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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 17:31

Thaïlande: bataille pour le droit

Universitaires, artistes et étudiants créent une Assemblée de défense de la démocratie face au mouvement insurrectionnel des chemises jaunes.

Un article de l'Humanité

Lien de l'article:

http://www.humanite.fr/monde/thailande-bataille-pour-le-droit-555069

Bangkok (Thaïlande), envoyée spéciale. C’est l’une de ses tristes ironies dont le calendrier a le secret. Hier, la Thaïlande fêtait l’anniversaire de la Constitution de 1932 et, outre le fait que depuis l’établissement de la monarchie constitutionnelle, le pays a changé dix-neuf fois de loi fondamentale, cette dernière est une nouvelle fois extrêmement menacée par le mouvement insurrectionnel des chemises jaunes. En ce jour de commémoration, universitaires, artistes, étudiants ont lancé une Assemblée de défense de la démocratie pour démontrer le caractère anticonstitutionnel de l’action de l’opposition qui se prévaut pourtant de la démocratie. Une initiative rare : jusqu’alors le monde universitaire, corseté par les chemises jaunes, sortait peu de sa réserve et entretenait des relations distantes avec les rouges. Alors que le premier ministre vient de dissoudre le Parlement et que de nouvelles législatives devraient se tenir le 2 février, Kasian Tejapira, professeur associé à l’université de Thammasat, rappelle que les manifestants « expriment leur refus du recours à l’élection comme moyen de sélection des représentants du peuple considérant que tous les Thaïlandais ne sont pas égaux en droit » et ne méritent par conséquent pas tous le droit de vote. En clair, la majorité rurale qui se prononce régulièrement pour le Pheu Thai au pouvoir ne serait pas assez éduquée pour choisir ses dirigeants. Pour justifier un changement de régime, l’opposition s’appuie sur le syndrome de la corruption, une réalité que la dictature ne risque pas d’arranger. « Nous voulons agir pour que le pays ne se dirige pas vers une guerre civile », a ajouté Kasian Tejapira. Aux chemises jaunes qui demandent l’instauration d’un « Conseil du peuple » non élu en brandissant l’article 7 de la Constitution, le professeur de droit constitutionnel Vorajet Pakeerat répond que cette disposition « est un article de substitution si le pays traverse une crise qu’aucun autre article ne peut couvrir. Or, ce n’est pas le cas aujourd’hui et il est impossible de dissoudre sans organiser d’élections. Si un conseil non élu était mis sur pied, le risque serait grand de voir la moitié du pays dans la rue. Une crise qui risquerait de déboucher sur de grandes violences ». Par ailleurs, quel serait le projet politique de ce conseil si ce n’est d’en finir avec la démocratie et de renforcer la monarchie ? Deux visions du projet national s’opposent aujourd’hui en Thaïlande à tel point qu’« aucun consensus ne semble possible sur quelque sujet que ce soit », conclut l’historien Charnvit Kasetsiri.

Lina Sankari

 

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Published by liberez-somyot
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