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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 14:14

Pour que l’on n’oublie pas Somyot Pruksakasemsuk, un ancien rédacteur en chef de publication condamné a 11 ans de prison pour lèse-majesté en Thaïlande à cause de deux articles écrits par l’exilé politique Jakrapob Penkair et publiés dans son journal "Voice of Taksin", Libérez-Somyot a décidé de republier un article de Somyot écrit le 30 avril 2014, soit 3 semaines avant le coup d’Etat du 22 mai 2014.

Lien:

 

http://liberez-somyot.over-blog.com/2014/04/je-lutte-contre-la-loi-de-lese-majeste-a-partir-d-une-cellule-de-prison.html

 

Voici l’article:

Je lutte contre la loi de lèse-majesté à partir d'une cellule de prison

Je suis assis ici dans ma cellule de la prison tard dans la nuit. Les lumières sont allumées, les autres prisonniers sont endormis et je suis assis seul recroquevillé contre le mur. Je pense au temps d'avant mon incarcération quand, à cette heure de la nuit, j'écrivais des articles pour le magazine "la Voix de Taksin". J'étais le rédacteur en chef et éditeur de ce magazine bi- hebdomadaire. Le travail était épuisant, mais très enrichissant et 30.000 exemplaires étaient imprimés et vendus. Sa publication était très attendue par ses lecteurs et faisait l'objet de discussion politique et de commentaires. Certains articles étaient incendiaires parce qu'ils étaient considérés comme diffamatoires envers la monarchie thaïlandaise par les médias thaïlandais et l'élite politique conservatrice.

Ces accusations ont servi à accroître la notoriété et l'image de la revue, car cela répondait aux besoins de ses lecteurs qui se battaient à l'époque pour la liberté politique et la démocratie.

Entre 1992 et 2005, j'ai été un défenseur de l'amélioration des conditions de travail dans le centre de la Thaïlande. J'étais très conscient de la difficulté, la souffrance et du désespoir des ouvriers de l'industrie et de leur exploitation par leurs employeurs. Ces conditions, flagrantes, étaient le résultat d'une croissance industrielle effrénée et incontrôlée dans le but d'obtenir de plus grands profits. Cela a conduit à une augmentation massive de l'écart de revenu entre les riches et les pauvres. J'ai passé beaucoup de temps et d'efforts à lutter pour améliorer ces conditions, défendre les droits et la dignité des travailleurs. Après de nombreuses années de lutte, les conditions et la rémunération se sont améliorées, mais ne sont pas encore à un niveau international.

En 2008, j'ai été invité à devenir un participant clé du mouvement naissant des Chemises rouges, également connu sous le nom de Front Uni pour la Démocratie contre la Dictature (UDD), dans le nord de la Thaïlande. A cette époque, la participation aux rassemblements des Chemise rouge était très faible, mais a augmentée quand Abhisit Vejjajiva, le chef du Parti Démocrate, a formé un nouveau gouvernement en 2008. Le Parti Démocrate représente le mouvement chemise jaune qui est très conservateur et monarchiste.

Malgré la faible participation nous avons persévéré dans nos efforts et ceux-ci ont aboutis à un grand rassemblement de plus de 10.000 personnes en septembre 2010 à Chiang Mai, pour réclamer la libération des prisonniers politiques de l'UDD qui avaient été incarcérés à la suite des manifestations des Chemises rouges à Bangkok et de la répression qui a suivi pour mettre fin au mouvement.

En 2009, il n'y avait pas de mouvement des Chemises rouges dans les provinces méridionales de Thaïlande. A cette époque, j'ai été invité à une cérémonie commémorative pour la tragédie des réservoirs rouges dans la province de Phatthalung. La tragédie des réservoirs rouges a eu lieu dans les années 1970 quand l'armée thaïlandaise a réprimé violemment ​​les activités communistes dans le Sud et exécuté leurs victimes en les jetant à partir d'hélicoptères ou en les brûlants vifs dans des fûts de goudron. J'ai saisi cette occasion pour lancer un mouvement des Chemises rouges là-bas et l'ai visité de nombreuses fois. En raison de mes efforts, les Chemises rouges ont finalement tenu un séminaire de formation qui a réuni plus de 1000 personnes.

