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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 08:52

Un reportage d'Andrew Spooner à Bangkok, où le brutal et antidémocratique PDRC conduit le pays au bord de la guerre civile

Lien de l'article:

http://www.leftfootforward.org/2014/02/the-threat-of-violence-is-now-very-real-in-thailand/

 


C'est le jour d'avant l'élection législative et une fusillade fait rage en plein jour, juste au nord du centre-ville de Bangkok.
Là, des hommes masqués, armés de ce que des sources militaires experts ont décrit comme des armes venues de l'armée thaïlandaise, tirent sur des militants locaux chemises rouges pro-démocratie et des électeurs qui tentaient de permettre l'acheminement des bulletins de vote d'un dépôt bloqué par des voyous du mouvement de "protestation", violent et fasciste, du Comité pour la Réforme Démocratique Populaire (PDRC) dirigé par le Parti Démocrate.
Le Parti Démocrate thaïlandais et son aile de la rue, le PDRC, ne recherchent pas vraiment la démocratie.
Après le boycott de cette élection, la deuxième élection législative qu'il a boycotté en huit ans, ce parti politique, dirigé par l'homme de double nationalité britannique et thaïlandaise, instruit à Eton et Oxford, Abhisit Vejjajiva, (le mot thaï "Abhisit" se traduit directement en anglais par "privilège") qui a récemment été mis en examen pour l'assassinat des manifestants pro-démocratie non armés en 2010, a maintenant déplacé sa stratégie vers les tribunaux dans l'espoir que la Cour constitutionnelle et la Commission électorale annuleront les résultats de l'élection générale du 2 février.
Heureusement, jusqu'à présent, la Cour constitutionnelle a refusé la requête du Parti Démocrate, mais, afin d'appuyer ces plaintes le Parti Démocrate a prétendu que l'élection n'était "ni libre ni équitable". Bien sûr, ce que le Parti Démocrate s'abstient de dire, c'est que ce sont ses actions, comme celle de battre et tirer sur les électeurs ordinaires qui ont osé essayer de voter, qui sont la cause que l'élection n'était ni libre ni équitable.
Un résultat net est que le soi-disant "Parti de l'Armée" est maintenant pleinement exposé à l'opprobre de la communauté internationale. Le titre d'un article du magazine Time "Le Parti Démocrate de Thaïlande drôlement mal nommé" démontre le nouveau sentiment envers le Parti "Démocrate" thaïlandais. La honte que les Libéraux-démocrates britanniques ressentent envers le Parti Démocrate thaïlandais, qui est leur allié dans l'Internationale libérale, est telle que leur bureau de presse a publié une déclaration brutale comme quoi les Libéraux-démocrates "n'ont pas et pas l'intention d'avoir de programmes ni d'associations formelles" avec le Parti Démocrate de Thaïlande.
Mais cette incapacité à saisir les simples mécanismes de la démocratie a toujours été le cas avec le Parti Démocrate thaïlandais. Le seul moment où il semble en mesure d'atteindre la puissance n'est pas par la légitimité démocratique ni en produisant une série de politiques permettant d'attirer des voix, mais en bénéficiant d'un mélange de brutalité de rue, d'interventions politisées et du soutien judiciaire et administrative ou encore des coup d'Etat réussis de l'armée thaïlandaise.
Lors de ses presque 70 ans d'histoire, il n'a jamais gagné une victoire électorale pure et simple et, la dernière fois qu'il a été le plus important parti du Parlement thaïlandais, c'était en 1992 après avoir obtenu seulement 20 pour cent des votes. Bien que ce parti soit méprisé par une grande partie de la population thaïlandaise, ses alliés de l'aristocratie thaïlandaise et de l'armée interviennent souvent pour "l'aider" à former un gouvernement.
Malgré les dénégations désespérées et pathétiques d'Abhisit, la direction du PDRC est entièrement composée d'anciens députés et ministres du Parti Démocrate et Abhisit lui-même a régulièrement participé et pris la parole lors des manifestations du PDRC. Il est explicite que le PDRC n'est rien de plus qu'une extension du Parti Démocrate.
Malheureusement, la couverture du PDRC par certains médias internationaux est souvent ridicule (Jonathan Head de la BBC a non seulement posé des questions au nom des membres du Parti Démocrate, il a également tweeté qu'il a "serré dans ses bras" un membre du PDRC). C'est également devenu une routine de décrire cette bande de voyous comme "colorée" et "amicale". La façon dont ils sont aussi décrits, des manifestants "légitimes", avec un statut égal à celui d'un gouvernement démocratiquement élu, va à l’encontre du fait qu'ils ne sont rien de plus que des canailles, avec des rumeurs bien fondées qu'ils sont financés par les familles les plus riches et les plus corrompues de Thaïlande.
Le week-end ou les élections ont eu lieu, j'étais dans le centre de Bangkok et j'ai visité plusieurs bureaux de vote et des sites de manifestations du PDRC/Parti Démocrate. Les sites de rassemblement eux-mêmes occupent plusieurs intersections dans le centre de Bangkok, mais dans tous ceux que j'ai visité il n'y avait pas plus de 1000 personnes.
Les rassemblements eux-mêmes sont étonnamment bien financés avec, par étapes, des concerts de style rock, y compris les installations massives d'éclairage, des écrans géants et des grands systèmes de sonorisation tandis qu'il y avait de la nourriture gratuite et des tentes fournies gratuitement pour les supporters. En outre, le chef du PDRC, Suthep Thuagsuban a récemment été photographié dans sa chambre de luxe à 1000 dollars US par nuit, une suite royale de l'hôtel cinq étoiles Dusit Thani de Bangkok.

