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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 17:33

Un ami m'a donné cette traduction en anglais d'un article écrit par la sœur aînée de Samaphan Srithep ou Cher, un garçon de 17 ans qui a été assassiné à Soi Rang Nam par les soldats d'Abhisit le 15 mai 2010. Le Boucher de Bangkok vient de donner une interview, pleine de mensonges, comme d'habitude, à la BBC. Voici ma traduction en français du texte écrit par une jeune femme de Thaïlande à la mémoire de son frère:

J'ai souvent pensé à lui comme un garçon "mal élevé". Il était ennuyeux, impertinent et avait le don de faire les choses au mauvais moment. Il était aussi provocateur et un peu déséquilibré.
J'avais même pensé que s'il continuait d'agir de cette façon, il finirait probablement par "mourir avant d'avoir vécu."
Toutes ces pensées se sont formées à cause de mes propres préjugés, mon propre "double standard". Ce n'était pas un beau jeune homme. Il avait la peau foncée, il était gros, indiscipliné et irrespectueux. Je suis triste quand je me souviens à quel point je croyais à ces notions idiotes de ce qui rend une personne jeune et belle.
Autant que je me souvienne, je n'ai jamais rien fait de bon pour ce jeune homme [mon frère]. J'avais souvent la langue acérée quand je m'adressais à lui. En fait, je ne l’aimais pas. Mais Cher était toujours là pour aider ses frères et sœurs aînés. Même si j'ai trouvé son indiscipline difficile à gérer, mon frère cadet était toujours là pour m'aider sur beaucoup de choses.
Maintenant je me rends compte qu'il était ce qu'il était parce qu'il était en fait plus âgé que son âge. Il avait été élevé pour jouir d'une indépendance d'esprit. Il était le genre de jeune homme qui avait besoin de son propre "espace". Ses exemples étaient ses frères et sœurs [...] Suracher était le plus jeune d'entre nous, de sorte qu'il a été aimé et haï d'autant plus par ses aînés.
Il n'était pas un tyran, il n'a jamais pensé du mal des gens. Il était un adolescent qui commençait à apprendre à propos de la "vie". C'était comme ça parce qu'il a grandi parmi les gens qui croyaient en la démocratie réelle. Il croyait avoir le même droit que ses frères et sœurs aînés d'exprimer ses opinions. C'est pourquoi nous l'avons jugé comme un impertinent.
Je l'ai vu le 11 avril 2010. Il était venu à la manifestation commémorant ceux qui étaient morts la veille, victimes de l'opération du gouvernement pour "récupérer l'espace". Il est celui qui a attaché le gant blanc, le symbole pour arrêter le massacre des citoyens au Monument de la Démocratie. Il faisait ce qu'il pouvait, volontairement, ce qui était probablement aussi une partie de son expérience d'apprentissage.
C'était impertinent à ce moment là d'aller dans la zone de danger. Quelqu'un là-bas a été assez cruel pour lui tirer dessus jusqu'à ce qu'il tombe. Le sang de sa tête a laissé une longue traînée. Je suppose qu'il n'est pas mort immédiatement. Il a dû souffrir une douleur immense. Je ne sais pas ce que c'est que pour un corps d'être toujours la à respirer, le pouls continuant à fonctionner, alors que votre tête se trouve écrasé sur le trottoir comme une pastèque qui vient de chuter d'une grande hauteur.
Il est resté sur place pendant presque une heure avant qu'une équipe de sauveteurs réussissent à le secourir alors que son coeur battait encore faiblement. Les soldats ne laissaient personne lui venir en aide. Ils ont tiré sur tous ceux qui ont essayé de le faire. Une des personnes de l'équipe de sauveteurs a reçu une balle dans le bras.
Le médecin a dit qu'il est mort à l'hôpital. Cela m'a choqué et m'a fait pleurer. Cela veut dire que pour un temps insupportablement Nong Cher a dû être conscient alors que sa propre tête trainait sur le trottoir comme une pastèque brisée.
Je suis allé le voir à la morgue de l'hôpital. Je l'ai vu couché immobile, les yeux pas tout à fait fermé. Il avait grandi. Il était un peu plus grand, son corps devenait sombre. Ses pieds étaient tachés de sang et ses mains étaient très tendues. Ses poings étaient serrés comme s'il était dans une grande colère ou subissait une intense douleur. Plus important encore, sa tête était bourrée de coton pour endiguer le flux de sang.
C'était bien lui ... je l’ai constaté. Avant cela, je n'avais vu qu'une photo du corps sous le ciel bleu couché sur le trottoir, prise par une personne qui vit dans le quartier du Soi Rang Nam. Il y avait une longue traînée de sang qui coulait du corps, et un casque de protection à proximité. A cette époque, je ne voulais pas croire que c'était lui [...] À 17 ans, il avait décidé de quitter la maison pour aller dormir au milieu de la route sur le terrain de protestation, afin d'agir comme gardien de sécurité et de protéger les autres [...]

En attendant que le corps arrive, je suis sorti pour acheter des vêtements pour lui, pensant que ce serait la dernière chose, la seule chose, que je puisse faire maintenant pour lui. J'ai acheté un jean, parce que notre père a dit que Cher aimait porter des jeans. J'ai acheté le plus cher que j'ai pu trouver. À ce moment-là il n'y avait pas beaucoup de magasins encore ouverts autour de Victory Monument. La fusillade continuait toujours autour du triangle de Din Daeng.
Il avait "changé" sa chemise, mais les choses d'extérieurs sont toujours les mêmes. J'ai attendu jusqu'à ce qu'il soit prêt à rentrer à la maison, alors j'ai allumé un bâton d'encens pour lui parler. Je l'ai touché. Les jeans lui allaient parfaitement. Il est maintenant souriant doucement, le coin de sa bouche retroussé. Je lui ai demandé pardon et lui a dit qu'il était Suracher, le meilleur frère qu'on ait jamais eu, et combien nous sommes fiers de lui. Je lui ai souhaité une bonne nuit de sommeil.
Il est "Suracher" ou Nong Cher, le fils de papa Neng. Pour ses frères et sœurs aînés, il est Ai Hia Cher. Son nom est Samaphan Srithep, et il avait 17 ans. Il est mort avant d'avoir eu la chance de vivre, tout cela parce qu'il avait le don de faire les choses au mauvais moment et qu'il était impertinent à vouloir en savoir plus sur la démocratie.
Si vous voulez en savoir plus sur la démocratie, allez-y et faites l'expérience.
Si vous voulez la démocratie, allez-y et demandez de le ramener à la maison.

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Published by liberez-somyot
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