Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 12:44
Le gangster Rodrigo Duterte élu Président des Philippines

L'élection du "seigneur de la guerre" et gangster local de la ville de Davao, Rodrigo Duterte, soulève de nombreuses questions. L'homme a commis de nombreuses violations des droits de l'homme en ordonnant les exécutions extrajudiciaires de milliers de petits délinquants. Certains d'entre eux étaient des enfants. Ses escadrons de la mort été constitués de policiers, d'hommes armés embauchés et de combattants de l'ex-Parti communiste. Après son récent succès à l'élection présidentielle, il a promis de rétablir la peine de mort, abolie en 2006, et se vantait que certains "criminels" seraient suspendus jusqu'à ce qu'ils soient décapités.

Le gangster Rodrigo Duterte élu Président des Philippines

Duterte est également célèbre pour son attitude épouvantable vis-à-vis des femmes, en plaisantant sur le viol et l'assassinat d'une religieuse australienne lors d'une émeute de prison. Il a dit qu'il regrettait de n'avoir pas été le premier à la violer.

Duterte est un homme politique de droite réactionnaire qui utilise la rhétorique populiste afin de faire appel aux travailleurs et aux pauvres. Il a dit qu'il nommerait des gens du Parti communiste maoïste des Philippines (PCP) à des postes de responsables de l'environnement, de la réforme rurale et du travail. Il s'est délibérément bâti une image "d'homme fort" dans l'intention de faire appel aux éléments les plus rétrogrades de la société, y compris les sections des classes moyennes qui sont préoccupés par la criminalité. Ses commentaires anti-femmes s’accordent étrangement avec son soutien pour les personnes GLBT. Le but de tout ce mélange des idéologies est uniquement pour obtenir un soutien de masse. Il n'y a aucun principe là-dedans.

Son flirt avec les maoïstes du PCP était réciproque de la part de Jose Maria Sison, le fondateur du PCP, qui a dit qu'il est temps pour la réconciliation. Aujourd'hui, les maoïstes du PCP ne sont pas une force de progrès. Au mieux leur idéologie maoïste dans le passé était une forme de conservatisme stalinien autoritaire et de nationalisme. Comme tous les partis staliniens, ils sont obsédés par des alliances inter-classe avec des politiciens bourgeois. Les "maoïstes" des partis communistes de Chine et du Népal prennent désormais en charge les politiques économiques néo-libérales.

Si Duterte ne parle pas seulement en l'air sur le fait de nommer des communistes à des postes ministériels, ces nominations n'entraîneront pas de politiques progressistes sérieuses. Il existe un précédent historique de nomination d’un gauchiste comme Ministre du Travail aux Philippines. Après le renversement du dictateur Marcos, Augusto Sánchez du KMU, une fédération syndicale militante et influencée par le PCP, a été nommé à la tête du ministère du Travail par Corazon Aquino. Quand les politiciens bourgeois nomment des personnes perçues comme des gauchistes à des postes ministériels, c’est dans le but de mieux contrôler les mouvements sociaux, y compris les syndicats. Lorsque leur travail est fait, ils sont ensuite jetés aux oubliettes. C’est ce qui est arrivé à Sánchez.

Avant la victoire de Duterte, Sonny Melencio du parti de gauche non-stalinien "Partido Lakas ng Masa" (traduit littéralement par "Parti de la Force des Masses"), a écrit que les socialistes ne devraient pas soutenir les principaux candidats lors de ces élections. [Voir http://bit.ly/1WEyXKb]

Le gangster Rodrigo Duterte élu Président des Philippines

Le candidat du Parti libéral, choisi pour succéder au fils d'Aquino, Benigno Noy Noy, était le principal rival de Duterte. Comme Melencio le souligne, la victoire de Duterte montre que la population en avait marre du vieux "trapo" ("chiffon sale"), les politiciens d'élite qui n’ont rien fait pour améliorer la vie des gens ordinaires et des pauvres. La victoire de Duterte est également due à la faiblesse de l’alternative de gauche.

Il poursuit en expliquant que Duterte lui rappelle un peu Juan Peron, l’ex-dictateur populiste de l'Argentine qui avait mis en place des alliances entre la gauche et la droite. Pourtant, Duterte ne montre aucun signe d’intention d'utiliser l'Etat afin de mettre en place des politiques corporatistes comme Peron.

Melencio a justement rejeté l'idée que Duterte est un "étranger" parce qu'il vient en fait d'une élite politique locale qui domine l'île de Mindanao.

Il est intéressant de comparer Duterte avec Taksin Shinawat de Thaïlande. Les deux hommes sont responsables de violations des droits de l'homme. Taksin a essayé de se créer une image d’homme fort et est responsable de milliers d'exécutions extrajudiciaires dans sa guerre contre la drogue. Les deux hommes ont aussi obtenu le soutien d’ex-maoïstes. Cependant, Taksin n’était pas un politicien gangster local. C’était un riche homme d'affaires qui a mis en place certaines politiques pro-pauvres importantes, y compris le système de soins de santé universels.

Lorsque l'on compare Duterte avec Taksin, une question importante se pose à propos de la politique du Partido Lakas ng Masa vis- à-vis de Duterte après l'élection. Le ton de Melencio est trop conciliant envers ce gangster et ses partisans. Il soutient que les anciens partis "trapo" de l'élite sont l'ennemi principal. Mais Duterte est également l'ennemi des travailleurs. Il affirme que la gauche devrait marcher aux côtés des partisans de Duterte et il se félicite de l'alliance proposée par Jose Maria Sison avec Duterte. Pourtant, la gauche doit rester totalement indépendante des politiciens bourgeois, en particulier de ceux qui abusent des droits humains. La gauche a besoin de mettre en avant une véritable plate-forme alternative afin de faire campagne pour un Etat-providence, les droits syndicaux et la fin de l'oppression par l'Etat. Ce que nous avons fait en Thaïlande pendant le gouvernement de Taksin.

Bien sûr, la gauche doit également s’opposer à toute tentative de coup d'État par les partis traditionnels et les militaires et si un tel putsch devait se produire et qu’un mouvement social pro-démocratie énorme devait survenir, alors il serait bon de se tenir aux côtés des supporters de Duterte en s’opposant aux menaces contre la démocratie. Voilà pourquoi nous étions avec les chemises rouges en Thaïlande, tout en maintenant notre indépendance vis-à-vis de Taksin et des dirigeants UDD soutenus par Taksin.

 

Le gangster Rodrigo Duterte élu Président des Philippines

Maintenant, il n’est pas temps pour la gauche de bâtir n’importe quel type d'alliance avec Duterte. Pendant trop longtemps, la gauche en Asie du Sud-est a passé du temps à construire des alliances inter-classe dans l'espoir d'un raccourci vers le pouvoir. Les socialistes non-staliniens aux Philippines sont beaucoup plus forts et influents que nous en Thaïlande et il serait dommage de perdre la possibilité de devenir encore plus fort.

Pour en savoir plus sur les partis communistes de l'Asie du Sud-Est, voir le lien ci-dessous:

http://bit.ly/1OEfsJo

Partager cet article

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article

commentaires