SuthepDusit2

 

Dans leur limite extérieure, les sites de rassemblement sont bloqués par des sacs de sable de type militaire où des voyous surveillent les alentours et des "gardes", parfois ivre, du PDRC/Parti Démocrate menacent et intimident ceux qui pénètrent dans "leur" zone de contrôle, arrêtant et fouillant au moindre caprice, les gens ordinaires qui passent par là. Il y a eu un certain nombre de rapports d'extorsion d'argent par les gardiens du PDRC et même d'enlèvement et de torture de personnes jugés "menaçantes" pour les rassemblements.
Ces voyous (un ancien ministre du gouvernement thaïlandais m'a dit que le chef du PDRC, Suthep Thuagsuban, a délibérément recruté comme gardiens des criminels de bas niveau parmi les plus vicieux qu'il a pu trouver) patrouillent aussi à l'intérieur des sites de manifestations et à ​​chacune des trois occasions ou j'ai fait une tentative de les photographier ils sont devenus instantanément injurieux et menaçants.
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Alors, où en est maintenant la Thaïlande?
Au cours des 14 et 15 février, il y a eu quelques tentatives de la police pour dégager des rues ce que le magazine Forbes décrit comme étant la propre version de la Thaïlande des Chemises noires de Mussolini, mais avec l'armée thaïlandaise, qui est au-delà de toute forme de contrôle civil et démocratique, offrant sa protection à ces néo-fascistes, il est difficile d'imaginer qu'ils puissent être complètement retirés des rues de Bangkok pour l'instant.
L'élection générale du 2 février est encore inachevée, avec une vingtaine de circonscriptions où le vote reste à finaliser, et avec le gouvernement actuel du Pua Thai fonctionnant à un niveau "intérimaire" une impasse en découle. Ils convient de rappeler aux lecteurs que, malgré le faible taux de participation et toutes les intimidations, la violence et les menaces, faites par le Parti Démocrate, le Parti Pua Thai va certainement dépasser son score de 2011.
Comme les événements du 18 février à Bangkok l'ont révélés, deux policiers et deux manifestants ont été tués, les voyous qui patrouillent dans les rues de Bangkok sont préparés à la violence et ont toujours le soutien financier d'un petit groupe de personnes parmi les plus riches de Thaïlande, ce qui signifie que le seul choix pour le gouvernement intérimaire est d'agir lentement et soigneusement. Les menaces d'une grave escalade de la violence et d'une éventuelle guerre civile sont maintenant très réelles.

Andrew Spooner

 

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Published by liberez-somyot
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