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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 11:26

Un article de "The Conversation"

Lien de la version originale en anglais:

http://theconversation.com/thailands-future-under-king-rama-x-lessons-from-three-asian-countries-67985

 

Le prince héritier de Thaïlande est devenu le roi Maha Vajiralongkorn Bodindradebayavarangkun ou Rama X, le dixième monarque de la dynastie Chakri, succédant à son père décédé le 13 octobre. Mais beaucoup d'incertitudes demeurent sur l'avenir de la Thaïlande - et sur celui de la monarchie - aussi bien dans le pays que parmi les observateurs internationaux.

Beaucoup d'attentions ont été portés sur la personnalité de l'impopulaire prince héritier. Alors que les médias internationaux ont noté sa vie personnelle erratique, de plus grandes préoccupations viennent de sa réputation d'être une personne impitoyable, ce qui pourrait nuire au respect écrasant pour la monarchie en Thaïlande.

Malgré l'apparence superficielle d'une monarchie constitutionnelle moderne (soigneusement élaborée par la propagande du palais), la monarchie thaïlandaise est en réalité profondément conservatrice. Peut-elle se moderniser après la mort du roi Bhumibol Adulyadej et survivre à un monde en mutation?

Les royalistes thaïlandais aiment prétendre qu'aucun autre pays ne peut être comparé à la Thaïlande. Mais il y a au moins trois cas comparables dans l'histoire récente de l'Asie qui peuvent faire la lumière sur l'avenir politique possible de la Thaïlande.

Le roi Maha Vajiralongkorn Bodindradebayavarangkun et sa nouvelle épouse

Le roi Maha Vajiralongkorn Bodindradebayavarangkun et sa nouvelle épouse

La Chine de Mao Zedong

Le premier de ces cas est la Chine, après la mort de Mao Zedong en 1976. La dernière décennie du mandat de Mao en Chine - comme les dix dernières années du règne du roi Bhumibol en Thaïlande - a été une période de grande agitation politique.

Bien que idéologiquement les deux dirigeants se situent dans des extrémités opposées du spectre politique, ils ont tous les deux joués un rôle crucial dans l'établissement des régimes qui sont venus à dominer leur pays: le Parti communiste de Chine et le bloc du pouvoir militaire-bureaucratie-monarchie en Thaïlande.

Les deux figures ont fait l'objet de cultes de personnalité totalitaire répandus par les médias et le système éducatif. Tous deux étaient politiquement intouchables.

Dans les deux pays, la conformité aux idées idiosyncratiques du souverain a remplacé le débat politique rationnel. Dans les deux cas, les groupes idéologiquement extrêmes ont profité du vide de puissance créé par le vieillissement et l'affaiblissement du dirigeant pour saisir le pouvoir, apparemment pour protéger son héritage: la "Bande des Quatre" et les Gardes Rouges en Chine et en Thaïlande des mouvements de rue royalistes fanatiques et une clique hyper-royaliste au sein de l'armée.

Pourtant, peu de temps après la mort de Mao en 1976, la Bande des Quatre fut rapidement renversée et Deng Xiaoping a pu manœuvrer sa propre ascension au pouvoir. Alors que Deng consolidait son autorité, les partisans de Mao au sein du PCC ont finalement été mis à l'écart.

Deng a mis un terme à l'agitation de la Révolution culturelle, renforcé les relations avec l'Occident et commencé un processus de réforme de l'économie chinoise et d'ouverture du pays au monde.

Mao Zedong

Mao Zedong

L'Indonésie de Suharto

Nous pouvons trouver une autre comparaison avec le voisin régional de la Thaïlande, l'Indonésie. Les deux pays partagent de nombreuses similitudes. Le roi Bhumibol et l'ancien dictateur militaire général Suharto sont arrivés au pouvoir pendant la politique aiguë polarisée de la guerre froide en Asie du sud-est. Et des dictatures militaires ont été établies dans les deux pays.

Le roi Bhumibol et Suharto étaient de fervents anti-communistes et ont joué un rôle clé dans la suppression du communisme. Les deux dirigeants cultivèrent des relations étroites avec les États-Unis, qui soutenaient leurs régimes financièrement, militairement et diplomatiquement. Et tous les deux ont été cruciaux pour l'adoption de politiques de libéralisation économique et la transformation capitaliste de leurs pays.

Suharto, qui agissait de plus en plus comme un sultan javanais, se nommait le "père du développement", tandis que le roi Bhumibol était loué dans la propagande d'État de style nord-coréen comme le "roi du développement".

