprendre des étudiants, le système SOTUS est conçu pour finir le travail. Les étudiants universitaires en Thaïlande sont obligés de porter des "uniformes scolaires". Les femmes n’ont pas le droit de porter un pantalon et toute personne en tongs est interdite de bibliothèques. C’est comme si les autorités universitaires voulaient tout faire sauf veiller à ce que les jeunes reçoivent une éducation décente. Quelle belle publicité pour la qualité des universités thaïlandaises!

La bonne nouvelle, c’est qu'il y a une longue tradition de lutte contre le système SOTUS parmi les étudiants progressistes. Dans les années 1970, lorsque d'énormes vagues de radicalisation ont balayé les universités ainsi que les écoles à travers le monde et que les étudiants thaïlandais ont renversé la dictature militaire de l'époque, le système SOTUS a provisoirement disparu. Il est revenu plein de vengeance après la réaction brutale contre la démocratie qui a eu lieu à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

Aujourd'hui aussi, il y a des signes de résistance. Non seulement nous avons de jeunes conférenciers qui osent prendre la parole mais nous avons aussi des manifestations étudiantes contre la junte. L'étudiant de l'école secondaire, qui a osé se lever et poser à Prayut une question sur l'éducation, en est un excellent exemple. Il a été immédiatement jeté hors de la salle, mais son message a été propagé par les médias sociaux et même par les médias traditionnels. Prit Chiwaruk avait demandé pourquoi les étudiants thaïlandais n’étaient pas autorisés à étudier la philosophie et l'éthique afin de pouvoir penser par eux-mêmes. Il avait aussi dénoncé le fait que les écoles nourrissaient de force tous les élèves de la notion "du devoir des citoyens".

Les petits soldats de plomb des universités thaïlandaises

Les petits soldats de plomb des universités thaïlandaises

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Published by liberez-somyot
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