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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 15:52
A gauche, Somyot, à droite, les détenus sont systématiquement enchainés

A gauche, Somyot, à droite, les détenus sont systématiquement enchainés

À la mi-juin 2016 Somyot Preuksakasemsuk a écrit une lettre exposant la détérioration choquante des conditions des prisonniers dans les prisons thaïlandaises.

Depuis mars 2016, le Département des prisons a émis un certain nombre de nouveaux règlements qui ont réduit les conditions de vie et le bien-être des prisonniers. Cela équivaut à une violation flagrante des droits de l'homme.

Tout d'abord, les autorités pénitentiaires ont enlevé tous les matelas, oreillers et couvertures des prisonniers et les ont détruits. L'excuse pour cet acte de barbarie était que les autorités recherchaient des drogues. Ces objets de literie et des couvertures avaient été initialement vendus aux détenus de la prison. Les nouveaux règlements stipulent que les prisonniers se verront désormais autorisés la possession de 3 couvertures de qualité extrêmement pauvres qui leur seront donné par les autorités. Ces actions ont un impact négatif sur le bien-être psychologique et physique des prisonniers, dont beaucoup sont en mauvaise santé ou sont des personnes âgées. Souvent, la nuit, les prisonniers thaïlandais sont enchaînés ensemble dans de petites cellules.

Il y a quelques années, Surachai Darnwatanatrakun, un autre militant qui a également été emprisonné pour lèse-majesté, a décrit les conditions dégoûtantes de la prison de Pataya. La prison avait été construite pour 600 détenus, mais abritait 3600 personnes. Il n'y avait pas assez d'espace sur le sol pour dormir, donc certains devaient dormir sur des cartons couvrant les toilettes. Même alors, de 5 à 10 prisonniers devaient se relayer pour se lever et s'asseoir pendant la nuit. Surachai a été détenu dans une cellule de 5X10 mètres avec 60 autres détenus durant la nuit. Ils ont dû construire des étagères pour pouvoir dormir. L’arrivée d'eau était coupée, sauf pendant 2 ou 3 heures, généralement de 10 heures à minuit. On ne fournissait pas de papier de toilette et de nombreux prisonniers avaient des maladies de la peau. Heureusement, Surachai a été libéré, mais Somyot est toujours en prison parce qu'il refuse de plaider coupable et de demander "pardon".

La Thaïlande est 17eme dans le monde pour la proportion de ses citoyens en prison, avec 340 prisonniers pour 100.000 habitants. Cela se compare à 64 pour la Norvège et 94 pour la France.

Deuxièmement, Somyot a rapporté que les autorités pénitentiaires ont imposé de nouvelles restrictions sur l'accès aux informations et aux livres. Les journaux sont désormais interdits et les prisonniers ne peuvent plus acheter des livres ou des magazines. Les familles des prisonniers ne sont autorisées à apporter que 3 livres ou magazines par mois à partir d'une liste étroitement restreinte de matériel de lecture "approuvé". Cet abus brut des prisonniers est conçu pour les garder totalement dans l'ignorance des événements dans le monde extérieur et est particulièrement cruel pour les détenus de longue durée. De telles actions signifient que les prisonniers ne sont pas du tout préparés à la vie en dehors quand ils sont enfin libérés.

Enfin, il y a de nouvelles restrictions sur la quantité et la fréquence avec laquelle les parents des détenus peuvent déposer de l'argent sur les comptes des prisonniers. Depuis le coup d'Etat militaire de Prayut, il y a deux ans, le nombre de personnes autorisées à visiter chaque prisonnier a également été sévèrement réduit.

Somyot est un activiste et éditeur thaïlandais de magazine politique qui a été condamné en 2013 à une peine de onze ans pour lèse-majesté pour des articles qu'il n'a pas écrit. Il a été arrêté le 30 avril 2011 et est détenu depuis cette date. Ce qui est remarquable à propos de Somyot, c’est qu'il a continué à être un défenseur actif de la justice, même en prison. Il y a vingt ans, c’était un organisateur syndical qui a organisé avec succès un mouvement syndical dans un certain nombre d'usines de textile au nord de Bangkok.

Comme avec la plupart des pays, les prisons thaïlandaises sont pleines de gens pauvres, principalement pour des inculpations liées au vol et à la drogue. Il n'y a pas assez de discussions dans la société thaïlandaise sur le rôle des prisons et les droits des détenus. Naturellement, la classe dirigeante thaïlandaise ne considère même pas les gens ordinaires comme des "citoyens ayant des droits". Ils sont faits pour se prosterner devant les riches et les puissants et les prisonniers sont traités de manière encore pire.

La répression dans le système judiciaire thaïlandais est totalement hors de proportion. Les gens son condamné à quelques années de prison à peine pour assassinat ou usage de la violence, alors que les prisonniers pour lèse-majesté sont condamnés à des peines se situant en moyenne entre 20 et 40 ans. Ceux qui sont au sommet de la société et qui commettent des assassinats massifs de manifestants jouissent de l'impunité.

Les accusés dans les procès sont enchaînés et forcés de porter des uniformes inhumains de détention. Cela signifie qu'ils sont maltraités avant l'issue du procès et doivent comparaître en cour en ressemblant à des "criminels". Cela se traduit par des erreurs judiciaires. Dans les procès de lèse-majesté, vous pouvez être reconnu coupable même si ce que vous avez dit et écrit était factuellement vrai. De nombreux procès politiques sous la présente junte sont jugés par des tribunaux militaires.

Quand un pays comme la Thaïlande est gouvernée par un groupe de gangsters militaires qui détruisent la liberté et la démocratie, ceux qui sont au bas de la société ne sont même pas traités comme des êtres humains.

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Published by liberez-somyot
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