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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 13:36

Depuis plus de deux ans, quatre Chemises rouges d'Ubon Ratchathani sont emprisonnés pour leur rôle présumé mais jamais prouvé dans l'incendie de la salle provinciale d'Ubon Ratchathani à la suite de la répression des manifestations anti-gouvernementales par les militaires en avril-mai 2010. Mais les barreaux de leur prison n'ont pas été en mesure de les garder totalement enfermés. Même à l'intérieur de leurs cellules, ils continuent à se battre pour leur liberté et la démocratie en Thaïlande par des lettres.
Les prisonniers ont écrit au "RedFam Fund", une organisation créée en 2011 par un groupe d'universitaires et d'intellectuels d'Ubon Ratchathani, de Chiang Mai et de Bangkok afin d'aider à atténuer les difficultés financières des familles des personnes accusées et détenues suite à l'incendie de la salle provinciale d'Ubon Ratchathani. Le groupe utilise les médias sociaux, comme Facebook, pour publier les lettres des "quatre d'Ubon" afin de faire connaitre leur histoire au public et d'obtenir un soutien pour obtenir leur libération.
Le "RedFam Fund" considère les quatre d'Ubon comme des prisonniers politiques, expliquant qu'ils ont été emprisonnés en raison de leurs convictions politiques et de leur activisme. Cela résonne dans leurs lettres, qui décrivent des sentiments, non seulement de leur lutte pour leur libération, mais aussi sur la nécessité d'un changement dans ce qu'ils estiment être un système de justice à deux vitesses.
"Je constate que des gens comme moi n'ont pas reçu un traitement équitable ni la démocratie", écrit Somsak Prasansab, se référant aux Thaïlandais à faible revenu. "Vais-je avoir une chance de voir la démocratie à l'avenir? Je ne le sais même pas. Les gens comme moi peuvent avoir à souffrir très longtemps. Combien d'entre nous vont mourir?"
Bien que, lors de leur arrestation, les prisonniers aient revendiqué leur innocence, après deux ans de prison, ils demandent une amnistie. Ils restent un peu réticents à choisir cette voie pour la liberté parce qu'ils pensent que cela serait un aveu de culpabilité, explique le Dr Saowanee Alexander, une universitaire de l'Université d'Ubon Ratchathani, qui a contribué à lancer le "RedFam Fund".
Les prisonniers ont commencés à écrire en septembre 2012, dans la foulée du rapport de la "Commission Vérité et Réconciliation" de Thaïlande, qui est sorti plus tôt ce même mois. Le rapport, qui vise à répondre aux préoccupations des deux principaux partis du pays, a été critiquée ces deux partis comme étant trop vague sur les événements d'avril et mai 2010. Les membres du Pua Thai (le parti de Yingluck Shiwanatra) qui critiquent le rapport, y compris le Dr Saowanee Alexander, expliquent que le langage ambigu du rapport n'a pas aidé à clarifier l'incendie de la salle provinciale, mais a plutôt permis aux quatre d'Ubon de rester enfermé sans preuves tangibles contre eux.
"Le rapport n'est pas fidèle à l'esprit de "recherche de la vérité". Il se concentre plutôt sur la "réconciliation" mais il semble difficile que les différentes parties en cause puissent se réconcilier à la suite de ce rapport", a écrit le Dr Saowanee Alexander dans son analyse critique du rapport.
En tant que tel, les quatre d'Ubon qui restent enfermés dans la prison de Laksi, une prison spéciale pour les prisonniers politiques à Bangkok, ont pris leur sort en mains propres et ont fourni certains détails qui manque dans le rapport de la "Commission Vérité et Réconciliation", à savoir les points de vue des personnes présentes lors de l'événement autre que les représentants du gouvernement, les militaires et les policiers.
Les lettres ont un ton à la fois de résistance et de désespoir, mais continuent d'affirmer la lutte des prisonniers pour leur liberté ainsi que celle des autres prisonniers politiques, qu'ils pensent avoir été victimes d'un système injuste qui emprisonne les dissidents.
"Ma famille et ma maison me manquent tellement', écrit Teerawat Satsuwan. "Mais, dans la lutte, il doit toujours y avoir quelqu'un qui se sacrifie. Je ne suis pas triste parce que je me bats pour nos frères et sœurs. Je me bats pour la justice pour tous les Thaïlandais. Je ne veux que personne puisse marcher sur la tête des pauvres et je me bats pour la démocratie afin que les pauvres puissent l'avoir."
Dans le cas de Sanong Ketsuwan, cependant, ses lettres évoquent un désespoir plus profond face à la perte de sa liberté et des 34 prochaines années de sa vie (Les quatre d'Ubon ont été condamnés à 34 ans de prison): "Pour moi et mes amis emprisonnés, nos vies sont les mêmes parce que nous sommes coincés dans l'obscurité de la prison dans laquelle personne ne peut nous aider, dans laquelle on ne peut pas trouver le moyen de voir la lumière. Je ne sais pas quand je vais voir ma liberté. C'est comme si j'étais mort mais que je respirais encore."
Bien que le conflit d'avril/mai 2010 reste une question très controversée, ces lettres mettent en évidence les disparités dans le système de justice à la lumière des accusations de meurtre portées contre l'ancien Premier ministre, Abhisit Vejjajiva, pour son implication dans la répression militaire. Alors qu’Abhisit est toujours libre, en revanche, les quatre d'Ubon restent derrière les barreaux malgré l'absence de preuves à leur encontre.
Avec l'aide du "RedFam Fund", les prisonniers n'ont pas encore abandonné tout espoir, et ils continuent à écrire des lettres dans l'espoir d'être un jour libéré. L'un d'eux, Somsak Prasansab, écrit: "Je me battrai jusqu'à mon dernier souffle."

Source: http://isaanrecord.com/2013/01/02/four-ubon-reds-still-languish-in-jail-continue-their-fight-through-letters/

 

Photo ci-dessous: Le prisonnier politique Sanong Ketsuwan, un des quatre d'Ubon, lors d'une visite de sa famille (photo de l'auteur de ce blog):

Sanong  

  

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Published by liberez-somyot
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