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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 08:25
Stabilité gérée ou démocratie?

J'ai eu récemment une conversation avec un chercheur associé au ministère des Affaires étrangères britannique et je fus surpris et choqué de l'entendre dire: "La Birmanie est le pays le plus démocratique en Asie du Sud-est". Il a poursuivi en affirmant que la chose la plus inquiétante à propos de la Birmanie était qu’Aung San Suu Kyi pourrait être trop rigide pour travailler avec les militaires.

Maintenant, en ce qui me concerne, les Philippines et l'Indonésie sont de loin les pays les plus démocratiques dans la région, en dépit de leurs défauts. Et avouons-le, la Grande-Bretagne et les États-Unis ne sont pas exactement des démocraties parfaites. En ce qui concerne la Birmanie, elle dispose d’une constitution qui permet une domination militaire de la politique à long terme et la chose la plus inquiétante à propos de Suu Kyi est qu'elle s’est complètement compromise avec les militaires, les idées birmanes nationalistes et islamophobes, et que c’est une néo-libérale.

Alors, que représente cette idée absurde sur la Birmanie?

Les points de vue sur la démocratisation des responsables traditionnels et des politiciens proches de gouvernements occidentaux sont fortement influencés par la théorie de droite des "politiques comparées" soutenue par des universitaires comme Guillermo O'Donnell. Pour ces gens, la transition démocratique ne concerne que le comportement des factions de l'élite et de la façon dont elles gèrent une transition stable vers ce qu'on appelle la démocratie. En fait, ils ne sont pas vraiment intéressés par la liberté, les droits démocratiques et la justice sociale pour la majorité de la population. Ils sont aveugles et terrifiée par la perspective de mouvements de masse de la classe ouvrière et des pauvres se levant pour renverser les régimes autoritaires.

Guillermo O'Donnell

Guillermo O'Donnell

En lisant, grâce à la science politique, de la littérature sur les transitions démocratiques dans les jours avant le renversement de Suharto en Indonésie ou avant le renversement de Marcos aux Philippines, vous pourrez voir que l'idée que ces dictateurs puissent être renversés par des mouvements de masse venus de la base est totalement absente. Mais, en fait, c’est exactement ce qui est arrivé. La même chose peut être dite des soulèvements du printemps arabe et des soulèvements de 1973 et 1992 contre l'armée en Thaïlande. Et la force sociale la plus importante qui peut faire avancer et développer la démocratisation dans tous ces pays, dont la Thaïlande, reste les mouvements de masse des travailleurs et des pauvres.

Même lorsque les théoriciens de droite sont obligés de faire face à la réalité lorsqu'un régime a été renversé par un mouvement de masse, ils tentent de réécrire l'histoire en prétendant que ce fut un mouvement des classes moyennes.

En d'autres termes, l’idée de droite des "politiques comparées" regarde vers le bas les travailleurs et les pauvres et voient les élites et les classes moyennes comme les seules personnes qui peuvent apporter des progrès vers la démocratie. Ceci est une vue qui correspond exactement aux vues exprimées en Thaïlande par les chemises jaunes du PAD, les manifestants antidémocratiques de Sutep, la junte militaire et les idiots responsables de la rédaction des constitutions et des programmes anti-réforme de l'armée.

Pit Pongsawat

Pit Pongsawat

Malheureusement, mon ami et politologue à l’Université Chulalongkorn, Pit Pongsawat, semble également aller de pair avec cette aile droite non-sens des "politiques comparées". Récemment, il a suggéré que nous devrions trouver des façons d'ouvrir un dialogue avec les militaires afin d'apporter la démocratisation. Mais cette "démocratisation" ne sera que de la "Stabilité gérée", très apprécié par la droite. L’actuelle semi-démocratie birmane dominée par les militaires est un exemple clair du produit final de ces idées.

La leçon à tirer est que ce serait une perte de temps de croire que les gouvernements étrangers, en particulier ceux de l'Ouest, puissent être un facteur important dans la réalisation de la démocratie en Thaïlande. Pour eux, leur seul intérêt est d'être capable de faire des affaires avec la Thaïlande. Ils veulent être en mesure de "garder les lignes ouvertes" pour parler aux élites et aux militaires et il y a des voix exprimées dans les milieux gouvernementaux britanniques qui critiquent les principes légèrement démocratiques de l’ambassadeur sortant britannique à Bangkok car ceux-ci "isoleraient" la Grande-Bretagne vis-à-vis de la junte militaire.

Nul doute que le gouvernement des États-Unis essaye également de marcher sur une ligne fine entre le fait d’être considéré comme anti-dictature et celui de pousser la junte thaïlandaise dans les bras des Chinois.

Comme nous l'avons dit à plusieurs reprises dans ce blog, la démocratie, la liberté et la justice sociale ne seront atteintes que grâce à la construction de mouvements sociaux de masse par la base.

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Published by liberez-somyot
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