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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 08:43

Le 10 avril 2010, le gouvernement d’Abhisit Vejjajiva ordonnait la dispersion des manifestants pacifistes par l’armée. Cela a conduit à un massacre épouvantable ou plus d’une vingtaine de manifestants ont perdus la vie.

Quelques jours après, le 19 avril, le journal Bangkok Post publiait dans sa rubrique "opinions" un article de Pavin Chachavalpongpun tirant les leçons de cette boucherie.

Lien de l’article:

http://www.bangkokpost.com/archive/from-the-chaos-may-emerge-a-new-thai-identity/36273

Voici la traduction de cet article:

Du chaos actuel peut émerger une nouvelle identité thaïlandaise

Un article de Pavin Chachavalpongpun (Bangkok Post du 19 avril 2010)

Le fatal face à face entre les chemises rouges et les forces de sécurité durant lequel au moins 24 personnes ont été tuées et plus de 800 autres blessées est la dernière preuve que les jours de "gloire" de la Thaïlande ont pris fin. La position du pouvoir, longtemps dominé par l'élite de Bangkok, est sur le point de s'effondrer.

Le bain de sang dans les rues de Bangkok a transmis un message ferme à l'égard des institutions établies comme quoi le temps où elles monopolisaient le pouvoir d'Etat est révolu. Certains médias locaux sont réticents à utiliser le terme de "guerre civile" pour décrire les brutaux affrontements en cours. Quel que soit le nom qu'on lui donne, le conflit, avec ses profondes racines dans la polarisation idéologique, est en voie de générer des changements politiques.

Déjà la violence qui a éclaté au cours des innombrables batailles politiques a redéfini l'essence même de la nation thaïlandaise. L'identité nationale conçue par l'État est menacée. Apparemment, beaucoup de Thaïlandais sont en train de trouver un sens nouveau dans le fait d'être thaï.

Traditionnellement, la Thaïlande était un pays fier de sa perfection. C'est le seul pays en Asie du Sud-Est qui a réussi à échapper au colonialisme, comme c'est souvent affirmé. Ce succès, comme les anciens chefs thaïs l'ont constaté, a été rendu possible en raison du caractère d’unité imprégné chez tous les Thaïlandais. Cet attribut est également la raison pour laquelle quelques personnes pensent que la Thaïlande est censée être supérieure à ses voisins. C'est ainsi que de nombreux Thaïlandais se percevaient. C'est cette perception même qui a été exploitée par l'Etat dans sa tentative de construire une identité nationale.

À bien des égards, la Thaïlande a eu ses jours de "gloire". Au cours des dernières décennies, la Thaïlande, en dépit d'avoir été gouvernée par de nombreux régimes despotiques, a bénéficié d'un certain niveau de stabilité politique. La stratégie thaïlandaise des deux faces, rebaptisée de façon plus attrayante comme une diplomatie qui se plie habillement au vent, a permis au pays de survivre à différents types de menace. La stabilité politique a été renforcée par de longues années de croissance économique impressionnante. Il n'y a pas de doute, la Thaïlande était loin devant ses voisins déchirés par les guerres.

C'était l'époque où l'élite politique a commencé à repenser l'identité nationale de la Thaïlande, non seulement dans le cadre de l'identification des Thaïs "eux-mêmes" face à des voisins supposés inférieurs, mais aussi dans le renforcement du régime de tous les jours en imposant certaines règles sociales dans le but d'exiger l'obéissance sociale. La Thaïlande est devenue le "Pays du Sourire", car les Thaïlandais étaient apparemment heureux sous la bienveillance de l'élite de Bangkok. Le caractère thaï, comme en témoigne l'hymne national thaïlandais, a vigoureusement promu "la Thaïlande unie par la chair et le sang des Thaïs. C'est une nation qui appartient aux Thaïs à tous les égards ... Les Thaïlandais sont "épris de paix", dit même les paroles de l'hymne national.

