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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 13:07

Un article de Strategy Page

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https://www.strategypage.com/qnd/thai/articles/20170316.aspx

Comme c'est la coutume en Thaïlande, un compromis est en train de se faire entre le nouveau roi, le gouvernement militaire et la majorité démocratique. Une fois que le nouveau roi est monté sur le trône à la fin de 2016, il a apparemment fait un accord avec le gouvernement militaire qui, en théorie, bénéficierait aux deux pour le long terme. Premièrement, le roi veut être libéré des restrictions constitutionnelles et parlementaires qui faisaient partie de l'accord des années 1930 qui a transformé la monarchie absolue en une monarchie constitutionnelle. Le gouvernement militaire est en train de changer la constitution ce qui présente une occasion rare de donner au roi plus de pouvoir. Les généraux ont besoin du soutien du roi parce qu'ils ont justifié leur coup d'Etat de 2014 en insistant qu'ils le faisaient pour protéger la monarchie. L'année dernière, les militaires ont obtenu que leur nouvelle constitution soit approuvée par un référendum et le roi doit l'approuver en mai prochain mais apparemment il ne le fera que si ses demandes sont acceptées.

Pendant ce temps, le roi semble également essayer de négocier un accord de paix avec les groupes pro-démocratie qui ont démontré qu'ils ont encore la majorité des électeurs avec eux. À la fin de 2015, le leader pro-démocratique (et l'ancien Premier ministre) Thaksin Shinawatra a appelé ses partisans (les Chemises rouges) à "faire le mort" pour le moment et attendre que le gouvernement militaire autorise des élections. L'armée a accepté que des élections se tiennent en 2018, mais seulement si des changements fondamentaux ont été apportés à la constitution. Les représentants du roi ont apparemment cherché un accord de compromis qui permettrait à Thaksin Shinawatra et à d'autres dirigeants démocratiques exilés de rentrer chez eux et de se conformer aux nouvelles règles.

En 2015, Thaksin Shinawatra a souligné que la prétendue violence des Chemises rouge (NDT: en fait la violence était le fait des Chemises jaunes monarchistes pro-militaires) avait donné à l'armée une autre excuse pour s'emparer du pouvoir. Le coup d'État de mai 2014 est venu après des mois de protestations politiques dans la capitale et ces tensions demeurent. Après de nombreuses tentatives, les politiciens des partis royalistes et nationalistes qui ont perdu les élections nationales en 2011 avaient échoué dans toutes leurs tentatives extra-électorales de prendre le pouvoir jusqu'en 2014, lorsque la Cour constitutionnelle royaliste a décidé que le premier ministre élu devait démissionner et installer un premier ministre provisoire jusqu'à ce que les élections puissent avoir lieu. Les Chemises rouges ont vu tout que cela n'était en fait qu'un autre stratagème illégal mis au point par les royalistes pour contrecarrer la volonté du peuple et conserver le pouvoir alors que les politiciens chemises rouges contrôlaient encore une majorité des sièges au Parlement et avaient donc le droit de nommer un premier ministre temporaire. Des Chemises rouges ont également souligné que la Cour constitutionnelle avait déclaré nulles les élections de février 2014 (que la première ministre élue a appelé pour démontrer qu'elle avait encore le soutien de la majorité) parce que certains sièges électoraux étaient bloqués par des foules d'émeutiers chemises jaunes. Il est généralement admis que cette décision de la cour était absurde et les Chemises rouges veulent que la première ministre déposée (NDT: Yingluck Shinawatra) soit réintégré ou que de nouvelles élections se tiennent le plus tôt possible. Alors que la première ministre élue a été accusée de corruption, ses partisans ont souligné que ces démarches soi-disant légales des royalistes étaient malhonnêtes et juste une autre forme de corruption. L'armée a profité de l'impasse pour prendre le pouvoir par un autre coup d'Etat.

L’ancienne première ministre Yingluck Shinawatra demeure très populaire parmi les plus pauvres des Thaïlandais

L’ancienne première ministre Yingluck Shinawatra demeure très populaire parmi les plus pauvres des Thaïlandais

Le roi et les généraux savent que la plupart des Thaïlandais en ont assez des coups d'État. Il y en a eu douze au cours des 80 dernières années (depuis que la monarchie constitutionnelle a remplacé la monarchie absolue vieille de plusieurs siècles). La monarchie a appris à garder la tête basse, même si l'armée a toujours été loyalement royaliste. L'armée et le roi cherchent maintenant à changer cette impasse par des "réformes" dans la constitution actuelle. Depuis 2014, les troupes ont reçu l'ordre d'arrêter tout ceux qui semblaient s'opposer au putsch, mais les sentiments anti-coup d'Etat étaient si répandus que tenter de décapiter l'opposition en emprisonnant la plupart des dirigeants chemises rouges n'a pas fonctionné. L'opposition avait beaucoup de remplaçants compétents pour remplacer les dirigeants perdus et ces nouveaux dirigeants n'ont pas appelé à une guerre civile.

