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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 05:45

Un article de Thomas Fuller (New York Times)

Lien de l'article:

http://www.nytimes.com/2014/02/20/world/asia/thailand.html?smid=fb-share&_r=2

BANGKOK - Décrivant le mouvement visant à renverser le gouvernement thaïlandais comme "paisible", un tribunal civil de Bangkok vient de nettement freiner le pouvoir des autorités et leur a interdit de disperser les manifestants, une décision qu'un analyste juridique de premier plan a décrit comme "un pas de plus vers un coup d'Etat judiciaire".
La décision a été prise un jour après que de violents affrontements entre la police et les manifestants aient fait cinq morts, dont un officier de police. Après une série d'affrontements au cours des dernières semaines et la large diffusion de photographies d'hommes lourdement armés parmi les manifestants, le mouvement de protestation ressemble de plus en plus à une insurrection armée contre le gouvernement de la Première ministre Yingluck Shinawatra.
Samdin Lertbutr, un chef de file de la protestation [du PDRC], a même déclaré mercredi à la télévision thaïlandaise que des hommes "très professionnels" avec des armes avaient aidés les manifestants à "obliger la police à se retirer."
Le tribunal a malgré tout estimé que les protestations avaient été menées "pacifiquement, sans armes", et a ordonné que les droits et libertés des manifestants "soient protégés conformément à la Constitution." La décision interdit au gouvernement d'utiliser la force ou des armes pour sévir contre les manifestants.
Mardi dernier, les manifestants ont lancé une grenade sur les policiers, une action que les dirigeants de la protestation avaient d'abord refusé de reconnaitre mais ont finalement admis après que des images de la détonation aient été diffusé sur l'internet.
Les manifestants, qui ont bloqué les élections à Bangkok et au sud de la Thaïlande plus tôt ce mois-ci, sont à la recherche d'une suspension des procédures démocratiques et la création d'un "conseil du peuple" non élu qui remplacerait le Parlement. Ils ne tolèrent pas la domination de Yingluck, dont le mouvement politique a remporté toutes les élections depuis 2001.
Il existe une longue tradition en Thaïlande de renverser les gouvernements élus, souvent par des coups d'Etats sanglants ou par ce qu'on appelle des "coups d'Etat judiciaires" au cours desquels un dirigeant gouvernemental est éliminé par les tribunaux. Un premier ministre élu est tombé en 2008 parce qu'il avait reçu des revenus d'un programme télévisée de cuisine (note de LS: il s'agit de Samak Sundaravej).
Mais la crise politique actuelle est beaucoup plus compliquée que celles des années précédentes et implique une lutte de pouvoir entre deux puissants mouvements politiques. Les manifestants sont soutenus par les élites de Bangkok alors que la puissance du parti au pouvoir vient d'un mouvement politique ancré en milieu rural fondé par le frère de Yingluck, Thaksin Shinawatra, un magnat actuellement en exil volontaire, qui a été évincé par les militaires lors du coup d'Etat de 2006.
Le leader des protestations, Suthep Thaugsuban, qui est accusé d'assassinat pour avoir ordonné des tirs à balles réelles contre des manifestations lorsqu'il était vice-Premier ministre en 2010, décrit cette bataille comme la dernière chance d'éliminer la famille Shinawatra.
Mercredi dernier, le tribunal a permis au gouvernement de maintenir l'état d'urgence que ce dernier avait déclaré il y a un mois, mais a en même temps interdit aux autorités de rechercher ou de démanteler les zones des principales intersections où les manifestants campent à Bangkok. Le tribunal a également déclaré que les manifestants avaient le droit de bloquer les routes. Le gouvernement peut faire appel de la décision, mais n'a pas indiqué s'il le fera ou non.
Sunai Phasuk , un chercheur en Thaïlande avec Human Rights Watch, a écrit sur Twitter que l'état d'urgence avait été "vidé de son sens" par la décision de la cour.
Sawat Charoenpol, un avocat représentant les manifestants, a décrit la décision comme une victoire pour le mouvement de protestation et a déclaré que le gouvernement était dans "l'incapacité de faire quoi que ce soit contre ​​les manifestants."
Verapat Pariyawong, un avocat formé à Harvard et éminent commentateur, a expliqué que la décision de mercredi a permis aux manifestants de se réclamer d'une "pseudo-légitimité pour renverser le gouvernement."
Verapat a déclaré que le tribunal s'était fondé sur une décision antérieure de la Cour constitutionnelle du pays, qui avait jugée que les manifestations étaient pacifiques. Mais il ensuite affirmé qu'il était "juridiquement illogique que le tribunal civil ne prenne pas en compte la situation actuelle," une référence à la violence de ces derniers jours.
Aujourd'hui, l'image que l'on a du gouvernement de Yingluck semble celle d'un lent étranglement de son pouvoir. La commission de lutte contre la corruption du pays a donné la priorité à une affaire contre lui relative à une coûteuse politique de subvention du riz. Des analystes juridiques disent que le cas pourrait finir par l'interdiction de politique  pour Yingluck.
Et la commission électorale du pays a été lente (certains critiques affirme qu'elle a même cherché à faire obstruction) à organiser des plans de vote dans les zones bloquées par les manifestants au cours des élections générales du 2 février. Jusqu'à ce que les élections soient terminées, Yingluck dirige un gouvernement de transition qui est étroitement circonscrit par la loi.
"L'étau se resserre autour de Yingluck et sa situation semble intenable", a déclaré Thitinan Pongsudhirak, directeur de l'Institut de sécurité et d'études internationales à l'Université de Chulalongkorn à Bangkok . "La question qui vient maintenant c'est qu'est ce qui vient après. Si c'est inclusif et agréable pour les principaux protagonistes, la Thaïlande pourrait être en mesure de se débrouiller pour passer à travers. Mais si cela ne l'est pas, le pays se dirigerait alors vers plus de chaos".

 

Photos ci-dessous: des hommes "très professionnels" avec des armes parmi les manifestants du PDRC

Shooting

 

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Published by liberez-somyot
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