Le mouvement des chemises rouges a été fermement établi en 2008 dans l'Issan, la région du nord-est de la Thaïlande. L'Issan est la région la plus pauvre de Thaïlande et est la base du pouvoir du Parti Pua Thai qui représente le mouvement des Chemises rouges dans le gouvernement. En 2009, j'ai été invité à participer aux activités politiques chemises rouges là-bas. J'ai aussi participé à des rassemblements et à des séminaires dans le centre et l'est de la Thaïlande. Lors de ces rassemblements, les participants étaient de tous les milieux et tout le monde pouvait y participer, indépendamment de leur position dans la société. Ils étaient motivés par le désir d'améliorer la société thaïlandaise et de mettre en place un gouvernement de tous les citoyens, pas seulement de l'élite.

Je ne suis pas un leader ni un politicien. Je ne suis pas bon pour faire des discours bien que je sois bien connu. Cependant, je suis très préoccupé par l'injustice dans la société thaïlandaise et par la nécessité d'une réforme. Par conséquent, je tiens à participer au mouvement politique chemise rouge afin de promouvoir la démocratie, l'égalité, la liberté et la justice. Le pouvoir suprême appartient à tout le peuple de Thaïlande. C'est aussi pourquoi j'ai édité et publié le magazine "La Voix de Taksin", qui était un média important pour le mouvement des Chemises rouges. J'ai été accusé de violation de la loi de lèse-majesté et par la suite arrêté en avril 2011. C'est arrivé après que j'ai lancé publiquement une pétition demandant la modification de cette loi qui contredit la Convention Internationale des Droits de l'Homme que la Thaïlande a signé. Je n'ai pas été informé des charges ou de la délivrance du mandat d'arrêt.

J'ai demandé 15 fois sans succès ma libération sous caution. La libération sous caution est souvent accordée à ceux qui ont été jugés pour des crimes plus graves et condamnés à mort. Les années qu'il faut pour lutter contre un cas de la Cour de première instance de la Cour suprême sont débilitants sans liberté sous caution. Comme forçat, l'environnement est surpeuplé et la maladie sévit, ce qui ajoute l'insulte à la blessure tandis que je continue à me battre pour mon cas en attendant la décision finale. Je ne peux utiliser aucun des privilèges accordés aux détenus comme les programmes d'enseignement.

Je suis en outre interdit de toute amnistie ou libération conditionnelle car le temps passé avant le jugement final n'est pas pris en compte dans le système judiciaire thaïlandais. J'aurais pu bénéficier d'une grâce royale si j'avais admis ma culpabilité et dénoncé une autre personne impliquée dans mon crime supposé. Mais c'est quelque chose que je ne peux pas accepter parce que c'est contre mes principes moraux.

En ce qui me concerne, je pense que la lèse-majesté ne doit pas être une loi de droit et que donc je ne suis pas coupable. Donc, si je devais accepter un pardon royal pour la liberté, je serais encore prisonnier de ma conscience. J'ai choisi de souffrir pour lutter contre l'injustice et les abus malgré le fait que je vais sans doute finir par être jugé coupable ou mourir en prison.

En regardant le ciel de ma cellule, je constate que la lune est faible et qu'il n'y a pas d'étoiles. Je pense à ma famille. Cela fait maintenant trois ans que nous avons été séparés. Dans l'intervalle, mes enfants ont été à l'université ce dont je suis fier étant donné les circonstances. Le ciel est sombre comme les ténèbres morales de la société thaïlandaise. Je garde l'espoir qu'un matin lumineux se lèvera un jour.

Somyot Pruksakasemsuk, le 30 avril 2014

Somyot Pruksakasemsuk

Somyot Pruksakasemsuk

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Published by liberez-somyot
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