Les Thaïlandais partisans de la démocratie sont également devenus plus aptes à faire face aux coups d'État, d'autant plus que l'Internet et les médias sociaux se sont révélés immunisés contre les efforts de l'armée pour contrôler ces médias. Comme la Chine l'a découvert elle-aussi, même lorsque vous employez une énorme bureaucratie de censure sur l'Internet et une technologie très efficace, les messages indésirables (par le gouvernement) arrivent quand même à passer au travers. En outre, des sites comme Facebook sont extrêmement populaires en Thaïlande, aussi bien parmi les royalistes que les pro-démocratie. Ainsi l'armée a été forcée de dire qu'elle ne fermerait jamais l'accès à Facebook en Thaïlande. Les groupes pro-démocratiques ont organisé des petites manifestations et des actions similaires pour rappeler aux généraux et aux médias étrangers que cette crise n'était pas terminée. Alors que les Chemises rouges bénéficient toujours d'un large soutien populaire, la plupart des Thaïlandais sont plus intéressés par les questions économiques et l'armée n'a pas été en mesure de faire face à cela en raison de l'opposition généralisée au régime militaire en Thaïlande et à l'étranger. Les problèmes économiques ne peuvent être ignorés. Le PIB a diminué de 2,1% au cours des trois premiers mois de 2014 et la contraction et le ralentissement de la croissance se poursuivent. Le chômage est encore faible, mais le revenu diminue, tout comme les possibilités d'obtenir de meilleurs emplois. La plupart des Thaïlandais se souviennent que, lors de tous les coups d'État consécutifs à la Seconde Guerre mondiale (1951, 1957, 1958, 1971, 1976, 1977, 1991, 2006), l'économie s'était ensuite améliorée après la prise de pouvoir par l'armée. L'armée se préoccupe donc des problèmes économiques mais ne s'en sort pas si bien.

Le nouveau compromis de 2017 permettra de rétablir les élections alors que le roi et les forces armées pensent qu'ils ont maintenant plus de pouvoir que lorsque le pays était dirigé par un gouvernement élu. Les pro-démocratie notent qu'à long terme les rois et les dictateurs finissent toujours par perdre. La plupart des royalistes reconnaissent que si le roi devient trop impopulaire, la monarchie pourrait être abolie, comme elle l'a déjà été dans la plupart des pays de la région. Les actes ont des conséquences [...]

La dynastie royale, les Chakris, fut fondée par un général qui s'empara du trône en 1782 en partie pour rétablir l'ordre dans un temps de grand chaos. Depuis lors, les Chakris ont survécu en évitant les erreurs stupides. Le gouvernement militaire actuel crée plus de problèmes qu'il n'en résout et les Thaïlandais craignent que le nouveau roi ne soit le contraire de son père et finisse par devenir un des "mauvais rois" et peut-être même le 10ème et dernier roi de la dynastie des Chakri. Cette attitude n'est pas nouvelle: en 2015, la troisième épouse (maintenant ex-femme) du nouveau roi et de sa famille a été exposée comme étant tout à fait corrompue et rapidement expulsée du cercle royal. L'oncle de la troisième femme avait été arrêté ainsi que de nombreux agents de police impliqués dans les nombreuses pratiques de corruption dont la famille de l'épouse aurait été responsable.

Le gouvernement militaire est conscient du fait que sa gouvernance est impopulaire et cherche des moyens d'obtenir plus de pouvoir sans être une junte militaire. Changer la constitution est un début et le gouvernement militaire dépend de la Chine pour l'aider. Il n'est pas surprenant que la junte militaire développe des liens étroits avec la Chine, qui est l'expert régional pour maintenir une dictature impopulaire au pouvoir. À la fin de l'année 2016, le gouvernement a reconnu avoir maintenu une liste noire secrète de personnes et de groupes devant être emprisonnés s'ils essayaient d'entrer en Thaïlande et, si la Chine le demandait, les expulser dans ce pays (même si les voyageurs de la liste noire ne sont pas tous citoyens chinois ). La junte militaire thaïlandaise appuie aussi publiquement les revendications chinoises sur la mer de Chine méridionale. La plupart des Thaïlandais s'opposent aux revendications territoriales chinoises et sont mal à l'aise vis-à-vis de cette coopération avec leur voisin autoritaire. La Chine est maintenant le troisième plus grand investisseur étranger en Thaïlande et encourage les entreprises chinoises à chercher à l'étranger des sites de production pour accorder une attention particulière à la Thaïlande (qui n'est pas aussi bon marché que le Vietnam, la Birmanie ou le Cambodge). Le gouvernement militaire a besoin des investissements chinois parce que la Thaïlande n'est plus l'économie la plus dynamique de la région. Les Thaïlandais notent cela et souhaitent un retour à une croissance plus élevée du PIB, une baisse de l'inflation et une baisse du chômage. Tout le monde remarque qu'un récent sondage d'opinion a révélé que près de la moitié (46,7%) de la population tolère la corruption si elle bénéficie d'une part équitable.

Les militaires veulent aussi une part plus importante du budget (de l'actuel 1,4 pour cent du PIB à deux pour cent d'ici 2020) afin de financer un plan décennal pour mettre à jour ou remplacer une grande partie du matériel et des armes vieillissants de l'armée. Actuellement, l'armée est encline à acheter de la Chine qui offre une bonne valeur et la promesse implicite d'une aide future pour les militaires thaïlandais.

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Published by liberez-somyot
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