Sous les sourires thaïlandais, cependant, la domination politique dans les mains de l'élite de Bangkok a continué. On a dit aux villageois pauvres des régions éloignées de rester asservis, même quand ils ont été laissés dans la pauvreté et paralysés politiquement. Pour beaucoup d'entre eux, être thaïlandais signifiait être soumis politiquement. Les dirigeants prenaient leurs décisions de Bangkok. La perception d'incultes khon ban nok (résidents de l'intérieur du pays) les suivait. L'élite appelait cela un contrat "social". Tous les Thaïlandais semblaient vivre heureux à l'unisson. Jouant sur cette image trompeuse, la Thaïlande a même déclaré au monde que ses touristes étaient les bienvenus dans "Amazing Thailand".

Tout au long de la période de Thaksin Shinawatra, toutefois, le premier ministre milliardaire a chamboulé le consensus politique. Il l'a fait avec une série de programmes populistes, tels que les soins de santé universels et bon marché ainsi que les vaste fonds de développement villageois. En un sens, il a réussi à mettre un sourire sincère sur les visages, en particulier sur ceux des régions du Nord et du Nord-Est. Au cours de son administration de six ans, non seulement ils ont pris le goût d'une vie plus confortable, mais ils se sont vu également offrir la chance d'élire leur dirigeant préféré lors de scrutins électoraux. Tout à coup, leur poids politique est devenu significatif.

Mais leurs sourires ont sérieusement menacés les intérêts et la puissance de l'élite de Bangkok. Trois ans après le coup d'Etat militaire, l'élite de Bangkok lutte contre les "khon ban nok" qui sont maintenant étiquetés comme étant simplement stupides et facilement manipulables. Les affrontements sanglants au cours du week-end précédent ont révélé que ces villageois, en chemises rouges, ne sont plus soumis. Ils cherchent à réinventer une identité nationale propre. Ils sont impatients de rejeter le processus de décision du haut vers le bas de l'identité nationale, tout en faisant campagne pour un renouveau de la façon dont les Thaïlandais doivent exprimer celle-ci.

Le message de la population rurale est clair: une nouvelle Thaïlande avec une nouvelle identité qui ne sera plus soumise, mais dans laquelle les Thaïs connaîtront leurs droits. Les manifestations incessantes confirment l'émergence d'une telle nouvelle identité qui conteste farouchement celle, traditionnelle, créé par les dirigeants de Bangkok. Parfois, cette nouvelle identité permet aux Thaïlandais de se comporter de façon non conventionnelle, comme on l'a vu lors des émeutes d'avril 2009 à Bangkok et les incidents du week-end dernier. Elle révèle aussi la vérité derrière ces images peu attrayantes de la Thaïlande. Autrement dit, la nation thaïlandaise n'est plus le sang et la chair qui unissent les Thaïs, car cette société n'est pas homogène, mais comprend de nombreuses races différentes, et que les gens professent différentes idéologies politiques. Ils n'ont pas besoin de faire semblant d'être les mêmes.

La Thaïlande est entrée maintenant dans un nouveau paysage politique. Les développements récents suggèrent fortement que les forces anti-gouvernementales désirent reconstruire la société thaïlandaise et la rendre plus équitable. Comme il sera impossible de supprimer les divisions de classe, ils ont juste l'espoir que la sous-classe en pleine expansion sera en mesure d'adhérer et d'accéder sans entrave à la politique de l'Etat.

Quelle influence cela aura-t-il sur l'avenir de la Thaïlande? L'Etat devra se faire à ce changement de perception de l'identité chez le peuple. Ils revendiquent de protester pour leurs droits. L'État se verra attribuer une nouvelle responsabilité de veiller à ce que leurs droits soient protégés, que leur bien-être soit amélioré et que les nouvelles organisations des droits de l'homme soient renforcées.

La Thaïlande a longtemps vécu dans un monde féerique dans lequel l'idéal de la perfection supposée efficace éclipsait les énormes différences et les fragmentations de la société. Les conflits meurtriers entre les chemises rouges et les autorités de l'Etat peuvent démontrer la laideur de la Thaïlande réelle. Mais ils exposent également son autre côté - le côté de l'amour du peuple pour les valeurs de la démocratie, une plus grande égalité et une société juste.

 

"Nous n’oublierons pas le massacre du 10 avril" clame la pancarte de cette manifestante

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Published by liberez-somyot
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