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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 06:56

L'armée kachine de Birmanie se prépare à la guerre

Un reportage d’Alastair Leithead pour la BBC

Lien:

http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/8528985.stm

 

La ville de Laiza, située au nord de la Birmanie: Le son aigu des armes chargées et les ordres hurlés par le sergent-major se répercutent à travers les montagnes du nord de la Birmanie alors que les jeunes cadets font leurs exercices matinaux.

Leur discipline est bonne, leurs uniformes sont impeccables et il y a peu de doute sur leur sens du devoir ou leur patriotisme envers le drapeau rouge et vert avec machettes croisées qu'ils portent fièrement sur leurs épaules droites.

Ils sont la prochaine génération de l'armée de l'indépendance de l’Etat Kachin (KIA), et affirment qu'ils n'ont pas peur d'être la génération qui se battra lors d’une guerre civile dont beaucoup craignent qu’elle ne débute très bientôt.

"L'Union de Birmanie a été formée sur la base de l'égalité pour les gens des minorités ethniques, mais ces dernières sont victimes d’inégalités depuis l’indépendance et nous sommes encore opprimés", nous explique le cadet Dashi Zau Krang.

Il a 26 ans et possède un diplôme d’études commerciales, mais affirme que l'inégalité l'a empêché d'obtenir un bon emploi et l'a poussé à rejoindre l'armée.

Un soldat de la KIA

Un soldat de la KIA

Mais il n'a pas peur.

"L'armée birmane est peut-être la plus puissante d’Asie du Sud-Est, alors que nous sommes très peu, mais Dieu nous aidera à libérer notre peuple pour obtenir la liberté et l'égalité. C’est notre devoir", continue-t-il.

C'est une guerre dont les Kachins ne veulent pas et qu'ils ne peuvent pas gagner.

Mais leurs généraux estiment que le cessez-le-feu en place depuis 17 ans pourrait bientôt se terminer à mesure que l'échéance de l’ultimatum de l'armée birmane, exigeant que les forces kachines fusionnent avec elle ou désarment, approche.

Ils ont déjà refusé, et bien que leurs dirigeants continuent à chercher une solution politique, leurs commandants se préparent au pire alors que le temps presse, les Kachins devant donner leur réponse à la fin de février.

"Je ne peux pas dire s'il y aura une guerre à coup sûr, mais le gouvernement veut que nous devenions une force de garde frontalière pour eux d'ici la fin du mois", a déclaré le chef d'état-major de la KIA, le général Gam Shawng.

"Nous ne ferons pas cela ni ne désarmerons tant que l’on ne nous accordera pas une place dans une union fédérale ainsi que des droits en tant que minorité ethnique, comme cela a été convenu en 1947".

La KIA et son organisation civile avaient été autorisées à contrôler une grande partie du nord de la Birmanie dans le cadre d'un accord de cessez-le-feu avec les généraux au pouvoir du pays.

Commerce avec la Chine

Ils fournissent l'électricité, les routes et les écoles sont financées par les taxes sur le commerce dynamique avec la Chine ainsi que par les mines de jade, d'or et de teck.

Mais maintenant, des soldats sont recrutés, les anciens combattants sont rappelés et ré-entrainés, et une armée ethnique se prépare à combattre ce qui est peut-être la plus grande force militaire d’Asie du Sud-Est.

L'autoradio diffuse des chansons appelant à la liberté, et dans un des camps d'entraînement un cours de danse traditionnelle est exécuté – Le nationalisme culturel et la propagande sont forts.

Carte de la Birmanie. La région kachine est en brun

Carte de la Birmanie. La région kachine est en brun

Une équipe de la BBC s'est rendue dans une zone du nord de la Birmanie contrôlée par l'armée kachine et son bras civil, l'Organisation de l'Indépendance des Kachines (KIO).

Nous avons été conduits dans des camps d'entraînement et des avant-postes, mais nous n'avons pas pu entrer dans la ville de Laiza pour parler aux gens dans la rue, de peur d'être vus par un réseau étendu d'informateurs et d'espions des gouvernements birmans ou chinois.

Cela a rendu très difficile la formation d'une vision équilibrée, mais la détermination et la planification de l'armée étaient claires.

En haut, sur un point de vue au-dessus de leur quartier général, des tranchées sont creusées et des troncs d'arbres sont transportés, taillés et empilés devant des postes de mitrailleuses, et renforcés avec de la terre.

Ils peuvent voir les positions de l'armée birmane d'ici et ils savent que cet emplacement sera juste une des lignes de front si les combats éclatent.

Un canon anti-aérien de gros calibre, bien huilé et parfaitement poli, est installé, debout sur un trépied dans un bunker donnant sur la vallée luxuriante de la jungle.

Guerre de guérilla

Ils sont organisés et affirment avoir d’autres armes lourdes, mais nous ne les avons pas vus.

Il y a environ deux douzaines de groupes ethniques en Birmanie, la plupart dispersés autour de ses frontières, et les plus importants sont passés par différents stades de cessez-le-feu ou de guerre civile au cours des dernières décennies.

Les danses traditionnelles des Kachines prennent maintenant un thème militaire

Les danses traditionnelles des Kachines prennent maintenant un thème militaire

La KIA est l'une des plus importantes armées ethniques. Leurs commandants affirment qu'elle comprend 10000 soldats réguliers et autant de réservistes, mais il est impossible de le savoir avec certitude.

L'armée birmane est très puissante. Elle possède une force aérienne et de l'artillerie et la KIA sait que la seule façon de lutter sera de se retirer dans la jungle et de mener une guerre de guérilla.

Mais la guerre civile créerait des dizaines de milliers de réfugiés ainsi qu’une instabilité régionale.

"Si nous sommes attaqués, les autres groupes ethniques nous soutiendront, car ils savent que la même chose pourrait leur arriver", explique le général Gam Shawng.

Le groupe ethnique Wa possède des dizaines de milliers de soldats et d’énormes ressources financées par le trafic de drogue, et on nous a dit qu'un accord avait été conclu entre les Kachins et eux.

La question de savoir si la guerre civile éclatera ou non dépend du gouvernement birman.

Si ce dernier utilise cette année électorale pour résoudre ce qu'il appelle le "problème" des groupes ethniques, il y aura une guerre et la région devra faire face aux conséquences.

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Published by liberez-somyot
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