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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 17:43

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien:

https://uglytruththailand.wordpress.com/2016/01/10/the-long-and-disgraceful-tradition-of-impunity-for-thai-state-murders/

 

En seulement une semaine, la dernière de 2015, la longue et honteuse tradition d'impunité pour les meurtres de l'Etat a été renforcée une nouvelle fois en Thaïlande. Cette semaine-là, l'ancien premier ministre non élu Abhisit Vejjajiva et son homme de main, le voyou d’extrême droite Suthep Thaugsuban, ont été blanchis de toutes leurs responsabilités, notamment celle d’avoir ordonné l'assassinat de sang-froid de près d'une centaine de manifestants pro-démocratie en 2010. Cela n’a pas été une surprise puisque le présent chef de la junte, le généralissime Prayut, avait aussi joué un rôle central dans ce crime d'Etat et a été l’un de ceux qui a eu un pouvoir de décision dans la nomination du gouvernement d’Abhisit contre les souhaits exprimés, en premier lieu, par la plupart des citoyens. Comme justification grotesque de ce crime, ils ont prétendu qu’il était nécessaire de dégager les rues autour des centres commerciaux de luxe. Les manifestants non armés massacrés ne faisaient que réclamer des élections démocratiques.

Lors de cette même semaine, les tribunaux ont classé sans suite l’affaire de longue durée concernant l'assassinat de l'avocat des droits humains Somchai Neelapaijit. Somchai défendait un groupe de musulmans malais qui avaient été torturés par la police pour qu’ils avouent avoir pris part à un raid, afin de voler des armes, qui a été effectué dans une base de l'armée dans le sud. Somchai a été victime d’une "disparition" organisée par des policiers de plusieurs unités différentes, indiquant un feu vert venu d’en haut. Taksin Shinawat était le premier ministre à l'époque. Taksin a également du sang sur les mains suite à l'assassinat délibéré de manifestants non armés à Takbai en 2004.

L'impunité pour les crimes d'Etat en Thaïlande vient d’une longue tradition qui remonte à 1973 et même à au-delà. Aucun fonctionnaire du gouvernement, qu’il soit politique, policier ou soldat, n'a jamais été jugé pour les crimes innommables et violents commis en 1973, 1976 et 1992. Tous ces crimes ont été commis dans le but de défendre les dictatures.

L'impunité pour les crimes d'Etat s’étend également aux acteurs non étatiques qui sont alliés à l'État, comme les foules violentes en 1976, et plus récemment les émeutiers royalistes menés par les Chemises jaunes du PAD, notamment le moine fasciste "Bouddha Issara" et Sutep Teuksuban.

Il est évident qu'il n'y a pas de normes de droits de l'homme en Thaïlande.

Pourquoi est-ce ainsi? L'explication principale est l'attitude conservatrice dominante des élites, une attitude renforcée par la brutalité militaire et qui ne tolère pas le fait que les citoyens doivent être égaux. Les Thaïlandais sont généralement appelés "Ras-sa-don", ce qui signifie "les gens qui vivent dans les terres appartenant au roi". Il s’agit d’un concept périmé et qui est incompatible avec le monde moderne et démocratique.

Dans les lieux de travail, les employeurs pensent qu'ils ont des droits absolus sur leurs employés. Cette attitude est entièrement inscrite dans la législation du travail ainsi que dans l'état d’esprit des juges qui ne parviennent pas à rendre la justice. Lorsque les juges siègent au tribunal, ils regardent les pauvres avec mépris. Les enfants des riches peuvent s’en sortir facilement quand ils tuent des gens parce que "papa" achète les policiers et les juges.

Nous pouvons constater les inégalités dans le langage corporel intégré à la société thaïlandaise. Les gens ordinaires doivent ramper afin de montrer leur respect pour les personnes qui sont au pouvoir ou qui sont leurs aînés. Cette culture grotesque est enseignée dans les écoles et parmi les familles. Dans les ménages de l’élite ils font que leurs servantes rampent devant eux aussi. Ces concepts inégaux peuvent être facilement visibles dans les conversations quotidiennes, en particulier avec les pronoms personnels qui signifient position sociale. Les femmes se voient enseignées qu’elles doivent se faire appeler "Noo" ce qui signifie "petite souris" d'une manière enfantine. Cette idée se contente simplement d’identifier les femmes comme étant des citoyens de seconde classe.

Mais tout cela n’est seulement que la moitié de l'image. L'autre moitié est que la lutte des gens ordinaires contre l'injustice et l'inégalité continue. Ceci se constate par le fait que malgré la violence venu d'en haut, à de nombreuses reprises les dictatures ont été renversés et les élites repoussé. Mais ce qui est nécessaire, plus que tout, est un puissant mouvement social de masse qui puisse établir, pour le long terme, une démocratie durable et des normes élevées de droits de l'homme. Partout dans le monde, et notamment en Thaïlande, les syndicats indépendants ont joué un rôle essentiel dans cette lutte. Sans un tel mouvement, l'impunité pour les crimes de l'Etat se poursuivra. Le "People Power" est la clé ici. L'espoir des universitaires bien intentionnés d'établir une "Commission de la vérité" ne donnera rien sans ce pouvoir.

Nous devons abolir la Commission nationale des droits humains. Cette organisation thaïlandaise est composée de soldats, de policiers et d'universitaires qui ont toujours été contre la démocratie. Un mouvement de masse pro-démocratie, qui pourrait influencer l'opinion publique, serait beaucoup plus efficace qu'une commission des droits de l'homme financé par l'Etat.

Nous devons renverser la puissance physique et politique de l'armée ainsi que l'influence idéologique de la monarchie afin d’envoyer les criminels d'Etat devant la justice. À long terme, nous devons augmenter nos droits dans les lieux de travail, les écoles et les universités et nous devons bénéficier de l'intégralité des droits entre les sexes. Nous avons besoin de la dignité humaine et du respect. Nous devons lutter pour obtenir ces valeurs parce que personne venu d'en haut ne va nous les donner.

Une fasciste chemise jaune thaïlandaise remercie les militaires pour leur coup d’Etat contre un gouvernement élu par le peuple

Une fasciste chemise jaune thaïlandaise remercie les militaires pour leur coup d’Etat contre un gouvernement élu par le peuple

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Published by liberez-somyot
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