Lorsque Bhumibol est arrivé au trône en 1946, les finances de la famille royale thaïlandaise étaient en difficulté. Aujourd'hui, la monarchie thaïlandaise est la plus riche du monde, surpassant les monarques arabes de pétrole et la Reine Elizabeth II du Royaume-Uni.

Mais après la démission de Suharto en mai 1998, au milieu de la catastrophe économique de la crise financière asiatique, la dictature militaire du Nouvel Ordre s'effondra. L'Indonésie a connu un processus de réforme politique rapide et de grande envergure qui a transformé le pays. Suite à tous ses problèmes, l'Indonésie est aujourd'hui peut-être la nation la plus démocratique de l'Asie du Sud-Est.

Mais le président d'un parti communiste et le président d'une nation nouvellement formée sont des dirigeants politiques modernes. Alors qu'au contraire le roi de Thaïlande est conçu d'une part comme le descendant d'une ancienne caste de rois-guerriers, et de l'autre comme un futur Bouddha. L'héritage militaire et religieux de l'institution thaïlandaise de la monarchie remonte au XIIIème siècle.

Tandis que Mao et Suharto sont partis, le Parti communiste chinois et la présidence indonésienne restent. Pourtant, il n'est pas certain que la monarchie thaïlandaise puisse survivre de la même manière au passage du roi Bhumibol.

Suharto

Suharto

Le Shah d'Iran

La troisième comparaison est l'Iran après le Shah. À première vue, la Thaïlande bouddhiste pourrait ne pas sembler supporter la comparaison avec l'Iran islamique, mais il existe, en fait, des similitudes étonnantes.

Les deux pays possédaient de vieilles monarchies qui, contrairement à beaucoup en Asie, ont survécu indemne à l'ère coloniale. Les royaumes qu'ils gouvernaient, bien que formellement indépendants, étaient dominés par les puissances impériales européennes - en particulier l'Empire britannique. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les monarchies de ces deux pays étaient faibles, les démocraties parlementaires évoluaient et les forces politiques de la gauche prenaient de plus en plus d'importance.

La Guerre froide a tout changé. Avec l'aide des États-Unis, les forces réactionnaires de ces deux pays ont écrasé les nouveaux régimes démocratiques - un fait célèbre dans le cas de l'Iran qui, grâce à l'aide d'un coup d'Etat parrainé par la CIA et le Mi6 britannique, a renversé le Premier ministre démocratiquement élu Mohammed Mossadegh et rétabli l'autocratique Shah.

L'Iran et la Thaïlande sont devenus les principaux alliés des États-Unis dans la lutte contre le communisme, respectivement au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est. Les États-Unis ont renforcé l'autorité de ces monarchies en tant que symboles de la stabilité conservatrice.

Dans les deux pays, des réseaux de surveillance et de répression ont été mis en place pour éliminer les menaces pesant sur le régime.

Avec les forces démocratiques et gauchistes assassinées, emprisonnées ou devant se cacher, et les organisations paysannes, syndicales et partis politiques interdites ou cooptées par l'Etat, les deux monarques ont jeté leur autorité derrière des politiques de développement économique rapide qui ont transformé et polarisé leurs sociétés.

Ici, les similitudes s'arrêtent.

Le Shah Reza Pahlavi a été renversé par une révolution massive en 1978-9 qui a mis fin à la monarchie iranienne de deux millénaires et a établi la République islamique d'Iran.

En dépit de la victoire des forces communistes en Indochine et d'une insurrection communiste thaïlandaise, le roi Bhumibol de Thaïlande et sa monarchie ont survécu jusqu'à maintenant.

Le Shah Reza Pahlavi et le Roi Bhumibol Adulyadej

Le Shah Reza Pahlavi et le Roi Bhumibol Adulyadej

Point de basculement

Dans les trois pays asiatiques, le passage de dirigeants autoritaires - Mao, Suharto et le Shah Reza Pahlavi - a été suivi d'un changement politique et social radical.

La société thaïlandaise a été fortement polarisée pendant une décennie. La longue durée du conflit peut encourager la perception que le pays va juste embrouiller la succession et qu'un compromis politique sera finalement atteint - comme cela avait été le cas lors des périodes précédentes de troubles politiques au cours de la fin du règne du roi.

Mais si les expériences dramatiques des trois pays asiatiques dont nous avons parlé ici après le passage de leurs puissants dirigeants fournissent un exemple quelconque, il serait myope de ne pas considérer qu'une transformation plus profonde que celle d'une simple succession royale pourrait ne pas être aussi tenu en réserve pour le Royaume de Thaïlande.

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Published by liberez-somyot
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