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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 16:50

Un article de Robert Amsterdam

Lien de l’article:

http://robertamsterdam.com/thailand/2013/12/28/the-strategy-of-electoral-tension/

 

Le 3 décembre 2013, quelques heures seulement après que les rues autour du Stade Rajamangala aient été évacuée par une foule violente envoyé par le PDRC de Suthep pour attaquer un paisible rassemblement de Chemises rouges, le chef du Parti Démocrate, Abhisit Vejjajiva, a été interviewé par CNN. Outre ses demi-vérités et faux-fuyants habituels, Abhisit était sans équivoque lorsque CNN lui a demandé s'il était prêt à "accueillir avec joie une élection". Abhisit a répondu: "Je pense que c'est la première étape pour essayer de résoudre les problèmes du pays."

Photo ci-dessous: Abhisit Vejjajiva.

Abe

Il n'a pas fallu longtemps pour que le Parti Démocrate d'Abhisit renonce à une autre de ses déclarations d'intention "de principe" pour le genre de discours pas cher que nous avons tous pris l'habitude d'entendre de la part de "l'Ancien Etonien" de Thaïlande (NDT: Abhisit a étudié à l'université d'Eton en Grande Bretagne). Retournant de nouveau sa veste, il n'a fallu que deux semaines pour qu'Abhisit et son Parti Démocrate décident de boycotter la même élection qu'ils avaient, jusqu'à très récemment, appelés de leurs vœux.
Ce faisant, le Parti Démocrate d'Abhisit, qui en est maintenant à son deuxième boycott d'élections législatives thaïlandaises, a révélé son mépris, non seulement pour l'électorat thaïlandais en général, mais aussi pour ses supporters. Il devrait maintenant être clair, même pour l'observateur le plus impartial, que les objectifs d'Abhisit, de Suthep, et des manifestants, sont fondamentalement anti-démocratiques et pro-autoritaire. Ils savent qu’en cas d'élections, leur parti est sur d’obtenir encore moins de sièges de députés élus qu'en 2011. Face à ce fait, la réaction d'Abhisit, en phase avec celle de ses proches alliés du PDRC de Suthep, a été de tenter de faire monter la tension au point de rupture.

Photo ci-dessous: Suthep Thaugsuban

Suthep-copie-1 

Au cours des dernières 48 heures, Bangkok a dû supporter une violence et un chaos organisé, et pas seulement dans les rues. Tôt le 26 décembre, les voyous les plus violents de Suthep et d'Abhisit ont déclenchés une attaque contre les policiers thaïlandais qui gardaient le site où les candidats aux élections de février 2014 devaient s'inscrire. Un policier est mort, apparemment à la suite de tirs dirigés contre lui par les manifestants d'Abhisit, tandis que des citoyens thaïlandais innocents qui tentaient de vaquer à leurs occupations légitimes ont été battus violements par ces frénétiques voyous et, lors d'un autre développement épouvantable, un manifestant du PDRC a succombé à ses blessures.
Abhisit et Suthep ne se sont jamais opposés à la violence, ils ont toujours préféré que d'autres sacrifient "malheureusement" leur vie pour eux.
Avec des émeutes toujours en cours, il n'a pas fallu longtemps pour que la prétendument neutre Commission électorale de Thaïlande (CE) se joigne à la mêlée. Dans ce qui semblait être une étape chorégraphié pour aider le Parti Démocrate et le PDRC, les membres de la commission ont émis une déclaration conjointe menaçant de retirer leur soutien à l'élection et ont appelés à un report de cette dernière pour une durée "indéterminée".

