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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 10:20

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien :

https://uglytruththailand.wordpress.com/2016/03/13/thai-neo-liberals-constantly-try-to-destroy-universal-health-care/

 

La dernière attaque contre la politique universelle de soins de santé du gouvernement Taksin est venue du ministre de la Santé de la junte Beeyasakon Sakonsatyatorn. C’est le dernier d'une série de fanatiques du marché libre à proposer la réintroduction des frais de soins de santé pour les pauvres sous le prétexte fallacieux comme quoi le gouvernement ne pouvait pas se permettre de le conserver gratuit. Naturellement, le généralissime Prayut, et les autres membres du gang de la dictature militaire sont d'accord avec lui.

Avant l'élection du premier gouvernement Thai Rak Thai de Taksin, les pauvres de Thaïlande ne pouvaient pas se permettre des soins de santé adéquats. Ils étaient soit contraints de s’endetter à n’en plus finir, soit devait dépendre de parents ou alors ils devaient mendier des zestes de charité. Si tout cela échouait, ils ne leur restaient plus qu’à souffrir ou à mourir. Le docteur Sanguan Nitiyarumpong, et d'autres, ont fait campagne pour encourager le gouvernement Taksin à introduire le tout premier système de soins de santé universel du pays. Les gens pouvaient alors se rendre à l’hopital pour la petite somme de 30 bahts pour chaque visite à l'hôpital et ils avaient ensuite droit à presque tous les traitements sans avoir à débourser de frais supplémentaires. L'idée était de moderniser la société thaïlandaise et d’inclure tous ceux qui n’étaient pas couverts par un régime d'assurance-maladie dans une politique basique de santé universelle. La grande majorité de ceux qui ont bénéficiés de la carte à 30 bahts de soins de santé étaient des personnes rurales travaillant dans le secteur agricole, des travailleurs indépendants et des chômeurs. Le régime couvrait également les enfants et les personnes âgées. Il a également bénéficié aux travailleurs urbains qui avaient déjà une assurance maladie, mais devaient assumer le coût des soins de santé de leurs parents vivants en milieu rural.

Dès sa première introduction, les fanatiques néolibéraux du libre marché ont commencé à critiquer l'idée que tous les citoyens puissent avoir droit aux soins de santé. Au premier rang des critiques se trouvaient les politiciens du Parti démocrate dont Abhisit Vejjajiva ainsi que divers économistes de droite. L'ensemble de la vieille garde des élites non élues étaient, et sont encore, fortement opposés à l’idée de dépenser de l'argent de l'Etat au profit de la plupart des citoyens, en particulier des pauvres. D’horribles et réactionnaires voix se sont plaintes d'un "manque de discipline budgétaire". Naturellement, aucun de ces termes ou des plaintes n’ont été dirigées contre les dépenses militaires en constante augmentation ni contre les dépenses somptuaires de la famille royale.

Après le coup d'Etat militaire de 2006 qui a renversé le gouvernement Taksin, le Bangkok Post a rapporté que le Bureau du budget avait réduit le budget de régime universel de soins de santé du Thai Rak Thai de 23% tout en augmentant les dépenses militaires de 30%. Le budget militaire avait commencé à baisser sous l'administration Taksin.

La junte militaire de l’époque a décidé de supprimer la charge de 30 bahts, mais c’était à double tranchant parce que de nombreux membres de la junte ainsi que leurs conseillers avaient un vicieux agenda caché. Ils avaient longtemps fait comprendre qu'ils voulaient introduire des soi-disant "co-paiements" à une date ultérieure qui aurait largement dépassé la taxe à 30 bahts d'origine. Ces co-paiements auraient été facturés en fonction du revenu et seulement les plus pauvres des pauvres recevraient des soins de santé de mauvaise qualité mais gratuits. Heureusement, ils n’ont pas pu obtenir immédiatement la mise en place de leur rêve déformé. Ceci principalement parce que la classe dirigeante se méfie des conséquences si elle supprime cette politique populaire.

Le terme "co-paiements" est un terme malhonnête. Tous les citoyens thaïlandais paient des impôts directs ou indirects au gouvernement et cela est utilisé pour les dépenses de l'Etat. Même les personnes les plus pauvres qui ne paient pas l'impôt sur le revenu sont encore obligées de payer des impôts indirects comme la TVA. En fait, alors que beaucoup de riches réussissent à éviter de payer des impôts, les sections les plus pauvres de la société paient plus d'impôts que les riches par rapport à leurs revenus. Cela est dû à une trop grande dépendance à l'égard de la fiscalité indirecte et régressive. Les soi-disant "co-paiements" ne sont rien d'autre que l’abandon par l'Etat de sa responsabilité de fournir des services basiques de soins de santé.

La dégénérescence de la politique sous le gouvernement de Yingluk a été exposé par son utilisation frénétique de la loi de lèse-majesté, mais aussi par le fait que le ministre de la santé de ce gouvernement a réintroduit l'idée de co-paiements en mai 2013. Heureusement, cela n’a également pas été suivit d’effets.

Après le coup d'Etat militaire de Prayut en mai 2014, le secrétaire permanent pour la santé, le Dr Narong Sahametapat, a suggéré que le régime de santé universel soit mis au rebut et que les patients payent jusqu'à la moitié de leurs propres coûts de soins de santé. Narong Sahametapat a participé aux violentes manifestations de la classe moyenne organisées par Sutep et qui ont finalement sabotées les élections de février 2014. Il a ensuite rejoint le comité anti-réforme de la junte. Naturellement, le budget militaire a grimpé à des niveaux sans précédent après le coup et le budget des soins de santé a été réduit.

Or, ces créatures prétendent à nouveau qu'il n'y a pas d'argent pour les soins de santé. La vérité est exactement le contraire. Il y a beaucoup d'argent en Thaïlande, mais le problème est qu'il est concentré dans de mauvaises mains.

L’activiste de la santé, Nimit Teanudom, a souligné que depuis le coup d’Etat de Prayut, de nouvelles réglementations bureaucratiques introduites par la junte ont rendu plus difficile pour les hôpitaux d'utiliser les fonds du régime à "30 baht" pour de nombreuses activités vitales. La junte a également limité le rôle de l'organisation pharmaceutique de l'Etat dans la fourniture de médicaments aux hôpitaux. Il semble qu'ils sont tranquillement en train de poignarder le système dans le dos afin de pouvoir réclamer que le régime, tel qu'il est, doit être aboli.

Néanmoins, l'expérience montre que la critique publique des tentatives du régime pour supprimer le système à "30 baht" a autrefois forcé les responsables gouvernementaux à faire marche arrière. Nous devons augmenter cette critique.

Une partie essentielle de la lutte pour la démocratie est la nécessité de détruire le pouvoir et l'influence de l'armée. Les budgets militaires et royaux devraient être réduits. Des impôts progressifs doivent être prélevés sur les riches et les grandes entreprises. Les sociétés pharmaceutiques d’État doivent briser les brevets pharmaceutiques oppressifs contrôlées par les grandes sociétés pharmaceutiques afin de réduire le coût des médicaments essentiels. Il ne peut y avoir de démocratie sans le droit de tous les citoyens d'accéder aux soins de santé gratuits et décents ainsi qu’à l'éducation.

 

A gauche des patients, au milieu la carte à 30 bahts, à droite le ministre de la Santé de la junte Beeyasakon Sakonsatyatorn

A gauche des patients, au milieu la carte à 30 bahts, à droite le ministre de la Santé de la junte Beeyasakon Sakonsatyatorn

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Published by liberez-somyot
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