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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 14:14

Le prisonnier politique thaïlandais Somyot Prueksakasemsuk, l’ancien rédacteur en chef du magazine "Voice of Taksin" aujourd’hui disparu, est emprisonné pour lèse-majesté depuis le 30 avril 2011 pour avoir autorisé la publication dans son journal d’un article écrit par Jakrapob Penkair, un exilé politique thaïlandais, suggérant que le précédent roi du pays aurait été à l’origine du massacre des Chemises rouges en avril/mai 2010 ainsi que de celui des étudiants de l’université Thammasat à Bangkok le 6 octobre 1976. Il a écrit à Angkhana Neelapaijit, la présidente de la Commission nationale des droits de l'homme nommée par la junte militaire au pouvoir en Thaïlande suite au coup d'Etat du 22 mai 2014, pour protester contre les nouveaux règlements draconiens en vigueur dans les prisons du pays depuis la prise de pouvoir par l’armée.

Voici la traduction en français de sa lettre:

Somyot Prueksakasemsuk

Maison d'arrêt de Bangkok

33 Ngam Wong Wan Rd., Sous-district de Lat Yao,

Chatuchak District, Bangkok 10900

Le 14 juin 2016

Objet: Plainte pour violation des droits humains

Chère Madame Angkhana Neelapaijit, Présidente de la Commission nationale des droits de l'homme,

Mon nom est Somyot Prueksakasemsuk et je suis emprisonné en vertu de l'article 112 du Code pénal thaïlandais, plus connu sous le nom de loi de lèse-majesté, sans droit à la liberté sous caution ou à une libération conditionnelle bien que l'affaire soit toujours jugée devant la Cour suprême, ce qui est une violation flagrante de mes droits de l'homme. Je suis détenu à la maison d'arrêt de Bangkok depuis le 30 avril 2011, soit plus de 5 ans. En général, j'ai été traité conventionnellement dans la Zone 1 de la prison. Toutefois, depuis le 1er mars 2016, le ministère des Services correctionnels a émis de nombreux règlements et commandements déraisonnables qui entraînaient une baisse des conditions de vie carcérale, une plus grande misère et des difficultés nouvelles ainsi que d’autres effets très durs pour les prisonniers. Ces nouveaux règlements, violent non seulement les droits de l'homme, mais sont aussi dommageable financièrement aux prisonniers et gaspillent les budgets gouvernementaux. Par conséquent, je voudrais porter plainte à la Commission nationale des droits de l'homme comme suit:

1. Du 6 au 8 juin 2016, les agents des services correctionnels ont saisi des matelas, des oreillers (taille 7,5 x 180 x 3 cm) et des couvertures que les prisonniers (environ 5000 prisonniers) avaient achetés à la prison pour environ 800-1 000 bahts, et ils les ont jetés. Le préjudice se monte à au moins 5 millions de bahts. Pendant ce temps, le ministère des Services correctionnels a précisé que chacun d'entre nous aurait seulement 3 couvertures à utiliser pour la literie au lieu des matelas, oreillers et couvertures que l’on nous a retirées. Ces nouvelles couvertures sont de mauvaise qualité, difficiles à nettoyer, et accumulent la poussière et les germes. En outre, elles ne suffisent pas pour nous protéger de la fraicheur pendant l'hiver, soit entre décembre et janvier de chaque année (NDT: contrairement à ce que l’on pourrait penser pour un pays tropical comme la Thaïlande, il arrive que les températures chutent jusqu’à atteindre une dizaine de degrés durant l’hiver). Ces règlements et ces consignes affectent la santé physique et mentale des prisonniers. Beaucoup d'entre nous sont malades, vieux, avec des problèmes de dos, y compris les blessures aux disques lombaires. Saisir des matelas, des oreillers et des couvertures que nous avions achetés à la prison est une façon de détruire les biens des prisonniers ainsi que leur infliger des souffrances supplémentaires et viole leurs droits humains et leur dignité humaine.

2. La prison avait auparavant l'habitude de fournir des journaux aux prisonniers afin qu’ils puissent lire, ceci pour favoriser le développement comportemental et personnel, transmettre des informations, des nouvelles publiques et promouvoir l'amélioration de la connaissance des détenus pour le bien de la communauté carcérale. Mais récemment, il s'avère que la prison a cessé ces services et ne nous permet plus de commander des journaux. Par conséquent, nous ne sommes pas en mesure de recevoir des informations venues de l'extérieur de la prison. En outre, la prison nous autorise la lecture de seulement 3 livres par mois et limite aussi les types de livres ou de magazines autorisés. Cette réglementation va à l'encontre de la politique de promotion de la lecture et de la politique d'auto-apprentissage mise en place autrefois par le ministère des Services correctionnels du gouvernement. En outre, elle viole les droits des détenus à accéder à l'information publique.

3. La prison a limité la possession des détenus sur leurs comptes bancaires à 9 000 bahts par mois (NDT: dans les prisons thaïlandaises les détenus ne sont pas autorisés à posséder de l'argent liquide. Leur argent doit être déposé dans une banque interne de la maison d'arrêt et à chaque fois qu'ils achètent quelque chose à la boutique de la prison, celle-ci débite le prix d'achat de leur compte), et les proches des prisonniers ne peuvent y déposer que 3 000 bahts à la fois. C'est très incommode pour les prisonniers dont la famille vit dans d'autres provinces ou d'autres pays parce que leurs parents ne peuvent plus déposer l'argent à l'avance pour eux (NDT: la boutique de la prison ne fait pas crédit). Cela affecte grandement la qualité de vie des prisonniers et de leurs familles.

En outre, de nombreux autres ordres causent des tensions et des troubles parmi les détenus et les agents des services correctionnels et augmentent les souffrances et la misère des prisonniers. Cela constitue un moyen de torture et de violation de la dignité humaine, contrairement à la vision et aux objectifs des lignes directrices du Département des services correctionnels, conformément aux règles minimales de l'ONU pour le traitement des prisonniers, règles que la Thaïlande a ratifiées et qui sont obligatoires selon la convention contre la torture des détenus et celle sur les normes de traitement vis-à-vis des prisonniers. La majorité des détenus souffrent du fait d'ordres et de règlements qui ne résolvent pas le problème de la surpopulation et ne résolvent même pas la question des drogues. Ils ne servent qu'à aggraver la qualité de vie des prisonniers.

Les autres prisonniers et moi-même voudrions porter plainte auprès de la Commission nationale des droits de l'homme pour que le ministère des Services correctionnels révoque tous les règlements et les commandements cités dans la plainte ci-dessus et apporte une amélioration aux règlements et aux ordres actuels qui aggravent notre existence ou qui vont à l'encontre des droits humains. Ceci dans le cas ou vous pensiez que le ministère de l'administration correctionnelle doit se conformer aux droits de l'homme et à la dignité humaine.

Nous vous remercions à l'avance de votre future action en conséquence, et espérions que vous protégerez le pétitionnaire contre toute maltraitance ou pression de toutes sortes qui pourraient lui arriver en raison de cette plainte.

Cordialement,

Somyot Prueksakasemsuk

Source:

https://www.facebook.com/ThaiAllianceforHumanRights/posts/194842997663152

Le prisonnier politique thaïlandais Somyot Prueksakasemsuk

Le prisonnier politique thaïlandais Somyot Prueksakasemsuk

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Published by liberez-somyot
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