Dans le sud de la Thaïlande, où le soutien pour le Parti Démocrate et le PDRC est à son plus fort, il a été rapporté que, dans 8 provinces, les commissaires des élections ont refusé l'enregistrement des candidats et "démissionné" après que des manifestants du PDRC aient pris d'assaut les bâtiments où l'enregistrement aurait dû avoir lieu. Tout cela afin de gagner du temps pour que la stratégie de la tension électorale fasse son travail et sème l'instabilité.
Le fait que les manifestants aient constamment changé leurs exigences indique que le but n'est pas une résolution civile ou un compromis, mais plutôt la poursuite d'une tension maximale et de la violence dans le but de provoquer l'armée pour qu'elle intervienne. Plus récemment, ils ont prétendu se battre pour une "réforme", un argument qui n'est pas très crédible étant donné que le Parti Démocrate d'Abhisit a continuellement bloqué toutes les tentatives de réforme lorsqu'il était au pouvoir.
Il ne devrait aussi n'y avoir aucune équivoque à ce sujet, ce parti a été un architecte de la récente violence pour des fins politiques. Le violent PDRC de Suthep est le bras de facto des Démocrates d'Abhisit. La direction du PDRC est composée d'anciens députés du Parti Démocrate dont la plupart ont démissionnés il y a quelques semaines. Les rassemblements du PDRC sont continuellement diffusées sur la chaine de télévision affiliée au Parti Démocrate, Blue Sky TV, et Suthep lui-même est un ancien vice-premier ministre et député du Parti Démocrate. De nombreux députés et membres de premier plan du Parti Démocrate, y compris l'ancien Premier ministre Abhisit Vejjajiva, l'ancien ministre des Finances Korn Chatikavanij et l'ancien ministre des Affaires étrangères Kasit Piromya ont tous pris part aux manifestations du PDRC ou ont offert un soutien continu par d'autres moyens.
Comme nous avons été témoins au cours de ces derniers jours, le boycott des élections législatives thaïlandaises du 2 février 2014 par le Parti Démocrate d'Abhisit s'adapte main dans la main avec le programme du PDRC pour empêcher l'élection en mettant en scène l'action violente directe. Leur message est clair, ils veulent intimider ceux qui cherchent à exercer leur droit de vote légitime. La stratégie du Parti Démocrate et du PDRC est de créer, par la violence et par le soutien d'éléments politisés clé dans l'établissement thaïlandais comme la Commission électorale, une situation de guerre civile violente qui obligerait l'armée thaïlandaise à intervenir dans le conflit.
Cela semble déjà porter ses fruits. Le 27 décembre, le chef de l'armée thaïlandaise, le général Prayuth, a donné une conférence de presse où il a fait une série de déclarations très troublantes. Il a blâmé le gouvernement et a donné un indice sérieux quant à une éventuelle intervention militaire. Le général Prayuth a déclaré que l'armée "n'ouvrira ni ne fermera la porte à un coup d'Etat" et que "cela dépendra de la situation." Prayuth a condamné la police et à offert des mots de conciliation aux manifestants du PDRC affirmant qu'ils ont été "traités durement", un commentaire qui peut sembler d'une ironie macabre pour les survivants du massacre des manifestants chemises rouges de 2010.
Il y a peu de doute qu'un point de crise est atteint. Dans les prochains jours, nous sommes susceptibles de voir un désespoir croissant parmi les rangs des manifestants de Suthep et d'Abhisit ainsi que, malheureusement, plus de violence et de morts. Cependant, il sera également plus clair pour ceux qui s'opposent à la démocratie en Thaïlande que la stratégie de la tension électorale n'intimidera pas les électeurs thaïlandais ordinaires qui se sont avérés être infatigable dans leur désir d'exercer leurs droits démocratiques.

Photo ci-dessous: des Chemises rouges thaïlandais réclament le droit à la liberté d'expression

DSC09951 

Cela pourrait alors s'avérer le moment le plus dangereux. Le PDRC/Parti Démocrate et leurs alliés de l'établissement, de l'armée thaïlandaise et autres, ont de nombreuses personnes au sein de leurs rangs, y compris Abhisit et Suthep eux-mêmes, qui préfèrent la violence à grande échelle à une élection légitime.
Par conséquent, la prudence doit être de mise pour tous ceux qui se sont engagés dans la lutte pour une Thaïlande pacifique et démocratique. Il y aura probablement des provocations plus fortes du PDRC/Parti Démocrate dans les jours à venir. Elles mèneront à un point où les principes fondamentaux de la justice et de la démocratie seront encore plus testés et c'est à ce moment précis où ces principes fondamentaux devront également se révéler les plus forts.
L'histoire n'est pas du côté d'Abhisit et de Suthep. Ces derniers représentent le passé féodal agonisant de la Thaïlande et ne parviennent pas à comprendre qu’une nouvelle conscience civique a été réveillée parmi les citoyens thaïlandais et qu’elle ne pourra jamais disparaitre. Si l'engagement des Thaïlandais pour la démocratie reste fort, alors leur stratégie de tension électorale est vouée à un abject échec.

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Published by liberez-somyot
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