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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 16:48

Lien de l'article en anglais:

http://www.thejakartaglobe.com/archive/the-cambodian-view-of-preah-vihear/423476/

Quand j'étais éditeur et rédacteur en chef du Phnom Penh Post, j'ai été poursuivi une fois par Hun Sen, alors second premier ministre, qui m'a accusé de propager de la désinformation et d'essayer de créer une instabilité politique. Au fil des ans, plusieurs responsables du gouvernement cambodgien ont souvent accusé mon journal et moi-même de tenter de "détruire la nation".

Au moins, je n'ai jamais été considéré comme un supporter du gouvernement cambodgien. Mais sur la question du différend frontalier actuel entre le Cambodge et la Thaïlande qui concerne le temple Preah Vihear, je suis autant en colère que tous les Cambodgiens sur ce que nous percevons comme un conflit extrêmement injuste à l'initiative de la Thaïlande.

Nous ne sommes pas les seuls. Depuis que cette question a éclaté il y a deux ans, je n'ai pas rencontré un seul diplomate asiatique ou occidental ni un travailleur humanitaire étranger ou un expatrié d'affaires à Phnom Penh qui soit en désaccord. Même quelques amis thaïlandais ont timidement exprimé leur soutien à la partie cambodgienne sur cette prise de bec.

La question lancinante qui embarrasse tout le monde est: Pourquoi la Thaïlande cherche à exporter ses problèmes de politique intérieure et les rejeter sur le pauvre Cambodge? Le sentiment est que si les chemises rouges et les chemises jaunes veulent se battre, qu'ils le fassent quelque part en Thaïlande, mais qu'ils n'utilisent pas le Cambodge comme bouc émissaire.

Le point de vue du Cambodge, est simple: la question de la souveraineté sur le temple a été décidée en 1962, lorsque l'affaire a été soumise à la Cour Internationale de Justice de La Haye.

Si la Thaïlande ne veut pas se conformer à la décision du tribunal alors pourquoi a-t-elle été d'accord pour soumettre l'affaire à celui-ci en premier lieu? Et pourquoi tirent-ils des obus d'artillerie sur le temple cinquante ans après que ce verdict ait été rendu?

En outre, lorsque la Thaïlande affirme: Nous avons contrôlé le temple dans les années 1800 et même avant, les Khmers ont une réponse simple: Oui, mais nous, NOUS L'AVONS BÂTIS! Nous avons commencé la construction du Preah Vihear au début du 9ème siècle, puis nous l'avons modifié et amélioré pendant 250 ans et nous avons ensuite continué à prier et à célébrer nos divinités pendant trois autre siècles jusqu'à ce que vous, les Thaïs, nous l'ayez volé après avoir saccagé et pillé notre capitale Angkor à trois reprises entre 1352 et 1431. Nous vous remercions beaucoup. Fin de l'histoire.

Le Cambodge n'a aucun intérêt à vivre un conflit prolongé violent avec personne. Le Royaume en est encore à essayer de se remettre de 30 années de guerre civile, de la folie de Pol Pot et du conflit de guérilla qui a suivi dans les années 80 et 90 et qui ont coûtés la vie à plus de 2,5 millions de Cambodgiens et laissé le pays en ruines. Chaque dollar dépensé pour le conflit militaire est un dollar de perdu pour la construction de routes, d'écoles et d'hôpitaux dont la Cambodge a désespérément besoin.

L'accusation thaïlandaise comme quoi le Cambodge avait un complot secret pour voler de la terre le long de la frontière avec la Thaïlande est également considéré comme ridicule.

Tout le monde sait que, depuis 1970, le Cambodge a été trop occupé par ses luttes internes pour penser à s'emparer d'un seul mètre de terre de l'un de ses voisins. En fait, les responsables de l'aide étrangère qui ont travaillé sur la frontière thaïlandaise dans les années 80 admettront volontiers que le fluage des frontières a travaillé dans le sens inverse. C'était des fermiers thaïlandais qui vivaient en paix - et je n'en accuse pas le gouvernement thaïlandais - qui ont eu la possibilité de planter quelques hectares supplémentaires dans des zones frontalières contestées tandis que l'intérieur du Cambodge était en plein désarroi.

S'il y a une chose qui est claire, c'est que toute la frontière doit être systématiquement vérifiée et délimitée, étape par étape, une fois pour toutes.

En ce qui concerne les 4,5 kilomètres carrés litigieux, juste au nord du temple, pourquoi ne pas considérer ceci: En faire une région conjointe du Cambodge et de Thaïlande, la transformer en un Park International d'amitié et la configurer comme une entreprise gérée par les ministères du tourisme des deux pays. Invitez des colporteurs, des entrepreneurs, que ce soit des deux côtés de la frontière, à la création d'entreprises pour répondre aux millions de touristes qui veulent visiter le site dans les prochaines décennies et au-delà. Les recettes fiscales pourraient être partagées par les deux nations également. Tout le monde gagne.

Cela pourrait également être un modèle pour d'autres différends frontaliers dans le monde entier.

Si les Thaïlandais veulent être responsable d'une lutte sanglante de longue durée pour le temple, ils en ont une sur leurs mains. Au cours des 20 années que j'ai passé au Cambodge, la question du Preah Vihear est sans aucun doute la seule que j'ai vu qui unifie la nation tout entière. Les chaînes de télévision cambodgiennes ont levées des fonds pour la cause et des dons petits et grands affluent de toutes parts depuis deux ans. Même le turbulent Parti Sam Rainsy et d'autres partis d'opposition sont entièrement d'accord avec le gouvernement cambodgien sur cette question.

À la suite d'une visite au temple la semaine dernière il est clair pour moi que l'armée cambodgienne a creusé dans le long terme. De nouveaux chars lourds, des véhicules blindés et des munitions "donnés par des pays amis" sont évidents partout autour du temple. De tout le Cambodge, des anciens combattants avec des cicatrices venus de dures batailles des quatre factions précédemment en guerre, y compris les ex-Khmers rouges qui contrôlaient le temple de 1975 à 1998, sont maintenant tous unis sous un même drapeau pour une même cause.

Et oui, bien sûr il y a des soldats cambodgiens avec des armes dans des bunkers autour du temple. S'ils n'étaient pas là, l'armée thaïlandaise pourrait littéralement marcher et prendre le contrôle de celui-ci en cinq minutes. Le gouvernement de Phnom Penh pourrait-il permettre cela?

Si ce différend devenait vraiment chaud, les relations entre le Cambodge et la Thaïlande seraient ruinée pendant des années, des centaines de gens mourraient inutilement des deux côtés et les coûts économiques pour les deux pays seraient astronomiques.

La raison devrait l'emporter, mais sachez que les Cambodgiens n'abandonneront jamais le contrôle du temple de Preah Vihear, quel qu'en soit le prix,

Pourquoi le devraient-ils? Il leur appartient.

Michael Hayes

Voir aussi le point de vue de l'exilé politique thaïlandais Giles Ji Ungpakorn:

http://liberez-somyot.over-blog.com/article-les-marionnettes-dansent-sur-l-air-de-l-armee-117260040.html

 

Photo ci-dessous: le temple de Preah Vihear

Preah Vihear

 

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Published by liberez-somyot
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