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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 09:28

Le journaliste israélien Asaf Ronel explique dans le journal Haaretz qu’en 2013, de nombreuses manifestations de masse dans le monde étaient anti-démocratiques

Lien de l’article:

http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.566492

De Singapour au Canada: En 2013, les manifestants mondiaux ont dit non à la démocratie
Beaucoup de manifestations de masse populaires dans le monde en 2013 étaient essentiellement anti-démocratique dans leur nature.
Quel est le point commun entre la loi anti-surveillance récemment approuvée au Japon, les travailleurs en Inde et à Singapour qui protestaient avec des revendications pour de meilleures conditions de travail, les manifestations des Autochtones canadiens exigeant la reconnaissance accrue de leurs droits, les étudiants bulgares qui protestaient contre la corruption et les dizaines de milliers de Français descendus dans la rue pour protester contre la légitimation du mariage de même sexe? Toutes ces manifestations ont eu lieu au cours de l'année qui vient de s'achever, la troisième année du "mouvement de protestation mondial".
Le dénominateur commun qui relie toutes ces manifestations c'est la nouvelle technologie des réseaux sociaux qui rend l'organisation de manifestations plus facile que jamais.
Il y a eu moins de manifestations en Europe centrale et occidentale en 2013 que dans les deux années précédentes. Les émotions et les énergies qui ont conduits aux manifestations antérieures, exprimant surtout le sentiment de ras-le-bol de l'ordre existant avec sa crise économique et l'incapacité de son système politique à améliorer les choses ou à offrir un espoir réaliste, se sont canalisées dans des voies moins démocratiques.
Le score du comédien Beppe Grillo à l'élection italienne est l'exemple le plus frappant des succès électoraux des politiciens populistes qui misent tous sur ces sentiments de répulsion. En République tchèque, un milliardaire est devenu le leader du deuxième parti au Parlement un an après l'avoir créé sans aucune idéologie sous-jacente claire. Un autre milliardaire est entré dans l'histoire au Portugal en devenant le maire de Porto, la deuxième plus grande ville, après s'être présenté comme candidat indépendant en novembre dernier.
En Israël, il est fort probable que la plupart de ceux qui ont participés à la révolte des tentes sur le boulevard Rothschild durant l'été de 2011 ont voté pour Yesh Atid au printemps de 2013, même si, contrairement à ses homologues en Europe, Yair Lapid se mélange tout à fait bien dans le cirque qui constitue le monde politique israélien.
Cependant, l'émergence de politiciens populistes à partir des émotions qui ont alimentées les protestations antérieures n'est pas la tendance la plus inquiétante. Les partis d'extrême droite en Europe ont adopté les slogans des mouvements de protestation, telles que les appels à renforcer les systèmes de protection sociale ou à s'opposer aux sociétés, et ont bénéficié d'un large soutien, à un degré jamais vu depuis de nombreuses années.
Le Parti de l'Indépendance du Royaume-Uni, un parti populiste de droite qui demande le retrait de l'Union européenne, a remporté 23 % des voix aux élections locales. Le Front National de Marine Le Pen est le favori dans les sondages d'opinion publique en France. En Hollande, la popularité de Geert Wilders, le chef du Parti pour la Liberté, un parti d'extrême droite, est à son apogée. L'extrême droite s'est également renforcée lors des élections autrichiennes et, avec des partis siégeant au parlement autrichien pour la première fois, la puissance des grands partis s'est retrouvée à son plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale. Au Danemark aussi, le Parti populaire d’extrême droite a augmenté au détriment du Parti libéral de droite centriste.
Dans d'autres parties du monde, les masses ont poursuivies leurs protestations, pas toujours en faveur des idéaux démocratiques. Les millions d'Egyptiens, qui sont descendus dans les rues en juin, exprimaient des sentiments authentiques reflétant la perte de leur soutien au président Mohamed Morsi. Mais, même si leurs intentions étaient nobles, ils ont tournés le dos à la roue de la démocratie en Egypte. Le premier président librement élu dans ce pays a été déposé par les militaires. Le régime militaire qui l'a remplacé, a réprimé les Frères musulmans avec une grande brutalité. L'armée a également mis en avant une loi interdisant les manifestations sans autorisation, tout en arrêtant et condamnant la plupart des leaders de l'opposition laïque à l'ancien président Hosni Moubarak. Elle a également rédigée une nouvelle constitution qui garantit le statut privilégié de l'armée dans la société égyptienne.
La Thaïlande est un autre exemple flagrant dans lequel un groupe de manifestants utilise des slogans et des méthodes du "mouvement de protestation mondial" afin de lutter contre la démocratie. Les centaines de milliers de manifestants qui se sont déplacés pour s'opposer à la Première ministre thaïlandaise Yingluck Shinawatra, ont déclarés ouvertement qu'ils s'opposaient à des procédures démocratiques. Ils perçoivent l'annonce d'élections anticipées comme une défaite. Ils ont annoncés qu'ils allaient boycotter l'élection et utiliser la force dans le but d'empêcher l'enregistrement des partis politiques avant le scrutin.
L'affaire de corruption immobilière qui est en train d'engloutir le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, met de nouveau en évidence les manifestations de l'été dernier qui ont tenté d'arrêter un projet de construction massif dans le parc Gezi, situé dans le centre-ville d'Istanbul. La vague de manifestations en juin s'est rapidement développé en protestations contre le régime de M. Erdogan et les changements qu'il impose aux espaces publics de la Turquie. Les manifestants luttaient dans les rues afin de protéger les valeurs qui leur sont chères, et Erdogan a effectivement agi sans prendre en considération les droits d'une minorité de la population. Néanmoins, Erdogan jouit d'un large soutien parmi les Turcs qui sont principalement religieux. Cette année, il a lancé la réforme démocratique la plus importante de l'histoire de la Turquie moderne.
Les manifestants dans les rues d'Ukraine expriment leurs vœux sincères que leur pays se rapproche de l'Union européenne, mais ils ne sont qu'une minorité qui veut imposer son point de vue à la majorité qui s'est exprimée lors des dernières élections. Il ne faut pas oublier que le président Viktor Ianoukovitch et son Parti des Régions a remporté ces élections avec le soutien massif des habitants des zones russes dans l'est de l'Ukraine grâce à un programme clairement pro-russe.
Enfin, beaucoup de cœurs sont avec les militants de l'opposition qui se sacrifient dans leur lutte contre le régime oppressif de Vladimir Poutine, le président de la Russie. Encore une fois, on ne peut pas ignorer le fait que Poutine bénéficie du soutien authentique de la majorité des Russes. En outre, on ne peut que s'interroger sur le jeu de Mikhaïl Khodorkovski, un oligarque qui a volé des trésors nationaux de la Russie jusqu'à ce qu'il ait fini par déplaire au régime et devenir une figure de proue de la lutte contre Poutine au point que sa libération soit devenue un motif de célébration par l'opposition.

TurquieEgypte.jpg

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Published by liberez-somyot
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